Mc 12, 28b-34 (2024) - Homélie dimanche 3 novembre-P. Julien DUPONT
Mc 12, 28b-34 (2024)
Vous le savez, les scribes sont les spécialistes des Écritures Saintes, ce que nous appelons les exégètes aujourd’hui : ils sont là pour interpréter la Parole de Dieu, pour en saisir le sens et la portée. Dans l’Évangile de ce jour, nous avons la chance de voir un scribe plein de sagesse, qui a visiblement une juste interprétation des Écritures : « Jésus, voyant qu’il avait fait une remarque judicieuse lui dit : « Tu n’es pas loin du royaume de Dieu. » Sommes-nous donc devant le récit d’un élève qui réussit et qui est apprécié du maître ? Peut-être ! Mais nous sommes surtout devant une évidence : l’humain est capable d’interpréter avec justesse les Écritures Saintes.
La Bible n’est pas un réservoir de préceptes, comme quelques-uns pouvaient le penser au temps de Jésus : avec leurs 613 commandements dans la Thorah, nos aînés dans la foi avaient sans doute autant de manière de les interpréter. C’est d’ailleurs un véritable travail pour un rabbin que de chercher à décrypter le sens d’une Parole de Dieu face à un contexte différent (ex : ne pas utiliser les agenceurs le samedi, jour où personne ne travaille… Appuyer sur un bouton est considéré comme un travail. Mais parler à l’ascenseur n’est pas un travail !) Mais, cela est aussi le travail d’un disciple du Christ-Jésus que de devoir saisir le sens d’une Parole de Dieu pour notre vie. Que veut-dire l’invitation à « écouter » dans notre contexte ? Est-ce de laisser défiler des applications qui rabâchent des paroles sur son téléphone intelligent en entendant avec une oreille lointaine, comme certains laissent la télévision ou la radio en fond sonore ? Mes amis, cette Parole de Dieu doit nous inviter à laisser la voix de Dieu résonner dans nos vies pour en trouver le sens, dans nos existences. Si ce scribe a réussi judicieusement à interpréter les Écritures, nous devons y voir un réel encouragement pour nous-même.
Sans doute nous faut-il réentendre ici l’interpellation de Paul aux Corinthiens, dans sa seconde lettre (2 Co 3, 5-6) : « ce n’est pas à cause d’une capacité personnelle que nous pourrions nous attribuer : notre capacité vient de Dieu. Lui nous a rendus capables d’être les ministres d’une Alliance nouvelle, fondée non pas sur la lettre mais dans l’Esprit ; car la lettre tue, mais l’Esprit donne la vie ». Autrement dit, si Dieu rend capable les incapables que nous sommes, c’est surtout pour être dignes de son Alliance nouvelle, et être des lettrés qui savons lire ! Rappelez-vous l’histoire de la femme adultère (Jn 8, 2-11) : les scribes rappellent la Loi de Moïse : « dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là » (verset 5) et Jésus de donner le sens de la Loi : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus » (verset 12). Autrement dit, l’Esprit qui donne la vie, dans ce cas, c’est d’ouvrir des horizons en donnant une exigence ultime. Ou, pour mieux me faire comprendre, il ne s’agit nullement de vouloir exiger de perpétuer des préceptes sans en comprendre le sens. Jamais Jésus l’invite à continuer ses agissements. Il lui redonne le sens, la vie et l’être même de la Loi de sainteté. À nous d’être ces personnes qui comprenons et qui croyons que la Loi de sainteté n’a qu’un but : nous rendre saint comme Dieu lui-même est saint !
Par la Parole de ce jour, nous entendons donc notre capacité à pouvoir interpréter les Écritures Saintes, mais aussi notre destinée : cet appel à vivre de la vie divine dès maintenant : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force. Et (…) tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Nous voici parés ! Dieu nous a montré comment aimer, « jusqu’à l’extrême » (Jn 13, 1) entièrement, c’est-à-dire de tout son cœur, de toute sa force ! Mes amis, si cela ne nous dit pas quoi faire en écoutant la Parole de Dieu, cela nous dit comment le faire : « de tout [notre] cœur, de toute [notre] âme, de tout [notre] esprit et de toute [notre] force ». Ceci n’est pas un commandement nouveau, mais une juste posture. La vie chrétienne requiert un engagement réel, pas à demi-mesure.
Nous comprenons, dans le temps qui est le nôtre que nous sommes à l’ère de la post-vérité. Ils n’écoutent qu’eux-mêmes : ils savent, sans se baser sur des faits réels, ni même en acceptant la contradiction. Ne mettons pas à l’index les politiques – spécialement ceux d’Amérique – qui semblent en être les héros. Ils ne sont que l’expression de notre époque qui a du mal à s’engager fermement, entièrement, pour témoigner du Dieu de Jésus-Christ qui est la Vérité. Écouter, interpréter, devenir saint et s’engager fermement à suivre Jésus-Christ, voilà notre mission. En écoutant l’Évangile, je reconnais que celui qui m’agace est celui que je dois d’abord aimer. Je sais que c’est là que Dieu nous attend. Il nous rend capable… Ayons donc à cœur non d’afficher notre foi mais d’en vivre pleinement, non d’aimer avec des paroles, mais en vérité.
P. Julien DUPONT


