La dame de Samarie

Un étranger, fatigué, épuisé par une longue marche sous le soleil brûlant de Samarie, s’est assis à même la terre, à l’ombre d’un térébinthe, le dos appuyé à la margelle d’un puits. Ce puits qui est encore en usage aujourd’hui est celui où son ancêtre Jacob y conduisait ses troupeaux.
Le voyageur a soif ; mais comment puiser l’eau ? Une femme survient, une samaritaine, portant sa cruche sur la tête à la manière orientale.
Yéshoua ( c’est son nom) lui dit « Donne-moi à boire. » Ce Yéshoua est un homme libre ; il transgresse 3 tabous :

sociétal : il ne convient pas à un homme en Palestine de parler à une étrangère.
religieux : les samaritains sont méprisés par les juifs comme étant hérétiques et idolâtres.
relationnel : depuis 8 siècles samaritains et juifs se vouent une haine farouche.

Mais ce Yéshoua à l’allure de prophète est libre ; il ne croit pas aux blocages définitifs, aux étiquettes infâmantes, aux slogans simplistes égratignant la réputation des autres.

« Donne-moi à boire. »
La femme, étonnée, envoie son seau de bois au fond du puits, en retire l’eau fraîche que le Galiléen accepte volontiers.
Après un temps de silence, Yéshoua dit à la femme : « Tout homme qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif. »

L’eau que propose l’étranger aux pieds poussiéreux n’est pas qu’une gorgée d’eau en échange de l’eau fraîche de la samaritaine. Le prophète Yéshoua porte, au plus profond de lui-même une autre soif : il brûle du désir de faire jaillir des sources dans le cœur même des hommes : eau jaillissant en vie éternelle.

« Va, appelle ton mari, et reviens. »
« Je n’ai pas de mari. »
« Tu en as eu cinq et l’homme que tu as maintenant n’est pas ton mari. »

La samaritaine est bien représentative de cette Samarie prostituée aux idoles ; elle est aussi pleinement femme, devenue une épave, un jouet, une mendiante de bonheurs qui a perdu sa route - Une « traviata » aurait dit Giuseppe Verdi.

Qu’est-il donc cet étranger, fatigué, qui lui ressemble un peu, et qui semble avoir deviné sa blessure ?
Qu’est-il donc ce sage qui scrute le cœur féminin avec une telle délicatesse, sans froisser ?
Qu’est-il donc celui qui a deviné sa soif de bonheur que n’apaisent point les amourettes de passage ?
Qu’est-il donc cet ami inconnu qui semble lui tendre la main, pour lui révéler que sa vie n’est pas un échec, mais un chemin ?

« Je sais qu’il vient le Messie, celui qu’on appelle Christ. » La femme de Samarie a découvert que cet étranger, cet homme, c’est le Christ annoncé par les prophètes.

Christ Yéshoua lui dit : « Les vrais adorateurs adorent le Père en esprit et en vérité. »
Toi, la samaritaine, tu es faite pour adorer Dieu ; ton cœur est trop grand pour te contenter des bonheurs factices et des plaisirs passagers.

« Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. » La vie de la samaritaine en question, les habitants de Sychar la connaissent bien – et pour cause ! – Intrigués, ils sortent du village et se dirigent vers le prophète de passage.

En somme, cette femme a découvert le don de Dieu ; dans sa vie, jusqu’à présent desséchée par une existence superficielle, une source a jailli.

La samaritaine n’a que faire de ce puits, de son eau et de sa cruche ; elle désire partager ce qu’elle vient de découvrir ; elle part à la rencontre des habitants de Sychar ; la dame de Samarie est devenue la première missionnaire du Royaume inauguré par le Christ.

« Beaucoup de samaritains de cette ville crurent à cause de la parole de la femme ; aussi dès qu’ils furent arrivés près de lui, les samaritains le prièrent de demeurer parmi eux. » (Jean 4, 39-40)

Cet évènement, qui nous est raconté
par un disciple de Yéshoua, un certain Yohanan,
se situe au puits de Jacob, proche de la ville de Sychar,
au pied du Mont Garizim
(Jean 4, 1-42)

Père Joseph GUILBAUD

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