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Prédication - rencontre oecuménique - St Gelais le 27 janvier (...)

L’Église naissante, l’Église en marche, après la résurrection, l’Ascension, la Pentecôte, les disciples s’organisent, et Pierre celui qui a douté, qui a renié, est comme galvanisé, il fait des discours, avec autorité, lui le petit pécheur du lac de Génésareth, il guérit un infirme, la foule est là, elle est extasiée. Et déjà les ennuis commencent, Pierre et Jean sont arrêtés, ils sont jetés en prison et sommés de s’expliquer devant le Sanhédrin (le tribunal qui permet alors aux juifs de juger leurs propres litiges).

Pierre et Jean font preuve d’assurance, eux qui n’ont pas beaucoup d’instruction aux yeux des membres du tribunal. Mais plus que cela le livre des Actes nous dit que Pierre est alors "rempli de l’Esprit Saint", ainsi nous comprenons mieux la fermeté de son discours.

À la question : à quelle puissance ou à quel nom avez-vous eu recours pour faire cela ? c’est-à-dire : guérir un infirme de naissance qui ne pouvait marcher ; Pierre affirme tout net : Par le nom de Jésus-Christ.
"Par le nom de Jésus-Christ crucifié par vous, ressuscité des morts par Dieu.
C’est lui, la pierre que vous, les bâtisseurs, aviez mise au rebut : elle est devenue la pierre angulaire. Il n’y a aucun salut ailleurs qu’en lui : car aucun autre nom sous le ciel n’est offert aux hommes, qui soit nécessaire à notre salut". Pierre a de l’audace !

Dans le Psaume 118 dont nous avons entendu tout à l’heure, les versets 22 et 23 qui disent : "la pierre que les maçons ont rejetée est devenue la pierre angulaire, cela vient du Seigneur : c’est une merveille à nos yeux !"

Qu’est-ce que c’est que cette pierre angulaire ?

Apparemment une pierre indispensable au bon équilibre de l’édifice, une grosse pierre située dans un angle qui permet à la construction de se maintenir et de résister à l’usure du temps et d’éventuelles intempéries.
Évoquée au psaume 118, mais aussi en Esaïe 28/16, Zacharie 4/7, et les trois Évangiles : Mathieu 21/42 Marc 12/10, Luc 20/17 (notamment à la fin de la parabole des vignerons meurtriers).

Oui les vignerons locataires de la vigne rouent de coups et tuent les serviteurs que le Maître envoie pour recevoir sa part des fruits de la vigne.
Puis en dernier recours le Maître envoie son fils bien-aimé, mais vous l’avez entendu les vignerons qui ont la vigne en fermage tuent également le fils en pensant s’approprier l’héritage. Et dans les 3 évangiles Jésus termine en disant : "n’avez-vous pas lu ce passage de l’Écriture ? la pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs, c’est elle qui est devenue la pierre angulaire, c’est là l’œuvre du Seigneur, quelle merveille à nos yeux". Il cite encore le psaume 118.

Pour certains commentateurs, la pierre de l’angle n’est probablement pas celle de l’angle inférieur mais la clé de voûte qui donne son sens à la construction et la parachève, pourtant cette pierre est aussi appelé pierre d’achoppement, qui fait trébucher celui qui ne la reconnaît pas. Il semble qu’elle puisse aussi "écraser" ! Mais peu importe que la pierre angulaire soit en bas ou en haut de l’édifice, c’est elle qui le maintient qui lui donne toute sa force. L’apôtre Pierre devant le Sanhédrin désigne nommément Jésus, le Christ, comme étant la pierre angulaire. Lui que Jésus a appelé Pierre en lui disant : "tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon église". Il affirme là, haut et fort qu’en fait la seule pierre importante c’est la pierre de l’angle qui est Jésus le Christ (et non éventuellement lui-même). Il reprendra cette grande affirmation dans sa première épitre chapitre 2 versets 4 à 10.

  • 4 - Approchez-vous de lui, (qui est la) pierre vivante, (celle) rejetée par les hommes mais choisie et précieuse devant Dieu.
  • 5 - Vous-mêmes, comme des pierres vivantes, entrez dans la construction de la Maison, habitée par l’Esprit, pour constituer une sainte communauté sacerdotale, pour offrir des sacrifices spirituels, agréables à Dieu par Jésus Christ.
  • 6 - Car on trouve dans l’Ecriture : Voici, je pose en Sion une pierre angulaire, choisie et précieuse, et celui qui met en elle sa confiance ne sera pas confondu.
  • 7 - A vous donc, les croyants, l’honneur ; mais pour les incrédules
    la pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre de l’angle,
  • 8 - et aussi une pierre d’achoppement, un roc qui fait tomber.
    Ils s’y heurtent, parce qu’ils refusent de croire à la parole, et c’est à cela qu’ils étaient destinés.
  • 9 - Mais vous, vous êtes la race élue, la communauté sacerdotale du roi, la nation sainte, le peuple que Dieu s’est acquis, pour que vous proclamiez les hauts faits de celui qui vous a appelés des ténèbres à sa merveilleuse lumière,
  • 10 - vous qui jadis n’étiez pas son peuple, mais qui maintenant êtes le peuple de Dieu ;
  • 11 - vous qui n’aviez pas obtenu miséricorde, mais qui maintenant avez obtenu miséricorde

À ce moment là, l’Église est naissante, elle commence à se bâtir, la pierre d’angle est là, il ne faut pas la négliger, elle permettra au nouvel édifice de tenir, et ceci n’est pas une volonté des hommes mais cela vient du Seigneur, c’est un miracle du Seigneur Dieu le Père. Cette Église est construite avec des pierres vivantes comme dit Pierre dans sa 1ère épitre : "vous-mêmes comme des pierres vivantes, entrez dans la construction de la Maison habitée par l’Esprit, pour constituer une sainte communauté".

