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SOUFFLER N’EST PAS JOUER… SOUFFLER POUR MIEUX JOUER… par le Padre (...)

SOUFFLER N’EST PAS JOUER…

SOUFFLER POUR MIEUX JOUER…

Voilà enfin le doux temps de l’été qui revient apportant avec lui ses transpirations en treillis, ses suées exagérées en tenue de sport, ses déshydratations sournoises et son soleil parfois trop chaud, même dans les Deux-Sèvres ! Heureusement, c’est aussi, pour la plus grande partie d’entre nous, le temps où nous allons un peu souffler en famille, entre amis, jouer avec nos enfants, peut-être en vacances à la plage ou en balade montagneuse, ou encore retrouver des personnes que l’on n’a pas
vues depuis l’an passé… bref, tout un programme de repos où nous mettrons entre parenthèses les quelques mois passés au travail. Mais nous ne le savons que trop bien, le militaire, même s’il doit se reposer pour reprendre des forces, est toujours « disponible » au cas où…

Ainsi, si nous avons besoin de souffler pour mieux reprendre le cours du jeu de notre vie, nous sommes toujours en vigilance car certains attendent notre faiblesse pour agir. Nous ne passons pas notre tour lorsque nous soufflons en famille mais nous gardons toujours un oeil ouvert pour être là où il faut, s’il le faut.

C’est pourquoi, il est bon, aussi, de ne pas tout mettre en vacances, de façon à être toujours « connecté » à la réalité. Avant de souffler, il faut inspirer un air sain qui ne pollue pas. Par exemple, le chrétien est de ces personnes qui n’auraient pas l’idée de mettre Dieu en vacances pendant leur temps de repos. Ils ont besoin de son souffle de vie pour alimenter la leur en inspirant son air divin. Il leur faut toujours être vigilant dans leur foi pour ne pas la laisser d’étioler au grand soleil de l’illusion de n’avoir pas besoin de lui. Il leur faut entretenir leur « souffle » spirituel pour pouvoir avoir du souffle dans cette vie qui nous essouffle parfois trop vite. Les chrétiens sont comme ces champions sportifs qui ne font pas prendre des vacances à leurs corps lorsqu’ils ont le but de gagner des compétitions.

Les vacances ne doivent donc pas être du temps perdu. Il nous faut souffler utile. Nous devrions toujours penser d’ailleurs que si nous pouvons prendre aujourd’hui ce temps de repos que nous estimons, à juste titre, mérité, c’est que, hier, nos anciens, se sont battus pour l’obtenir car rien n’était acquis dans ce bas monde. Ainsi, on devrait se souvenir de tout cet héritage dont nous jouissons de nos jours comme si c’était « normal ».

En vacances, se souvenir de tous ceux qui nous ont précédés et qui ont donné leur vie pour que leurs enfants que nous sommes puissent également avoir le même idéal, ce n’est pas de la torture intellectuelle, c’est tout simplement de l’intelligence lucide et clairvoyante, car même si notre monde
ne ressemble plus à celui de nos aïeuls, nous ne sommes pas naïfs au point d’ignorer que rien n’est définitivement acquis ici.

J’aime beaucoup la phrase du président américain Franklin Roosevelt qui disait : « Nous ne sommes peut-être pas toujours en mesure de préparer l’avenir de nos enfants mais nous sommes en mesure de préparer nos enfants pour l’avenir ». Ces mots peuvent nous rejoindre. Même en vacances et peut-être que ce temps de vacances devrait nous inciter à nous tourner vers nos enfants, non pas pour les gâter outre mesure mais pour leur faire découvrir le patrimoine de chez nous, pour justement, qu’ils se préparent à leur avenir car, c’est un fait, il n’y a pas d’avenir quand il n’y a pas de
passé. On ne construit pas une maison sans fondation…

Les fondations ne se voient pas. Lorsqu’on projette de bâtir, on prévoit tout en elles de manière à ne pas les casser par la suite. On n’oublie rien, on pense à tout. Le passé est un peu pareil. Il fonde ce que nous sommes avec son histoire qu’il ne convient pas de transformer à notre guise, et même si
nous estimons qu’il n’est pas parfait ou qu’il y a des « erreurs » (mais qui sommes-nous pour juger ainsi ?), il fonde ce que nous sommes aujourd’hui, comme nous bâtissons actuellement ce que sera demain notre pays.

