Voyage à travers la Bible

Jeûner : Pourquoi ? Comment ?

En ce temps de Carême, l’Eglise nous encourage à la pratique du Jeûne, de la Prière et du Partage, mot moins dévalué que celui ‘d’Aumône’ employé par l Evangile, mais qui revient au même. Mais qu’est-ce donc que le Jeûne ? Deux textes vont nous éclairer.


Matthieu 6, 16-18
« 16 Quand vous jeûnez, ne prenez pas un air sombre, comme font les hypocrites : ils prennent une mine défaite pour bien montrer aux hommes qu’ils jeûnent. En vérité, je vous le déclare : ils ont reçu leur récompense. 17 Pour toi, quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave-toi le visage, 18 pour ne pas montrer aux hommes que tu jeûnes, mais seulement à ton Père qui est là dans le secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. »
Isaïe 58, 6-8

« 6 Le jeûne que je préfère, n’est-ce pas ceci : dénouer les liens provenant de la méchanceté, détacher les courroies du joug, renvoyer libres ceux qui ployaient, bref que vous mettiez en pièces tous les jougs ! 7 N’est-ce pas partager ton pain avec l’affamé ? Et encore : les pauvres sans abri, tu les hébergeras, si tu vois quelqu’un nu, tu le couvriras : devant celui qui est ta propre chair, tu ne te déroberas pas. 8 Alors ta lumière poindra comme l’aurore, et ton rétablissement s’opérera très vite. Ta justice marchera devant toi et la gloire du SEIGNEUR sera ton arrière-garde ».


Jésus et le jeûne

Le jeûne consiste en la privation, partielle ou totale, forcée ou non, de toute alimentation pendant un certain temps, pour des raisons médicales, d’hygiène personnelle, religieuses ou politiques.
C’est le jeûne à caractère religieux qui nous intéresse ici. Il est le signe que nous voulons faire le vide en nous devant Dieu, pour qu’Il prenne toute sa place. C’est une manière de dire que nous reconnaissons dépendre entièrement de lui. Jésus lui-même, avant de commencer à annoncer la Bonne Nouvelle, a jeûné au désert pour signifier sa totale dépendance à l’égard de son Père. Il ne s’oppose donc pas à la pratique du jeûne.
Ce qu’il dénonce, c’est une certaine attitude qui consiste à faire croire que nous sommes orientés vers Dieu, alors que c’est notre petite personne que nous mettons en valeur. Le terme « hypocrite – sous le masque », employé par Jésus, rappelle que, dans l’antiquité, les acteurs de théâtre portaient des masques afin que les spectateurs les reconnaissent immédiatement pour le rôle qu’ils jouaient. Par la suite, ce mot a signifié « celui qui joue un rôle qui n’a rien à voir avec ce qu’il est vraiment. ». Ne pas jouer un personnage devant les autres et être vrai devant Dieu, telle est la seule attitude religieuse demandée par Jésus, dans le jeûne, le partage et la prière (Mt 6, 1-8)

Le jeûne que Dieu aime

Faire toute la place à Dieu, c’est bien. Seulement voilà ! Dieu ne vient jamais en nous tout seul : le Dieu de la Bible vient avec toute sa famille…et elle est nombreuse ! C’est la famille des hommes. Pour que Dieu, qui n’est pas solitaire, vienne chez nous, en nous, il faut, au préalable, faire la place à tous ceux avec qui Dieu se fait solidaire, solidaire de tous les hommes. Et c’est là que le texte d’Isaïe cité plus haut vient à point nommé. Le prophète refuse une religion qui, ayant l’air de se tourner vers Dieu, ne change rien dans le rapport avec les autres, alors que, pour lui, c’est l’essentiel, l’épreuve de vérité dans la relation à Dieu.
Jeûner devient d’abord une œuvre de justice. Regardons-y de près. Il est étonnant que la première exigence soit celle de la libération, avant les biens matériels. La nourriture, le logement, le vêtement… viendront en second, même s’ils sont nécessaires, comme des signes de ce que la Bible considère comme le bien le plus précieux : la liberté. L’homme de la Bible perçoit Dieu avant tout comme le libérateur de son peuple. Cette libération est symbolisée par le passage de la Mer Rouge. Les évènements de Tunisie, d’Egypte et d’ailleurs ne viennent-ils pas confirmer que le bien auquel les hommes aspirent au plus haut point, c’est la liberté ?

Quel culte rendre à Dieu ?

Comment ne pas penser à ce que dit Jean dans sa première lettre (1 Jn 4, 20-21) : « Si quelqu’un dit : " J’aime Dieu " , et qu’il haïsse son frère, c’est un menteur. En effet, celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, ne peut pas aimer Dieu qu’il ne voit pas. Et voici le commandement que nous tenons de lui : celui qui aime Dieu, qu’il aime aussi son frère.  »
Nous sommes donc invités, en ce temps de Carême, préparation à Pâques, à intensifier notre vie de prière personnelle et communautaire. Cependant, comment ne pas nous souvenir de la parole du Christ : « Quand donc tu vas présenter ton offrande à l’autel, si là tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande, devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère ; viens alors présenter ton offrande » (Mt 5, 23-24). Le message de l’Evangile, enraciné dans la tradition biblique, n’oppose pas le culte rendu à Dieu et le service du frère. Au contraire, il les fait s’appuyer l’un sur l’autre : le service du frère devient le signe de la vérité du culte que nous rendons à Dieu.

Ami lecteur, prie pour que celui qui semble te donner la leçon réalise dans sa vie ce qu’il écrit : il est bien loin du compte !
Joseph Chesseron