Rabbi, quel est le plus grand commandement ?

L’évangéliste Matthieu rapporte (22, 34-40) que des scribes à l’esprit pinailleur et des pharisiens drapés dans leur suffisance viennent harceler Yéshoua (Jésus) ; et l’enjeu est de taille, il s’agit du plus grand commandement de la Torah :

« Rabbi, quel est le plus grand commandement ? »

Il faut évidemment situer cette phrase dans son contexte religieux juif. La loi juive, la Torah, est un ensemble de 613 préceptes ; et il existe un contentieux entre :
d’une part les scribes qui classent les commandements par priorité.
d’autre part les pharisiens qui enseignent que tous les commandements doivent être observés avec une même rigueur.

C’est sur ce litige que Yéshoua de Nazareth est interpellé pour prendre position.
Que répond donc le Christ à cette question insidieuse ? :
« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force. »
Cette phrase est une citation du Deutéronome (6, 4-5) ; c’est de début d’une prière, la Shema Israël (Écoute, Israël) que tout israélite se doit de réciter deux fois par jour, matin et soir.

Les juifs qui viennent prier au Mur des Lamentations, à Jérusalem, fixent ce texte à leur poignet gauche et sur leur front, selon le précepte : « Tu les fixeras comme un signe à ta main, comme un bandeau sur ton front. » (Deutéronome 6, 8)
De la réponse de Yéshoua, les scribes sont satisfaits ; le prophète de Galilée leur donne raison : l’amour de Dieu est bien le premier des commandements, mais le Christ ne se contente pas de cette réponse, il ajoute : « Tu aimeras aussi ton prochain comme toi-même. » Ainsi le Christ va bien au-delà du litige proposé par les scribes et les pharisiens. En somme :

Qu’est-ce que l’amour selon le Christ ?

« En vérité, je vous le déclare, chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » (Matthieu 25, 40)

La pratique du christianisme implique l’étroite relation entre l’amour de Dieu et l’amour des hommes. « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu… et le prochain comme toi-même » ; ce sont les deux faces du même amour ; c’est le même commandement. Christ Yéshoua identifie « amour de Dieu » et « amour de l’homme » ; c’est l’originalité du vécu chrétien.
Le prochain, c’est celui que Dieu nous fait rencontrer, pour l’accueillir, l’aimer, le servir. Ainsi la rencontre d’une personne a toujours quelque chose d’éternel, parce qu’elle est en somme la rencontre de Dieu.

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« Quand un émigré viendra s’installer chez vous dans votre pays, vous ne l’exploiterez pas ; cet émigré installé chez vous, vous le traiterez comme un enfant du pays, comme l’un de vous ; tu l’aimeras comme toi-même. C’est moi, le Seigneur Dieu, Votre Dieu. » (Lévitique 19, 33-34)

Beaucoup de gens, croyants ou incroyants, aiment bien, mais ils aiment ceux qu’ils choisissent d’aimer ; c’est un amour sélectif ; au nom de je ne sais quelle morale ou doctrine religieuse on rejette, on condamne, on déteste les autres parfois. Quand les gens parlent d’amour, c’est souvent de cet amour-là dont ils parlent, de cet amour rétréci.
L’amour chrétien, inspiré du Lévitique, l’amour selon Yéshoua de Nazareth, c’est d’aimer tout homme, quel qu’il soit ; voilà la nouveauté de l’enseignement du Christ, voici l’exigence du Christ. Comment un chrétien pourrait-il adhérer à une organisation religieuse, sociale ou politique professant le racisme ? L’amour chrétien ne peut être qu’universel.

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« Celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; l’eau que je lui donnerai deviendra en lui source jaillissante en vie éternelle. » (Jean 4, 14)

L’amour selon l’enseignement du Christ implique nécessairement des valeurs humaines, naturelles : les sentiments, l’affectivité, la tendresse ; mais l’amour enseigné par le prophète Yéshoua ne vient pas que de notre nature ; il vient aussi de Dieu. Yéshoua a dit à la samaritaine : « Si tu savais le don de Dieu. »
Ainsi l’amour chrétien, au-delà des valeurs humaines, est surnaturel, spirituel ; c’est-à-dire vient de Dieu, est un don de Dieu. Dieu vivant en nous ; c’est ce que les théologiens appellent la grâce.

Seulement si nous sommes habités de Dieu, par la prière, par la vie qui nous vient de Dieu, nous pouvons accéder à cette vertu chrétienne, fort bien décrite par l’apôtre Paul : (1Corinthiens 13, 1-13).

Père Joseph GUILBAUD

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