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  • Mt 2, 1-12 (Épiphanie 2026) Action de grâce pour le jubilé. Envoi en mission de Marine et Marie.

    Mt 2, 1-12 (Épiphanie 2026)
    Action de grâce pour le jubilé. Envoi en mission de Marine et Marie.

    La soif de pouvoir. Voilà ce qui est la préoccupation du roi Hérode face à la nouvelle de ce « roi des juifs » qui vient de naître. Il veut lui aussi connaître un autre roi comme on aime se rencontrer entre pairs. Si ce projet de rencontre est louable, l’intention l’est moins. La suite de cette page d’Évangile explicite d’ailleurs sa motivation réelle : « Hérode envoya tuer tous les enfants jusqu’à l’âge de deux ans à Bethléem et dans toute la région, d’après la date qu’il s’était fait préciser par les mages » (Mt 2, 16). Un projet macabre pour justifier un pouvoir pourtant reçu d’un autre. Une domination, violente, sur les femmes et les hommes de ce temps, comme l’histoire en a connu tant, en particulier au temps de Moïse avec Pharaon.

    Ici, l’Évangile nous presse de reconnaître deux manières de vivre, en opposant un homme du pouvoir, seul, qui commande en maître et un collectif de mages, dans une quête spirituelle. Ou, dit autrement, il y a celui qui débute une enquête tel un détective puisqu’il réunit des indices, essaie de donner un sens à ces indices…À l’inverse, les Mages, eux, sont dans une autre attitude, une attitude de recherche : ils quêtent l’enfant Jésus. Ils sont là, après avoir vu l’étoile se lever. Ils marchent d’ailleurs à la seule lueur de cette étoile. Ils avancent vers l’enfant qu’ils nomment « le roi des juifs ». Frères et sœurs, comment ne pas voir dans l’attitude des mages celle de tout croyant ? Le Peuple de Dieu est un peuple en marche, qui n’avance pas en récoltant petit à petit des indices sur sa route. Nous sommes le Peuple de Dieu en marche vers un seul but : Jésus-Christ, « l’Astre d’en haut » (Lc 1, 79).

    Être des quêteurs, et non des enquêteurs. Voilà ce qui peut définir, d’une certaine manière le rôle et la mission de chaque baptisé, mais aussi de toute personne recevant un ministère. Marine et Marie, avec notre équipe pastorale, nous n’avons jamais à être là pour exercer un pouvoir solitaire ou pour devenir des « sachantes ». Les mages nous conduisent, bien plus, à une quête personnelle et communautaire, à un savoir-être qui promeut la quête intérieure du Christ-Jésus, ici et maintenant. Réentendons d’ailleurs la question des mages qui doit être là nôtre, telle un phare : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? » (Mt 2, 2)

    Bien entendu, toute mission reçue en Église comporte une part réelle d’organisation, de coordination, de choix. Mais ils sont toujours au service d’un projet bien plus vaste : chercher Dieu et saisir les traces de sa présence en nous et tout autour de nous. Voilà pourquoi nous sommes ministres – c’est-à-dire serviteurs. Nous sommes appelés à reconnaître non pas et comment Dieu se manifeste, mais à le reconnaître, tels les mages qui sont venus l’adorer ou les soldats lors de sa crucifixion (Mt 27, 37).

    Tout au long de cette année jubilaire nous avons eu la grâce de saisir les traces de la présence de Dieu dès l’ouverture de cette année, ici même avec le nonce, mais aussi dans les nombreuses démarches jubilaires, lors du passage de la croix du jubilé dans les communautés locales, en EHPAD et même à la prison. J’aurais aimé que chacun exprime à ses proches comment Dieu s’est manifesté humblement tout au long de cette année… pour telle personne qui ne communiait plus, pour telle autre qui a pu se relever d’un échec professionnel… Permettez-moi cependant de vous livrer un récit reçu lors du passage de la croix jubilaire : « Quand la croix est proposée à l’équipe d’animation, pour le mois d’août, ce n’est pas l’enthousiasme ! Ce sera en pleine vacances scolaires… en plus l’église est fermée. Jésus est « mis au piquet » pendant que ses paroissiens seront partis en vacances ! Pourtant, après avoir prié l’Esprit-Saint, nous décidons d’ouvrir l’église tous les matins de la semaine pendant une heure. Dès le lundi suivant, et tous les autres jours, qui ont suivi, 3 à 7 personnes sont présentes : lecture des textes de la messe du jour, chapelet, échanges ; intentions de prières déposées dans la corbeille, au pied de la croix. (…) La dernière semaine, après la messe du mercredi 3 septembre, un homme, jeune bachelier, converti d’un an, s’est joint à la récitation du chapelet. Il nous informe qu’il part en Mauritanie avec un convoi de matériel ; nous lui proposons une collecte de vêtements pour vendredi ; plusieurs sacs de vêtements d’été lui sont donnés ; de plus, nous lui offrons le chapelet, pendu à la croix, depuis le début du séjour à St-Vincent, et qui vient de Sainte Anne d’Auray… »

    Saint Augustin, dans un sermon sur l’épiphanie (202) écrit ceci : « Les Mages cherchent un roi, mais ils ne le trouvent ni sur un trône, ni entouré d’armées. Ils le trouvent dans un enfant pauvre, car c’est ainsi que Dieu a voulu vaincre l’orgueil humain. » Oui, Dieu se manifeste à chacun mais personne ne peut le contenir. Il s’est offert lui-même, bien plus que nous le faisons avec nos modestes présents. Mais il nous montre un savoir-être qui doit habiter nos existences : quêter sans s’exalter. « Le plus grand parmi vous sera votre serviteur. Qui s’élèvera sera abaissé, qui s’abaissera sera élevé » (Mt 23, 11-12). Telle fut l’attitude des mages qui se sont agenouillés auprès du roi des rois. Que cette attitude soit aussi la nôtre, après l’année jubilaire vécue ou en recevant un ministère reconnu. Non, ne pas mettre un genou à terre, mais être comme un esclave-libre qui, bien loin de s’enorgueillir de sa quête, continue de chercher dès ici-bas « Celui qui se laisse trouver » (Is 55, 6).
    Amen

    P. Julien DUPONT