"Nous avons trouvé le Messie"

« Posant son regard sur Yéshoua (Jésus) qui allait et venait, Yohanan (Jean Baptiste) dit : Voici l’Agneau de Dieu. » (Jean 1, 36)

Que signifie ce premier titre donné par Yohanan à Yéshoua ? Ce galiléen n’était encore que le charpentier d’une modeste bourgade de Basse Galilée. Maintenant il est l’Agneau de Dieu. Qu’a voulu dire Yohanan le baptiseur ?

Dans le temps qui a précédé la venue du Christ, chaque famille juive, au jour de la Pâque, immolait un agneau et marquait de son sang les portes de la maison, ceci au cours du repas du soir, le Seder. Cette coutume juive était le symbole de la libération d’Israël sortant du pays d’Egypte. (Exode 12, 21-27) Moïse convoqua tous les anciens d’Israël et leur dit : « Prenez un agneau par clan et immolez-le pour la Pâque… vous étendrez le sang sur le linteau et les deux montants de la porte... lorsque le Seigneur traversera l’Egypte pour la frapper, il épargnera votre maison. » Ainsi le peuple d’Israël sera sauvé par le sang de l’agneau.

Par ailleurs, tout juif fervent avait dans l’esprit la prophétie d’Esaïe (53, 7) qui présentait le Serviteur de Dieu, le Messie, comme un « agneau conduit à la mort et qui n’ouvrait pas la bouche ».

Lorsque Yohanan le baptiseur dit : « Voici l’Agneau de Dieu » en désignant Yéshoua de Nazareth, il affirme que Yéshoua est bien le Messie annoncé par le prophète Esaïe, celui qui va sacrifier sa vie par amour, pour enlever les péchés du monde.

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Dans le temps qui a suivi la venue du Christ, on retrouve l’évocation « Agneau de Dieu » dans le livre de l’Apocalypse, écrit par un certain Yohanan (Jean) vivant dans l’île de Patmos à la fin du 1er siècle. « L’Agneau » est l’image du Christ, celui qui, à la tête du troupeau, assume la défense de ses frères. (6, 16 – 7, 17 – 17, 14)
« Ils combattent l’Agneau, mais l’Agneau vaincra, car il est le Seigneur des Seigneurs. »

Ainsi « l’Agneau » que nous chantons avant de recevoir le Pain et le Vin à l’Eucharistie, c’est l’Agneau qui a versé son sang en combattant pour notre salut : « Voici l’Agneau de Dieu, voici celui qui enlève le péché du monde ».

« Posant son regard sur Yéshoua qui allait et venait, le Baptiste dit : Voici l’Agneau de Dieu, voici celui qui enlève le péché du monde. »
Deux disciples du Baptiste, Andréas et Yohanan l’évangéliste, entendirent cette parole et suivirent Yéshoua.

On imagine aisément la scène ; l’évangéliste précise : « c’était la dixième heure » (c’est-à-dire 4h de l’après-midi). Le Christ marche sur un sentier rocailleux longeant le Yarden (le Jourdain). Deux hommes, le cœur battant, suivent le prophète de Galilée. Ils ne l’ont encore jamais vu. C’est bien risqué de suivre un inconnu. Parfois c’est ainsi que commencent les grandes aventures.
Entendant leurs pieds crisser sur les cailloux du chemin, Yéshoua se retourna, vit qu’ils le suivaient. « Que cherchez-vous ? » Ce sont les premiers mots du Christ dans l’évangile de Yohanan.
Cette première intervention du Christ n’est pas un ordre, une affirmation autoritaire, mais une interrogation. Pour aborder le Christ, il faut être disponible, ouvert à la vérité, être ouvert à la vie. Il ne faut pas être enfermé dans un système, dans un intégrisme, comme les prêtres et les lévites du temps du prophète Yéshoua, qui, au fond, ne cherchaient rien. Ils savaient, du moins le pensaient-ils.

« Maître, où demeures-tu ?
Venez et vous verrez. » (Jean 1, 39)

La réponse de Yéshoua est respectueuse de leur liberté. Le Christ n’embarque pas de force. La foi est un cheminement. Le Christ ne veut pas convertir par contrainte, à la manière des sectes.
Andréas trouve son frère Simon (Pierre) et lui dit : « Nous avons trouvé le Messie. » (Jean 1, 41)

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Au sein d’une communauté humaine, Dieu parle et se fait entendre par les relations humaines. Pour entendre l’appel de Dieu, il faut être attentif aux appels des hommes. C’est Jean le Baptiste qui a appelé André et Jean l’évangéliste. Ce sont André et Jean qui appellent Pierre. Ce sera Philippe qui invitera Nathanaël de Cana en Galilée. C’est ainsi que l’on construit une communauté chrétienne locale. Ne pourrais-je pas - moi aussi – conduire quelqu’un à la rencontre du Christ.

Ces hommes avaient cherché le Christ, c’était plutôt le Christ qui les cherchait ; comme il nous cherche, autant que nous sommes, encore aujourd’hui, sur les chemins du Royaume.
Ce récit évangélique (Jean 1, 35-42) a été écrit par Yohanan,
de la communauté de Jérusalem

Père Joseph GUILBAUD

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