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Le monde du silence - Cimetière d’Aiffres - journée du patrimoine (...)

Le monde du silence

Entrer par le portail vert, c’est entrer dans le monde du silence avec quelques cyprès, un peu de mousse, des fleurs et beaucoup de pierres. Si l’on descend vers l’église, on remarque que toutes les tombes sont dans la même direction, orientées comme l’église vers l’est et le soleil levant, Jésus ressuscité le matin de Pâques offre sa lumière ainsi à ceux qui espèrent une vie nouvelle chaque matin.

La pierre, les fleurs, les cyprès et le vent, l’au-delà imaginé, celui de la foi est un monde de silence et d’intériorité. Cimetière, ce mot vient du grec et veut dire dortoir ; je dors, parce que dans les principes de la religion, les fidèles défunts ne sont pas proprement morts, ils dorment en attendant la résurrection générale.

Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai, ni l’or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

Victor Hugo

  • Dépassé ?

Même si la religion et le respect des valeurs traditionnelles tendent à s’étioler, la fréquentation des cimetières reste très soutenue, particulièrement au moment de la Toussaint : 51% des Français âgés de 40 ans et plus s’y rendent chaque année. Ce résultat se retrouve dans toutes les couches de la société même s’il est moindre chez les Franciliens ; il pourrait cependant baisser à l’avenir en raison du choix de plus en plus fréquent de la crémation.
FAUCONNIER, Nicolas/ CREDOC.
De nos maisons debout à vos maisons couchées Mme de Noailles.

  • Courte histoire des cimetières

Si à l’époque romaine les cités des morts étaient comme ici le long des routes, le Moyen Âge a mis la mort dans la cité avec des cimetières autour des paroisses. Petits espaces de terre nus, ils étaient retournés tous les 5 ans en moyenne et les os déposés en ossuaire. La proximité du lieu de culte rendait la prière plus proche ou plus efficace. Limoges, 20 000 habitants à la Révolution, comptait 5 cimetières intra-muros et 4 extra-muros. Poitiers disposait d’un cimetière pour chaque paroisse soit 40 surfaces (à Poitiers 1 boisselée = 7,60 ares). Le principe de concession était déjà en vigueur.

Ainsi à Poitiers, la Révolution a permis le transfert décidé en 1779 des cimetières vers l’extérieur. La vente de biens ecclésiastiques a permis l’installation de Chilvert sur l’ancienne propriété d’un chanoine de St Hilaire, Pierre Antoine de Lavault. En 1773, 3 cimetières sont créés : l’hôpital des champs, Chilvert et St Cyprien. Chilvert (étudié par l’inventaire) sera agrandi en 1835, 1845, 1861, 1906, sur la voie du tramway, 1919 et 1926.

Le but premier de ce déplacement fut hygiéniste. Les mutations culturelles du XVIIème s. ont d’abord permis la fin des inhumations dans les églises en 1776, puis la fermeture du cimetière des Innocents à Paris en 1780. Tout cimetière sera entouré de murs. On peut retenir deux dates pour les lois : 1804 avec l’Empire (voir ci-dessous) à l’écart des vivants, loin de l’église paroissiale et 2008.

  • A Aiffres, le vieux cimetière est le seul attenant à l’église sur la paroisse avec celui de François.

La croix hosannière semble comme aimanter toutes les tombes du dessous. Cette orientation majoritaire dans les tombes les plus anciennes a quelques exceptions dans le vieux cimetière pour être abandonnée dans le nouveau.

On en compte 60 dans la région ouest (Saint-Martin-de-Bernegoue, Saint- Christophe, Epannes, Pamplie, Pompaire, Saint-Christophe-sur-Roc, Saint-Georges-de-Noisné, Saint-Loup-Lamairé, Saint-Maixent-de-Beugné, Xaintré). Son fût quadrilobé se dresse sur un emmarchement carré ; il est couronné d’une croisette. Le monument possède dans sa partie inférieure une tablette de pierre qui était utilisée par le curé de l’époque médiévale, lors des offices extérieurs. La croix Hosannière a été restaurée dans les années trente et en 2000 suite à la tempête du 27 décembre 1999. Il existe une autre croix romane au cimetière de Prahecq.