Oui, l’Église est une communauté composée d’hommes et de femmes touchés par le Saint-Esprit, qui reconnaissent Jésus-Christ comme Seigneur et Sauveur ; il n’y a aucun salut ailleurs qu’en lui affirme Pierre devant le Sanhédrin. Et cette Église devient le nouveau "peuple de Dieu". Des hommes et des femmes libérés.

Si l’Église est composée d’hommes, et elle l’est, nous avons rencontré le Christ sur des chemins divers, par des routes différentes, nous avons des engagements pluriels, et nous exerçons des services multiples. Tout comme les 1ers disciples eux-mêmes eurent des parcours et des expériences différentes. Tout comme les 1eres communautés ont bâti des Églises locales différemment, avec parfois des rites spécifiques issus de leur histoire propre. Les épitres en témoignent largement.

Les disciples, eux aussi furent des pierres vivantes contribuant à l’édification de l’Église mais aucun n’était une pierre angulaire, au contraire ils témoignèrent comme Pierre que cette pierre angulaire c’est le Christ seul.

Ainsi on peut dire que l’Église naissante n’est pas une invention d’hommes, ce n’est pas une secte qui aurait bien marché, ce n’est pas une entreprise humaine qui aurait particulièrement réussi. Tous ces premiers témoins nous disent qu’il s’agit d’une œuvre de Dieu le Père, agissant par l’Esprit Saint, c’est lui qui appelle les hommes, qui les met debout, qui en fait des bâtisseurs d’Églises, de communautés confessantes, pour louer Dieu et témoigner de la Bonne Nouvelle. Au sein de ces nouvelles communautés toutes les pierres ont leur importance dans l’édifice, toutes les pierres ont un rôle à jouer, aucune ne parait plus essentielle que les autres hormis une seule : la pierre angulaire.

Il n’y a plus ni juif, ni grec, il n’y a plus ni esclave, ni homme libre, il n’y a plus l’homme et la femme… (Gal) il n’y a plus de circoncis et d’incirconcis, de barbares (ceux qui ne comprenaient pas le grec), ou de Scythes (peuple de la mer noir considéré comme "arriéré"… (Col). Vous connaissez ces formules, et on pourrait dire : il n’y a plus des gens d’en haut ou d’en bas, des gens des villes ou des campagnes, des blancs, des noirs, des jaunes, des riches ou des pauvres ; tous sont uniques aux yeux de Dieu, tous ont la même valeur, une valeur d’homme, au point que Dieu donne son Fils, c’est-à-dire lui-même, pour l’homme. Tous sont appelés à être des pierres vivantes pour la construction de l’Église.

Ce message est bouleversant.

Proclamé il y a 2000 ans, c’est à nous de le proclamer encore aujourd’hui.
L’actualité nous apporte régulièrement de tristes histoires. Vous entendez la voix de certains ?

L’exclusion, la discrimination, l’appel à se dresser les uns contre les autres, à tout vouloir pour soi et ne rien partager. Non, décidément nous sommes bien dans une terre de mission, nous avons encore beaucoup de travail pour rappeler à notre société que tous les hommes sont aimés d’un même amour par Dieu, qu’il s’est donné pour tous, c’est-à-dire pour chacun.

Chaque petit homme de par notre Terre compte, chaque petit homme est appelé, chaque petit homme peut recevoir l’Amour de Dieu qui le transformera et l’amènera à se tourner vers son prochain quoi qu’il fut auparavant. L’Église n’est pas là pour qu’on se regarde entre nous, elle a une mission vers les autres, vers l’extérieur. N’ayons crainte, si certaines pierres peuvent être parfois un peu défaillantes, la pierre angulaire tient bon, l’édifice ne s’écroulera pas. Mais nous qui avons découvert la liberté en Christ nous avons un devoir, une mission, lui rendre témoignage et participer à l’édification d’une Église toujours plus tournée vers les autres, accueillante, ouverte, épaulant les plus fragiles, consolant ceux qui sont dans la peine, rassurant ceux qui s’interrogent.

Avec Pierre, l’apôtre fougueux, mais aussi avec tous les autres, les disciples connus et les inconnus, continuons le combat, un combat de paix, ce n’est pas nous qui parlons, mais c’est Christ qui parle en nous. Ayons l’audace de croire que le changement est possible. Le Christ, la pierre angulaire, est vivant, il transforme les hommes qui vont davantage s’intéresser à leur proche qu’à eux-mêmes. Les frontières sont balayées, elles n’existent plus, les hommes sont libres et frères entre eux. La misère ne vient pas de la fraternité, elle vient de l’égoïsme, la guerre ne vient pas de l’égalité entre les hommes, elle vient du désir d’asservissement des hommes par les hommes. La paix que nous offre le Christ se résume dans le commandement : "aimez-vous les uns les autres" ;

Et Pierre de conclure son intervention devant le Sanhédrin : "il n’y a aucun salut ailleurs qu’en lui".

Amen !

Bernard Trocmé
Église Protestante Unie du pays niortais
Saint Gelais le 27 janvier 2018