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"Patrie de la terre, Patrie du Ciel !" par le Padre Ducourneau - avril (...)

Patrie de la terre, Patrie du Ciel !

Dans son Histoire de France, Jules Michelet [3] , écrit ceci qu’il est bon de connaître : « La Patrie, c’est toujours la vie du monde. Elle morte, tout serait mort… Demandez au peuple, il le sent, il vous le dira… j’ai interrogé le peuple, jeunes et vieux, petits et grands. Je les ai entendus nous témoigner pour la Patrie. C’est là la fibre vivante qui, chez eux, meurt la dernière. Je l’ai trouvée aussi chez les morts, comme une dernière étincelle par laquelle, peut-être, on les aurait fait revivre. » Nous touchons du doigt une partie de ce qui fait notre identité de soldats, l’attachement à la Patrie de la terre. Nous sommes fiers d’avoir choisi de la servir sans l’asservir, de manière à ce qu’elle garde son héritage, son patrimoine, ses valeurs et son aura. A ce titre, elle est davantage qu’un simple amoncellement de régions et de traditions, elle est une entité personnelle que nous devons honorer comme il se doit, puisqu’elle a grandi pour devenir ce qu’elle est, par le sacrifice, parfois sanglant, de tous ceux qui nous ont précédé sur ses chemins qu’ils nous ont balisés. Cependant, les soldats ne sont pas les seuls à devoir être attachés à cette notion de Patrie. Hélas, certains événements récents nous font voir que tous nos concitoyens ne partagent pas cet attachement, les dégradations scandaleuses de certains monuments et symboles de l’Etat, ou même de certains commerces témoignant d’un savoir-faire unique reconnu par les autres pays le prouvent et nous désolent pour ne pas dire plus. Sans doute, cet état de fait est dû à une absence de connaissance historique de tout ce qui a érigé la Patrie. Sans doute aussi, cette carence est-elle due à une déficience de notre système scolaire qui a « déclassé » l’Histoire au point de faire de cette noble matière quelque chose d’insignifiant. Or, il est certain qu’un homme sans racine est un homme sans tête, un homme sans passé est un homme sans avenir…

Sans avenir en perspective, il est difficile, voire impossible, de donner du sens à ce que l’on est, ce que l’on fait et ce que l’on donne, si toutefois on donne quelque chose dans ces conditions. Sans avenir en perspective, il est également difficile de se respecter soi-même, puisque aucun but précis n’existe, si ce n’est l’instinct de conservation qui meut le monde animal d’une manière basique. C’est ainsi que, par absence de ce respect, il est encore plus difficile d’avoir du respect pour les autres personnes que l’on voit et que l’on croise, et encore moins de respect pour une « personne » comme la Patrie que l’on ne voit pas concrètement, alors qu’en même temps on exige d’elle beaucoup de choses. Carence de l’éducation et carence de l’éduqué sont dues, à l’évidence, à une absence de FOI en ces valeurs qui ont construit, et qui construisent encore, une Patrie terrestre qui, si ces carences persistent, court le risque de ne plus être digne de son Histoire et du sang que les Anciens ont versé pour elle.

Notre Patrie terrestre n’a donc pas son avenir gravé dans le marbre. Pourtant elle porte en elle la trace d’une grâce particulière qui lui donne une responsabilité unique, toujours en référence à son Histoire vivante. Avant même qu’elle fut ce qu’elle est aujourd’hui, alors qu’elle n’était encore qu’un rassemblement de Gaules romaines, le Primat des Gaules, archevêque de la première ville évangélisée dès la fin du 1er siècle, Lugdunum (Lyon), consacrait ces Gaules à celle que la Tradition qualifie, soit de fille aînée de saint Pierre (le premier des Apôtres), soit de sa première catéchumène, la dénommée sainte Pétronille, d’où sa qualité bien connue de tous de « Fille aînée de l’Eglise », que le roi Clovis reconnut et assuma lors de son baptême chrétien en 496.

Par le fait même, la Patrie terrestre reconnait son attachement filial à une autre Patrie, celle qui lui donne sa vocation éclairée, la Patrie du Ciel. Tout au long de son Histoire, nonobstant les éloignements politiques, philosophiques et anticléricaux qui opposèrent un démenti à cet attachement quasi sanguin, nous ne pouvons pas passer sous silence les monuments chrétiens qui jalonnent les routes de nos campagnes et de nos villes, revendiquant ainsi une FOI qui, même si elle ressemble à une fragile étincelle, ne peut s’éteindre.