Deux signes toujours présents : le nom et la croix

Signe le plus fréquent, la croix. Elle est de toute forme. Dressée en haut des pierres, en fer forgé, en marbre.

Deuxième signe toujours présent et souvent oublié : le nom du défunt avec son prénom. Si chacun mène sa vie sur la terre à sa manière, la vie éternelle nous reconnaît aussi dans notre différence et la diversité des ornementations respecte cette diversité.

Psaume 69:28

Qu’ils soient effacés du livre de vie, Et qu’ils ne soient point inscrits avec les justes !

Philippiens

Et toi aussi, fidèle collègue, oui je te prie de les aider, elles qui ont combattu pour l’Évangile avec moi, et avec Clément et mes autres compagnons d’œuvre, dont les noms sont dans le livre de vie.

Les noms sont d’ailleurs l’élément principal des monuments de la Première Guerre Mondiale. Plusieurs médaillons en émail montrent des visages avec une précision photographique.

Après la croix hosannière sur la droite, le passant trouvera un ange, signe de cette vie invisible. Un autre ange veille sur une tombe d’enfant.

L’ange est le messager de Dieu avec Gabriel et aussi l’ange Gardien qui veille sur chacun de nous comme Raphaël dans le livre de Tobie.

Une dizaine de colonnes brisées montrent la fragilité d’une vie que la mort casse. Souvent un rameau de lierre s’y accroche comme un signe d’espérance.

Les métiers : l’armée est présente avec une vieille tombe tout à fait à gauche en haut avec deux sabres sculptés. A gauche dans l’allée un militaire mort à la guerre avec son calot et en bas à droite un autre avec ses quatre médailles sculptées dans le marbre noir.

Une seule Vierge Marie aperçue en fer forgé au centre d’une croix.

Un caveau imposant

Près du chevet de l’église, un grand caveau en pierre lutte sous le lierre. La famille qui habitait « le château » devenu la maison de retraite a construit cette maison, signe d’éternité. Les décorations sont nombreuses avec au-dessus de la porte « in te speravi » (en toi nous espérons). Sur les côtés de la porte sculptée on trouve une ancre de marine, signe d’espérance et un calice, pour l’eucharistie, pain de vie éternelle. Sur toute la façade une diversité de blasons qui méritent d’être étudiés.

Dans la partie moderne, faites un tour pour partager le chagrin des familles qui ont enterré un proche. La mairie a ajouté un columbarium pour ceux qui veulent être incinérés (40% des sépultures aujourd’hui).

Un troisième cimetière, paysagé, sera adjoint aux deux premiers dans les années qui viennent.

Columbarium

Aujourd’hui obligatoire. A Poitiers, on estime à un tiers le nombre de crémations et plus de 50% à la Rochelle. En 2011, on a compté 1022 crémations à Poitiers dont 974 remises d’urnes.

Ici, on trouve 40 cases dont 24 sont occupées.

  • On trouve de nombreux cimetières familiaux à Vouillé. Une promenade est proposée à Gascougnoles.

Le premier cimetière protestant de Niort occupait le terrain attenant au temple construit en 1591. Un cimetière plus important était situé en dehors des remparts (emplacement actuel de la place Denfert-Rochereau). Il avait été accordé aux protestants par les édits de pacification : il leur fut retiré en 1684 et attribué à la paroisse St André.

Pendant un siècle environ, les cimetières des paroisses furent interdits aux non catholiques.

Dans les années 1780, on trouvait trace d’inhumations dans un petit enclos privé situé dans l’impasse des Protestants. Cet enclos devint vite insuffisant et quelques-uns durent être enterrés dans le cimetière de Souché. En 1840 , le Consistoire autorisa l’aliénation de cet enclos qui fut morcelé et vendu pour des constructions d’habitation.

