Une lettre à un détenu comme un rayon de joie

Une lettre à un détenu comme un rayon de joie

Aumônier catholique de la maison d’arrêt de Niort, Roger Pacreau et son équipe sont resté actif pendant le confinement, grâce à la permission d’écrire aux détenus. Voici leur témoignage.

Notre mission comme aumônier de prison, le cœur de notre engagement en quelque sorte, c’est la rencontre. Rencontre des personnes détenues au cœur de leur vie, dans leur cellule ou dans leur espace dédié. Rencontre chaque samedi où leur est proposé de vivre l’eucharistie ou des célébrations autour de la Parole.

Et voilà qu’un intrus est venu perturber notre élan ! Le 17 mars, les portes de la prison se sont fermées. Plus de possibilité de visites, plus de rencontres. Nous qui sommes, avec les familles, les intervenants extérieurs (enseignants, animateurs culturels, militants associatifs), ces fenêtres ouvertes sur l’extérieur. Voilà que ces fenêtres se sont fermées. Les personnes détenues doivent passer leur journée dans leur cellule de 9 m2, 22 heures par jour avec la porte close, sans contact. Nous imaginons la tension vécue par le personnel de surveillance !

Nous ne pouvons pas accepter cette situation, nous nous devons de trouver une alternative afin de continuer à communiquer avec ceux qui nous sont confiés.
Ouf ! l’administration pénitentiaire, consciente de l’importance de notre mission, accepte que nous puissions échanger par courrier. Un élan de solidarité se met en place. Les membres de notre équipe élargie souhaitent apporter leur contribution à cette initiative. Un paroissien se propose de rédiger chaque semaine une lettre à leur attention.

C’est ainsi que chaque lundi matin nous déposons une douzaine de lettres. Les services de l’administration acceptent avec bienveillance la distribution. Le lien est renoué.

Quelle surprise pour les détenus de recevoir de nos nouvelles ! Certains d’entre eux prennent papier et crayon pour nous répondre. Ils expriment leur reconnaissance devant tant de bienveillance. Ils sont même surpris que l’on puisse penser à eux : « Vos lettres /cartes postale m’a fait grand plaisir, d’autant plus qu’elles étaient inattendues. Je les prends comme des lettres « porte-bonheur », nous écrit notre ami Nicolas. Certains vont même jusqu’à s’inquiéter pour nous. « Je vous plains, vous qui êtes confinés. Cela doit être difficile à vivre » nous souligne Frédéric. Paradoxal pour des personnes qui vivent le confinement depuis bien plus longtemps que nous !
Certains se risquent même à citer Dieu, avouant qu’ils prient souvent avec sincérité. « Pour moi, cette période est comme un clin d’œil de Dieu qui nous invite à nous retrouver humblement en nous-mêmes et il nous indique même le chemin pour se retrouver en sa présence », écrit encore Nicolas.

Il est évident que le confinement nous impacta douloureusement, mais lorsqu’on reçoit autant de paroles venant du fond du cœur, pourquoi ne pas le voir comme une petite fenêtre qui s’ouvre et d’où s’échappait un rayon de soleil, un rayon de joie.

Roger PACREAU, diacre et son équipe

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