La cananéenne

La cananéenne

Yéshoua, accompagné de ses disciples, quitte la Galilée pour une randonnée de quelques jours sur la côte libanaise, territoire de Tyr et de Sidon (aujourd’hui Sour et Saïda), territoire autrefois appelé Canaan. Les habitants sont les cananéens.

Une femme, une étrangère (non juive), une cananéenne donc, vient à la rencontre du prophète Yéshoua (c’est ainsi qu’on l’appelait) et l’interpelle : « Aie pitié de moi, Seigneur, ma fille est tourmentée par un démon » ; il faut comprendre, en langage du temps : atteinte d’une maladie grave.

Quelle intuition a bien pu passer par la tête de cette femme : « Seigneur » dit-elle ; c’est-à-dire : « Maître du ciel et de la terre ». Le terme « Seigneur » est un titre messianique. Intuition étonnante !

Le prophète Yéshoua est manifestement surpris. Pour l’éprouver dans sa foi, il fait semblant de ne pas comprendre. La femme insiste : « Seigneur, viens à mon secours ». Elle insiste à un tel point que les disciples qui l’accompagnent lui demandent de s’en débarrasser en faisant un miracle : « Donne-lui satisfaction, car elle nous poursuit de ses cris. »

Les apôtres ne comprennent pas ce qui se passe ; ceux-là, ils auront du progrès à faire avant de réaliser ce qu’est la mission universelle du Christ.

Le prophète Yéshoua est étonné de tant de foi. Le Seigneur va lui répondre ; mais avant, il veut éprouver sa clairvoyance : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues d’Israël. » Il emploie même une image pour s’expliquer : « Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants pour le donner aux petits chiens. » Il faut entendre : le pain de la Parole de Dieu est destiné aux enfants d’Israël (Il est interdit aux juifs de faire table avec les païens).

Yéshoua s’est fait piéger ; mal lui en a pris de dire cela, car non seulement elle a la foi, non seulement elle est persévérante, mais elle est futée la cananéenne ; et elle poursuit l’image du Christ : « Oui, dit-elle, mais les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. »
Le prophète Yéshoua a de l’humour, mais c’est sans compter avec l’humour de la cananéenne.

Le Christ est tellement surpris que le dialogue tourne court. Yéshoua conclut rapidement : « Ta foi est grande, que tout se fasse pour toi, comme tu le veux. » Le reporter Matthieu confirme : « À l’heure même sa fille fut guérie. ».

Nous avons donc dans ce récit évangélique un trait tout à fait caractéristique de Yéshoua de Nazareth : l’humour.
L’humour est un mélange d’une grande clairvoyance portée sur les évènements de la vie, une intelligence des choses qui s’allie à une sérénité à toute épreuve, une sérénité qui prend le pas sur le drame. Ce fut l’humour du Christ, mais aussi le fait de la cananéenne.

Bien que non juive, la cananéenne a de suite saisi la personnalité du prophète de Galilée. En fait elle entraîne le Christ à réaliser sa mission, sa mission universelle.

Plus tard, après sa résurrection, le Christ s’est-il souvenu de la leçon reçue de la part de la cananéenne quand il dit aux apôtres :

"Allez donc, de toutes les nations faites des disciples."

Cet évènement nous est rapporté par Matthieu 15, 21-28

Père Joseph GUILBAUD

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