C’est ainsi que notre Patrie terrestre, et avec elle, toutes les autres patries de ce monde, ont partie liée avec l’unique Patrie du Ciel qui attend chacun de nous. Inhumés, nous le serons dans le cœur de la patrie terrestre, dans cette terre charnelle, cependant, nous sommes appelés à ne pas y rester pour nous laisser élever dans la Patrie céleste, celle que, justement, les Chrétiens célèbrent à Pâques, dans la Joie de la résurrection de leur Seigneur Jésus Christ. Dans cette Patrie céleste, véritable maison de Dieu ouverte au vent de l’Esprit, contrairement au trou sans issue de la « dernière demeure » terrestre, notre FOI nous dit, comme Jésus nous l’affirme lui-même, qu’ « il y a beaucoup de demeures » [4], donc chacun y est attendu.

Notre espérance n’est donc pas, in fine, dans la Patrie terrestre mais bien dans la Patrie du Ciel qui donne sens aux siècles de notre Histoire. Pour autant, si Dieu se charge de construire pour nous cette demeure céleste, nous sommes, nous, chargés de continuer à ériger notre Patrie terrestre, celle sur laquelle nous marchons et, parfois, trébuchons. C’est pourquoi, c’est dans cette espérance donnant du sens à ce qu’ils sont, à ceux qu’ils font et à ce qu’ils offrent, que les Chrétiens sont appelés à ne jamais cesser de prier pour leur Patrie terrestre, de façon à ce que le moindre de ses habitants soit heureux d’y vivre et puisse y grandir dignement, comme le demande le pape François, notamment dans son message de Carême.

C’est la raison pour laquelle les Chrétiens, réunis lors de la Semaine Sainte faisant mémoire de la Passion, de la Mort et de la Résurrection du Christ, élargissent leurs intentions de prière à toutes les composantes de notre terre. Il y va de leur responsabilité de baptisés et de témoins de la Miséricorde du Seigneur pour tous les habitants de notre monde, que Dieu a voulu, même si certains se sont égarés sur la route de la haine, du mal et de la mort. Parce que les Chrétiens sont attachés à la Patrie céleste, ils ne peuvent pas se détacher de la Patrie terrestre qu’ils sont appelés à construire à son image et à sa ressemblance. Par leur témoignage, qui peut aller jusqu’au sacrifice suprême comme c’est encore le cas dans certains endroits de ce monde torturé par le mal, ils peuvent permettre à ceux qui ne partagent pas leur FOI de participer à la même mission, puisque la Patrie du Ciel met en évidence la fraternité, la charité, le respect de la dignité du plus faible, ces vertus que tous, quel que soit notre idéal de vie, nous devons mettre en commun sur notre Patrie terrestre, pour l’intérêt général.

Avec tout cela, que les Chrétiens passent de bonnes et saintes fêtes de Pâques, tout en ayant le souci de ceux qui ne les ont pas encore rejoints, et qui attendent d’eux qu’ils sortent de leur cocon rassurant, pour vivre, affectivement et effectivement, de la Résurrection du Christ qui doit éclairer nos patries terrestres, leur faisant ainsi comprendre qu’elles sont appelées à un avenir céleste qui ne leur veut que du Bien. Bonne fête de Pâques !

Père Jean-Yves DUCOURNEAU

Notes

[1Jules Michelet (1798-1874) est un historien libéral et anticlérical. Son Histoire de France, rédigée entre 1833 et 1841 est son œuvre principale. Bien que remise en cause par des historiens du XXème siècle, elle reste une référence. Michelet est aussi l’auteur d’une Histoire de la Révolution.

[2Evangile selon saint Jean, chapitre 14, verset 2

[3Jules Michelet (1798-1874) est un historien libéral et anticlérical. Son Histoire de France, rédigée entre 1833 et 1841 est son œuvre principale. Bien que remise en cause par des historiens du XXème siècle, elle reste une référence. Michelet est aussi l’auteur d’une Histoire de la Révolution.

[4Evangile selon saint Jean, chapitre 14, verset 2

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