En 1938, la ville de Niort concédait à la communauté protestante un enclos dans le cimetière communal situé rue de Bellune, séparé du cimetière réservé aux catholiques par un mur et une porte. Au cours du 19ème siècle « un carré protestant » fut réservé dans les nouveaux cimetières ouverts par la ville. Cette distinction religieuse dans les sépultures subsistait encore au début du XXe siècle puisqu’en 1936, la municipalité offrit aux protestants d’acheter 1/30 des places qui se trouvaient dans ce fameux carré.

  • Les essences

Au XVIIIe s., on plantait des noyers dans les cimetières dont les fruits se vendaient aux enchères.

If : arbre funéraire dans le monde celtique, considéré comme le plus ancien des arbres.

Cyprès, se dresse vers le ciel, symbole du deuil. Pour Origène (père de l’exégèse biblique, théologien de la période patristique, né à Alexandrie v. 185 et mort à Tyr v. 253), le cyprès est le symbole des vertus spirituelles du fait de sa bonne odeur.

Cèdre, Buis symbole d’immortalité car toujours vert.

Le Chrysanthème vient de la Corée et a été mis en valeur au Japon, il fut importé en 1664 par les Hollandais, introduit en France en 1789.

Les Français vont de moins en moins au cimetière et fleurissent donc de moins en moins les tombes. Le marché des fleurs de cimetière ne cesse ainsi de reculer. Entre 2011 et 2012, les ventes ont baissé de plus de 9% et les sommes dépensées de 1% selon les données de France Agrimer.

Ces changements pèsent lourd sur la filière horticole. Les obsèques et les cimetières représentent en effet plus de 10% des volumes de plantes et fleurs vendus et près de 30% des sommes dépensées, soit 857,5 millions d’euros en 2012, dont près de 290 millions au moment de la Toussaint. En 2017, 5,3 millions de foyer ont acheté des fleurs pour fleurir une sépulture.

« Si vous veniez me visiter chez moi, vous viendriez très certainement avec des fleurs. C’est ce que je fais aussi pour mes parents lorsque je me rends à leur dernière demeure. C’est d’abord un hommage, une forme de politesse. Ensuite, c’est la marque de mon souvenir. La preuve que je ne les oublie pas » Témoignage de Dominique, 72 ans, de Créteil.

Démographie

  • Aiffres
    • en 2008 : 49 naissances et 37 décès
    • en 1999 : 54 naissances et 8 décès
  • évolution des naissances et décès de 1968 à 2007
    • de 1999 à 2007 : 406 naissances et 178 décès
    • de 1968 à 1975 : 167 naissances et 65 décès

Un cimetière paysager est prévu

En effet, la demande sociale et politique relative aux cimetières est aujourd’hui en faveur d’aménagement permettant à la fois le repos des défunts et un lieu d’apaisement et de promenade pour les vivants. Toutefois, c’est la décision du maire.

A l’intérieur de l’église

Une litre préservée en partie dans le chœur.
Une litre funéraire ou litre seigneuriale ou litre funèbre (emprunt au latin médiéval lista, « bordure ») ou encore ceinture funèbre ou ceinture de deuil était, sous l’Ancien Régime, une bande noire posée à l’intérieur et parfois même à l’extérieur d’une église pour honorer un défunt.

La liste des défunts de la Grande Guerre

Assomption de Marie dans le vitrail au-dessus du portail d’entrée.

L’au-delà pour soi et la mort des autres
Qui va dans les cimetières ? Comment marquer son chagrin ? La mort est-elle trop présente pas assez à notre époque ?
Il y a les représentations de la tradition avec le grain de blé qui meurt et revit. Quelle image choisir aujourd’hui ?
Tout s’arrête-t-il avec la mort ? Qui veillera sur ma tombe après ?

Études
Philippe Aries
P Rambaud, services funèbres à Poitiers XV au XIX BSAO 1949
Thimonier, les silences de la mémoire, éd Fontaine
Robert Auzelles, dernières demeures, Mazarine, 1965