Le Lavement des pieds

Vivre la Foi : L’Eucharistie

Le Lavement des pieds

Comme nous l’avons annoncé dans le dernier N° du Blé Qui Lève, nous proposons de faire plus ample connaissance avec deux des textes de la liturgie du Jeudi Saint. Nous avons lu et commenté le récit, fait par Paul dans sa 1ère lettre aux Corinthiens, du dernier repas de Jésus avec ses apôtres. Ce mois-ci, notre attention se portera aussi sur le dernier repas de Jésus, mais à travers le récit du Lavement des pieds.


Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (13, 1-15)

1 Avant la fête de la Pâque, sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout. 2 Au cours du repas, alors que le démon avait déjà inspiré à Judas Iscariote, fils de Simon, l’intention de le livrer, 3 Jésus, sachant que le Père a tout remis entre ses mains, qu’il est venu de Dieu et qu’il retourne à Dieu, 4 se lève de table, quitte son vêtement, et prend un linge qu’il noue à la ceinture ; 5 puis, il verse de l’eau dans un bassin, il se met à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge qu’il avait à la ceinture. 6 Il arrive ainsi devant Simon-Pierre. Et Pierre lui dit : " Toi, Seigneur, tu veux me laver les pieds ! " 7 Jésus lui déclara : " Ce que je veux faire, tu ne le sais pas maintenant ; plus tard tu comprendras. " 8 Pierre lui dit : " Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! " Jésus lui répondit : " Si je ne te lave pas, tu n’auras point de part avec moi. " 9 Simon-Pierre lui dit : " Alors, Seigneur, pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête ! " 10 Jésus lui dit :" Quand on vient de prendre un bain, on n’a pas besoin de se laver : on est pur tout entier. Vous-mêmes, vous êtes purs, ... mais non pas tous. " 11 Il savait bien qui allait le livrer ; et c’est pourquoi il disait : " Vous n’êtes pas tous purs. "

12 Après leur avoir lavé les pieds, il reprit son vêtement et se remit à table. Il leur dit alors : " Comprenez-vous ce que je viens de faire ? 13 Vous m’appelez ’Maître’ et ’Seigneur’, et vous avez raison, car vraiment je le suis. 14 Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. 15 C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous."


Cette scène peut nous paraître étonnante. Elle ne correspond plus à nos usages. C’était un geste d’accueil que l’on faisait à l’égard des hôtes. Comme ils marchaient nu-pieds dans des sandales, il s’agissait d’enlever la poussière. Des serviteurs en étaient chargés. Ici, c’est Jésus qui le fait. Nous allons voir la portée de ce geste.

Pâque juive, Pâque de Jésus

Après avoir rappelé la Pâque juive (Jésus inscrit bien sa vie dans l’histoire de son peuple), l’auteur donne d’emblée le sens de ce qui va se passer, dans l’instant et dans les heures qui viennent. Par une phrase très solennelle, toute la mission de Jésus est résumée : il la reçoit de son Père ; il va jusqu’au bout de son amour ; le chemin à suivre, c’est celui de la Passion indiquée par la mention de « l’heure » (qui désigne la croix), de la trahison de Judas et du retour de Jésus à Dieu ; ce salut n’est pas que pour quelques uns, il est pour tous (le Père a tout remis entre ses mains).

A y regarder de près, la mention du vêtement déposé au début de la scène et repris à la fin fait penser à l’ensemble de la Passion. En effet, ce n’est pas un hasard si les termes grecs utilisés pour « déposer son vêtement et le reprendre » sont les mêmes que pour « donner sa vie et la reprendre ». C’est une autre manière de désigner sa mort et sa résurrection. L’épisode du Lavement des pieds est donc mis sous le signe de la croix.

Le dialogue avec Pierre

Il y a une incompréhension profonde entre Jésus et Simon Pierre. Celui-ci refuse que Jésus fasse pour lui ce que ferait un serviteur. Mais Jésus, par ce geste, veut l’emmener beaucoup plus loin : il veut le faire entrer dans le mystère de sa mort et de sa résurrection. Le récit nous montre Pierre incapable à ce moment-là de comprendre ce qu’il lui propose. Comme dit Jésus, ce n’est que « plus tard », « lorsqu’il se leva d’entre les morts » (Jn 2, 22), « lorsqu’il eut été glorifié »(Jn 12, 16), lorsque Pierre, avec les autres disciples, aura reçu l’Esprit Saint pour leur enseigner toute chose (cf Jn 14, 26), qu’il prendra résolument ce chemin : suivre Jésus jusqu’au bout, jusqu’à la mort. Il acceptera alors l’invitation de Jésus : « suis-moi » (Jn 21, 19). Il lui faudra auparavant passer par le triple reniement annoncé au v. 38 et réalisé en Jn 18, 18-15 et 25-27.

« Ce que j’ai fait pour vous, faites-le vous aussi »

Après avoir repris son vêtement, Jésus rappelle qui il est au milieu de ses disciples : le maître (rabbi = enseignant) et le Seigneur (l’équivalent du nom de Dieu dans la Bible). Bien qu’il le soit, il ne le revendique pas ; il s’en dépouille même, comme le dira Paul aux Philippiens (2, 7) : « Il s’est dépouillé, prenant la condition de serviteur ».

« Je suis au milieu de vous comme celui qui sert » (Lc 22, 27). Jésus invite ses disciples (ceux qui étaient avec lui et ceux qui viendront à leur suite), à « se laver les pieds les uns les uns aux autres », à se mettre au service les uns des autres, comme il vient de leur en donner l’exemple. En le faisant, ils constituent ce corps qu’est l’Eglise donnant témoignage de l’amour mutuel, reflet de l’amour dont Jésus aime tous les hommes.

Pas de récit de l’institution de l’Eucharistie dans l’Evangile de Jean ?

Les chrétiens, à la fin du 1er siècle, n’avaient pas besoin qu’on le leur rappelle : ils la pratiquaient régulièrement chaque semaine. Mais ils avaient besoin qu’on leur en redise le sens profond. En effet qu’est-ce que l’Eucharistie sinon entrer à nouveau dans le mystère de la mort et de la résurrection de Jésus et en même temps vivre en frères. C’est la double leçon du Lavement des pieds. Et c’est bien ce que rappelait Paul au tout début de l’Eglise (voir l’article biblique du mois dernier).

Pour nous aujourd’hui, l’Eucharistie doit être ce temps où, ensemble, nous éprouvons notre foi : est-ce que, par tout notre être, nous entrons dans le mystère de la mort et de la résurrection du Seigneur Jésus, et cela jusqu’à ce qu’il vienne ? Et en même temps, nous nous mettons au service les uns des autres. Car pour nous, le corps du Christ, c’est tout autant nos frères rassemblés dans l’Eglise que le pain partagé au cours du Repas du Seigneur.

Joseph CHESSERON