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  • En ces jours-là, Yéshoua, après avoir quitté la Galilée, traversait la Samarie en direction de Jérusalem pour y célébrer la Pâque. Alors qu’il parvenait avec ses disciples à proximité d’un village, dix lépreux vinrent à sa rencontre : « Yéshoua, maître, aie pitié de nous. »

    La lèpre avait fait de ces hommes des marginaux, vivant à l’écart de la société, sans possibilité de travail, sans réel domicile, réduits à la mendicité, souffrant du regard méprisant des autres.

    Dans la Thora il est écrit : « Le lépreux ainsi malade doit porter des vêtements déchirés, ses cheveux défaits… et il doit crier : impur, impur. » (Lévitique 13, 45)

    À la désespérance de ces lépreux, la réaction de Yéshoua est immédiate ; il leur enjoint d’aller se montrer aux prêtres, comme le prescrit la loi de Moïse en cas de guérison d’un lépreux. (Lévitique 14, 1-32)
    Ce qui est étonnant c’est que ces personnes atteintes de cette grave maladie ont confiance, ont foi en la personne du Prophète de passage et obéissent immédiatement à l’ordre de Yéshoua.

    Le récit de l’évangéliste Loukas nous apprend qu’en cours de route les lépreux sont guéris – et contre toute attente, un des miraculés rebrousse chemin. Plutôt que d’obéir à la loi (se montrer aux prêtres) le miraculé, le samaritain du groupe (les autres sont de religion juive) préfère revenir vers le Christ ; lui seul, le samaritain, a compris que, par ce Yéshoua, Dieu a agi envers lui avec bonté ; aussi le miraculé se jette aux pieds de son bienfaiteur en signe de reconnaissance.

    Quant aux neuf autres, ils sont partis avec leur cadeau du ciel, sans tisser le lien de la reconnaissance, sans percevoir en leur guérison le signe salutaire de l’amour de Dieu.
    Yéshoua ne cache pas sa déception, sa tristesse : « Est-ce que tous les dix n’ont pas été purifiés ? Et les neuf autres où sont-ils ? » (Luc 17, 17)

    Dans son évangile Loukas veut nous montrer que Dieu met en Yéshoua une force divine qui guérit les affligés ; la guérison des dix lépreux en est l’exemple.
    Mais au-delà de la guérison miraculeuse, un lien s’est établi entre Yéshoua et le miraculé. Au-delà de la guérison physique, Yéshoua s’est montré attentif à la personne du samaritain ; le Christ veut le bonheur de cet homme dans une relation personnelle, pour une relation éternelle. Par sa démarche auprès du Christ, le samaritain a réalisé son salut.

    En conclusion à ce récit évangélique une réflexion s’impose : le danger qui guette les chrétiens est de garder en tête certaines idées toutes faites par lesquelles ils décident inconsciemment parfois, qui peut et qui ne peut pas accéder au Royaume des Dieu ; le Royaume est une réalité plus large que l’Église. Ainsi l’évangéliste nous invite à la prudence dans nos jugements vis-à-vis des non-chrétiens, entre autres nos frères musulmans.
    Une autre réflexion me paraît pertinente : lors de la célébration de l’Eucharistie, au moment du rite pénitentiel, les chrétiens devraient se souvenir du samaritain lépreux qui criait : « Seigneur, aie pitié de nous » - et en démontrer une aussi grande foi.

    La foi du lépreux qui revient vers le Christ est bien plus profonde que la foi qui avait poussé ses compagnons de misère à aller se montrer aux prêtres. La guérison miraculeuse du Samaritain a débouché sur son salut parce qu’il a su reconnaître le don gratuit de Dieu.

    Ce récit est de Loukas, écrivain de talent et médecin à Antioche (Luc 17, 11-19)

    Père Joseph GUILBAUD
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