« Pour moi, vivre c’est le Christ »


Lettre de l’Apôtre Paul aux Philippiens (2, 1-11)

1 S’il y a donc un appel en Christ, un encouragement dans l’amour, une communion dans l’Esprit, un élan d’affection et de compassion, 2 alors comblez ma joie en vivant en plein accord. Ayez un même amour, un même cœur ; recherchez l’unité ; 3 ne faites rien par rivalité, rien par gloriole, mais, avec humilité, considérez les autres comme supérieurs à vous. 4 Que chacun ne regarde pas à soi seulement, mais aussi aux autres. 5 Comportez-vous ainsi entre vous, comme on le fait en Jésus Christ :
6 lui qui est de condition divine n’a pas considéré comme une proie à saisir d’être l’égal de Dieu. 7 Mais il s’est dépouillé, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes, et, reconnu à son aspect comme un homme, 8 il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, à la mort sur une croix.
9 C’est pourquoi Dieu l’a souverainement élevé et lui a conféré le Nom qui est au-dessus de tout nom, 10 afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse, dans les cieux, sur la terre et sous la terre, 11 et que toute langue proclame que le Seigneur, c’est Jésus Christ, à la gloire de Dieu le Père.


Les religions en ce début de 21ème siècle.

Les religions, aujourd’hui, posent question.
- Rejet de la part de certains : elles ont toujours été, et sont encore, dit-on, source d’intolérance, de violence et de guerre.
- Indifférence pour beaucoup : au pire, on s’en éloigne sans regret comme on s’éloigne de son enfance ; au mieux, on en garde un vernis, une trace culturelle, sans vraiment adhérer au contenu.
- Attrait, en Afrique, dans les Amériques, dans certaines banlieues ou chez les gens du voyage, pour les Eglises dites ‘évangéliques’, réputées plus vivantes que nos vieilles Eglises.
- Séduction venant des « religions orientales », telles que le Bouddhisme (voir l’article ci-contre).
- Tentation du fondamentalisme en Islam, mais aussi en christianisme ou en hindouisme.

Il y a donc nécessité, pour nous chrétiens, de puiser à nouveau à la source de notre foi, non pour l’imposer aux autres, mais pour qu’elle nous fasse vivre et que nous soyons en mesure d’en témoigner, de la proposer et de « rendre compte de l’espérance qui est en nous » (1ère lettre de Pierre 3, 15). Pour cette démarche, nous avons choisi un texte très connu de saint Paul, puisque nous l’entendons tous les ans, en 2ème lecture, à la célébration des Rameaux.

Le « terreau » pour la foi au Christ (v1 à 5)

Paul s’adresse à des gens d’une communauté qu’il connaît, avec qui il est vraiment en relation. C’est même la première communauté chrétienne qu’il a fondée en Grèce (Actes 16, 11-15). Cette relation s’enracine en Christ (s’il y a donc un appel en Christ… comblez ma joie en vivant en plein accord). Ce Christ est présenté déjà comme une personne réelle et non une idée. Le lieu d’épanouissement de la foi c’est d’abord une communauté d’amour et d’unité. Cette communauté est le « terreau » où la foi plonge ses racines, s’y nourrit et peut grandir parce qu’elle est habitée par l’Esprit.

Le déploiement de la foi

Les versets 6 à 11 de notre texte contiennent le « noyau dur » de notre foi. Pour bien montrer que ce texte dit la foi de toute l’Eglise, à chaque étape nous rappellerons un autre passage de l’Ecriture.

Jésus est vraiment Dieu : « il est de condition divine l’égal de Dieu  » (v 6). Jean le dira autrement : « Qui me voit, voit le Père. » (Jn 14, 9) ou encore « Moi et le Père, nous sommes un » (Jn 10, 30).

Il est entré dans notre histoire, non pas comme un maître de sagesse ou un philosophe, mais comme un « serviteur » (v 7) ; comme un esclave, il lavera les pieds de ses disciples (Jn 13, 1-20)

Il ne fait pas semblant d’être un homme  : «  devenant semblable aux hommes, et, reconnu à son aspect comme un homme  » (v 7), un homme dans toutes ses dimensions, corporelle et spirituelle. En christianisme, il n’y a aucune dévalorisation du corps. Jean, de nouveau, l’affirme en disant (Jn 1, 24) : «  Et le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous.  » Et nous le proclamons dans je Credo : « Je crois en la résurrection de la chair. » La résurrection n’a rien à voir à voir avec le nirvana, où la personne, notre personne, se dissoudrait dans un ‘Grand Tout’ impersonnel.

Il est entré pleinement dans le projet d’amour de son Père pour l’humanité : «  il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, à la mort sur une croix » (v 8). C’est ce qu’il explique aux disciples sur la route d’Emmaüs (Lc 24, 26) : « Ne fallait-il pas que le Christ souffrît tout cela pour entrer dans sa gloire  ? »

En lui, la mort n’a pas le dernier mot. «  Dieu l’a souverainement élevé  » (v 9). C’’est une des manières par lesquelles l’Ecriture désigne ce que nous traduisons par le mot ‘résurrection’. Les messagers au tombeau ne disent pas autre chose : « Il faut que le Fils de l’homme soit livré aux mains des hommes pécheurs, qu’il soit crucifié et que le troisième jour il se relève » (Lc 24, 7).

Par sa résurrection, il est placé au sommet de l’univers. «  au nom de Jésus tout genou fléchit, dans les cieux, sur la terre et sous la terre . » (v 10). Jésus est appelé Seigneur, l’équivalent du Nom révélé à Moïse au début de l’Exode (Ex.3, 14). Thomas l’incrédule ne dira pas autre chose (Jn 20, 28) : « Mon Seigneur et mon Dieu. »

Venu du Père, il rapporte tout à son Père. «  à la gloire de Dieu le Père . » (v 11). C’est ce que Jésus, près du tombeau vide, dit à Marie de Magdala : « …je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. » Par ces termes, nous rejoignons la dernière phrase du Prologue de l’Evangile selon Jean (Jn 1, 18) : « Personne n’a jamais vu Dieu ; Dieu Fils unique, qui est dans le sein du Père, nous l’a dévoilé. »

Volontairement, l’auteur de ces quelques lignes ne tire aucune conclusion. A chacun de s’approprier, s’il le veut, ces quelques réflexions et d’en tirer les conséquences pour sa foi.
Joseph CHESSERON