Sœur Jeanne Cherer : le théâtre derrière les barbelés

retour au menu

Sœur Jeanne Cherer :
le théâtre derrière les barbelés

Deuxième camp d’internement avec celui de la route de Limoges, le camp de Rouillé, ensemble de baraques en bois avec des toits en tôle devant la gare, rassembla jusqu’à 638 personnes. Ouvert en septembre 1941 pour recevoir des politiques (surtout des militants communistes), ce camp reçut aussi des Juifs et des droits communs. Le 22 mai 1942, 138 internés partiront pour Compiègne pour être déportés à Auschwitz.

Dans les barbelés de Vichy, édité par une amicale d’anciens déportés, nous trouvons deux témoignages qui évoquent la personnalité et l’action de cette religieuse, fille de la charité de Metz, assistante sociale du foyer des mines « Sarre et Moselle ». Elle avait été placée comme assistante sociale du « centre de séjour surveillé » de Rouillé. Une plaque en face de la mairie rappelle son souvenir à Lusignan.

Sœur Jeanne Cherer avait demandé en 1943 à Raymond Picard d’être son chauffeur : « Alors écrit-il, commenceront pour moi et continueront pour elle de véritables expéditions pour ravitailler les détenus politiques du camp de Rouillé. Cela devait durer plus de 15 mois avec beaucoup de chance, il faut l’avouer. Il est certain que sa cornette, son imposante personnalité et sa parfaite connaissance de l’Allemand étaient des atouts dans les circonstances du moment. Par la Croix Rouge, par des dons, par le travail acharné de ses compagnons, elle avait monté un véritable magasin d’effets qu’elle distribuait aux détenus politiques suivant leurs besoins... Elle n’oubliait personne. Comme assistante sociale, cette activité était tolérée malgré la pénurie. Des rapports défavorables ne la décourageaient pas.

Par G. Rouffigniac, commis boucher chez Georges Naud, elle fit demander si des cultivateurs voulaient vendre leurs animaux à un prix raisonnable. Nous allions tous les trois voir ceux qui acceptaient et le soir venu, nous partions un peu avant la nuit chez le cultivateur en partant à l’opposé du lieu où nous allions. La viande était chargée dans des sacs. Retour à Lusignan par des chemins secondaires. Les sacs étaient cachés pendant la nuit.

Le lendemain, nous partions au camp de Rouillé avec la viande cachée à travers des caisses de bière et, si Barrault ou Lombard ne nous avertissaient pas qu’il y avait danger, nous rentrions dans le camp avec sœur Cherer. « Un double plancher avait été fait dans la camionnette ce qui permettait de cacher le courrier que les détenus envoyaient à leur famille et qui était posté à différents endroits de Poitiers. »

Jean Fumoleau, un imprimeur interné, donne aussi son témoignage. Il s’était vu confié la direction du groupe théâtral du camp. La sœur, lui disait-on, pourrait peut-être l’aider à faire venir des costumes d’une maison spécialisée. Réserve de part et d’autre au début de la rencontre. « Nos rapports par la suite furent d’une grande qualité. Le jour de mes 21 ans, elle vint au camp et demanda à rassembler le groupe artistique. Elle était accompagnée d’une autre religieuse de sa communauté basée à Lusignan et de M. Picard. Tous les trois servirent des tranches de gâteaux et du thé. Sœur Cherer nous remit un cadeau. Ce qui m’a le plus touché, c’est que ce paquet enveloppé de papier gris était entouré d’un large ruban tricolore. Ainsi cette femme, cette résistante admirable, cette religieuse signifiait au jeune communiste que j’étais notre rapprochement dans la lutte pour l’indépendance de la France. »...

Pour J Fumoleau, le départ du camps eut lieu en novembre 1943 un vendredi jour de marché, « les habitants de Rouillé et des environs sont attroupés pour nous voir passer et nous saluer. Avant ce départ, la sœur nous avait remis à chacun un sac contenant du beurre, du fromage, du pain d’épice, des pommes, tout cela dû sans aucun doute à la solidarité des gens du pays. »

Et voilà que j’entends les paroles du Christ : « J’ai eu faim et vous m’avez donné à manger... J’étais un étranger et vous m’avez accueilli, nu et vous m’avez vêtu, prisonnier et vous êtes venus me voir »
Matthieu,25.35

Sœur Cherer, sœur Emmanuelle, Sœur Thérésa disciple du Christ ! Le Christ toujours présent en ce monde.

Abbé Gaston Bertin dans Clochers Mélusins, dec. 1998.

Dans cette région peuplée de protestants n’oublions pas l’action de pasteurs comme Auguste Encrevé à Pamproux.

retour au menu