En regardant d’autres pays, nous pouvons constater avec honneur et fierté (mais surtout pas avec l’orgueil, ce serait une grande faute) que ceux qui nous ont précédé ont fait tout ce qui était en leur pouvoir pour que notre Patrie soit ce qu’elle est, avec ses aménagements, ses monuments, ses
châteaux, cathédrales et églises, sa culture, son savoir-faire, son savoir-être… Prendre du temps, en vacances, pour faire découvrir aux jeunes générations cette richesse dans laquelle nous puisons, est une manière évidente et utile de préparer nos enfants à l’avenir et c’est là, mieux qu’un cahier de devoir de vacances, me semble-t-il.

Ensuite, les fondations servent à permettre d’ériger une maison. Une maison, c’est un lieu de vie que l’on adapte à ce que nous sommes. On lui donne une âme. C’est ce que l’on doit faire pour nous aussi, pour nos enfants comme pour nous-mêmes, car sinon nous construisons avec un manque. Le révérend père Daniel Brottier, aumônier durant la Grande Guerre, puis ensuite directeur de l’œuvre des Orphelins Apprentis d’Auteuil savait ce qu’il disait quand il clamait à tous que « le coeur d’une oeuvre, c’est la vie intérieure ». Comme l’aumônier qui célèbre la messe pour les poilus en guerre (voir la photo), il nous renvoie à la question : « où en est ta vie intérieure ? Tu veux construire, laisser une trace dans ce monde, mais toi, oui toi, que dis-tu de toi ? » Ces jeunes soldats de vingt ans, dont il
conforte la foi alors que la mort fait son travail de faucheuse, envoyés à la Grande Boucherie de 14-18 prenaient le « temps » de souffler un instant pour aller au combat car leur vie était réduite à cela. Nous sommes nous-mêmes une oeuvre. Nous avons des projets, nous construisons, nous
enfantons…Combien plus alors nous devrions nous-mêmes nous laisser habiter par le même souffle, celui que Dieu met en nous et qui nous permet de respirer de tout notre coeur, de tout notre esprit et de toute notre âme pour que le soleil ne soit pas uniquement ce qui nous brule la peau.

Il y a un autre soleil qui ne passe jamais, même lorsque notre vie sera en hiver, qu’il nous faut accepter en nous pour qu’il réchauffe totalement l’oeuvre que nous sommes et qui a été voulue par Dieu, à la lumière de la vérité de tout notre être qui n’est pas qu’un corps à entretenir et qui, de
toute manière, vieillira, contrairement à la vocation de l’âme. Ce soleil qui n’est jamais en vacances, c’est la grâce du Christ qui agit en nous en nous sanctifiant, si nous le désirons.

Oui, voilà enfin ce temps où nous allons pouvoir souffler pour mieux jouer la partie de notre vie car, si le souffle de vie appartient à Dieu et qu’il le met en nous pour que nous respirions l’air de sa vie, c’est pour que nous ne perdions pas notre temps à jouer sans souffler. Avant de jouer, il faut
donc inspirer un air sain (et saint) qui nous aidera à souffler pour mieux jouer…

Avec tout cela, quelle que soit la durée du temps où chacun pourra « souffler pour mieux jouer », passez de bonnes et reconstituantes vacances à la lumière du Soleil intérieur qui éclaire et réchauffe tout.

A votre service,

Padre Jean-Yves DUCOURNEAU