La nuit n’existera plus

Quand arrive le temps des feuilles mortes et des frimas d’automne, nous sommes invités à célébrer la fête de tous les saints. La célébration de la Toussaint est apparue tardivement dans l’histoire des chrétiens. En France, cette fête a été célébrée pour la première fois le 1er novembre 837 sous le règne du roi carolingien Louis 1er le Débonnaire.
Désormais tous les ans nous sommes conviés à célébrer cette fête chrétienne, fête aussi très humaine, à la mémoire de nos frères les Saints. Chaque année, nous relisons le texte bien connu de l’évangéliste Matthieu « Les Béatitudes » (Matthieu 5, 1-12)

Une « Béatitude » est une forme d’expression biblique vantant les mérites de ceux qui mettent à profit les dons de Dieu, tout en leur annonçant le bonheur à venir. Ainsi le Christ promet le bonheur aux pauvres : « Heureux les pauvres de cœur, le Royaume des cieux est à eux. »
Par les « Béatitudes », nous sommes appelés à faire l’expérience de la réalité de ce Royaume annoncé par le prophète Yéshoua. Le message de bonheur proclamé par le Christ est un programme de vie.
Écrire des « Béatitudes » est un procédé littéraire bien connu à l’époque du Christ. On retrouve cette forme d’écriture dans d’autres documents religieux, en particulier dans les textes découverts à Qumrân (monastère essénien sur les bords de la Mer Morte).

Venons-en maintenant au texte de Matthieu : chapitre 5, versets 1 à 12. L’évangéliste relate avec précision les Paroles du Seigneur ; ce texte bien construit est destiné à être lu devant l’assemblée de la communauté chrétienne locale de Matthieu ; c’est en somme une liturgie.

Les « Béatitudes », au nombre de 8, sont encadrées par la même expression « Le Royaume des cieux est à eux » (versets 3 et 10) ; elle indique le but recherché.

Les quatre premières « Béatitudes » évoquent des dispositions spirituelles que nous devons prendre pour nous mettre à la suite du Christ. Elles affirment le bonheur de ceux qui s’ouvrent à Dieu dans une humilité confiante, dans une attitude de non-violence.
« Heureux les pauvres de cœur » est une expression qui ne concerne pas les pauvres socialement parlant ; elle est une attitude intérieure d’humilité : « Je maintiendrai au milieu de toi un peuple de gens humbles et pauvres ; ils chercheront refuge dans le nom du Seigneur. » (Sophonie 3, 12) Le pauvre de cœur s’oppose à l’orgueilleux, au prétentieux.

Dans la deuxième « Béatitude » inspirée du psaume 37 (36), 11-22 : « les humbles possèderont le pays… » Yéshoua promet le Royaume à ces pauvres de cœur que sont les « doux », les « non-violents, ceux qui refusent de s’imposer, d’en imposer aux autres. Ceux-là incarnent le comportement de Yéshoua qui se présente lui-même comme doux et humble de cœur : « Prenez sur vous mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos de vos âmes. » (Matthieu 11, 29)

Les quatre Béatitudes suivantes évoquent le comportement à suivre : la miséricorde, la pureté du cœur, la paix, l’acceptation même de la persécution.
Il est important de noter que « les artisans de paix » ne sont pas les puissants qui cherchent à imposer une paix par la force, par la violence.
« Les artisans de paix » ne sont pas non plus les pacifistes, qui s’efforcent de rétablir naïvement la concorde entre les hommes : « ils ont les mains pures mais ils n’ont pas de mains. » Charles PÉGUY
« Les artisans de paix » sont ceux qui, à l’égard de leurs frères les hommes, font œuvre de réconciliation et de miséricorde.

Dans la neuvième « Béatitude », le Christ passe du « eux » « au « vous » : « Heureux êtes-vous lorsqu’on vous insulte… » Manifestement, dans sa liturgie, Matthieu s’adresse désormais à sa communauté de juifs convertis : si vous êtes persécutés vous êtes sur la bonne voie. (Matthieu 5, 11-12)
Cette « Béatitude », ici encore, s’oppose aux tenants du pouvoir et de la domination, aux arrogants qui accablent les humbles, les cœurs purs.
« Heureux les cœurs purs, ils verront Dieu. » Ceux qui auront suivi le Christ sur le chemin des Béatitudes seront admis auprès de Dieu : « Ils verront son visage et son nom sera sur leur front. » (Apocalypse 22, 4)

« La nuit n’existera plus. Nul n’aura besoin de la lumière du flambeau ni de la lumière du soleil, car le Seigneur répandra sur eux sa lumière. » Apocalypse 22, 5

Père Joseph GUILBAUD

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