"Il s’appellera Jean"

Au printemps de l’année 27 de notre ère, des caravanes de pèlerins descendent de Jérusalem pour s’engager dans la chaleur étouffante de la vallée du Jourdain, attirées par la renommée du Baptiseur. Il s’agit d’un homme encore jeune, la trentaine passée, qui fait beaucoup parler de lui, même dans l’entourage du roi Hérode Antipas.

Yohanan (Jean) est né à Aïn Kerim en -7. Aïn Kerim est un petit village de Judée, proche de Jérusalem. Sa mère s’appelle Elishéba (Elisabeth) ; elle n’est pas toute jeune. Son père se nomme Zékharyah (Zacharie). Marie de Nazareth, (Myriam), après l’appel de Dieu était venue rendre visite à sa cousine Elisabeth.

Les quatre évangiles sont d’accord sur ce point : avant la venue de Jésus, il y a Jean le Baptiste. Jésus l’a rencontré, a été quelque temps son disciple, s’est fait baptiser par lui dans les eaux du Yarden (Jourdain) puis l’a quitté pour accomplir sa mission universelle.

L’évangéliste Lucas (Luc) tient à montrer que cette activité de Jean le Baptiseur s’insère dans la réalité historique de l’Empire romain. (Luc 1, 5 et suivants) « Il y avait, au temps d’Hérode le Grand, roi de Judée, un prêtre nommé Zacharie… » - « … ta femme Elisabeth te donnera un fils, et tu le nommeras Yohanan ».

Un écrivain juif, Flavius Josèphe (37-95) écrit à propos de ce Yohanan (Antiquités juives 18, 116-118) : « C’était un homme de bien qui incitait les juifs à la pratique de la vertu, à la piété envers Dieu, afin de recevoir le baptême. »

C’est vraiment un personnage original que ce Yohanan. Son accoutrement se compose d’un vêtement en poil de chameau et d’une ceinture autour des reins. Cette tenue vestimentaire n’était pas celle d’un fakir moderne et n’était pas destinée à frapper l’imagination. Tout juif, au fait des Ecritures, reconnaissait là le costume classique des prophètes d’autrefois, comme Elie.

La nourriture de Jean, fils de Zacharie, constituée de miel sauvage et de sauterelles, souligne l’ascétisme et le respect des règles de pureté alimentaire propres à la religion israelite.

Dans un écrit juif, la Mishna, il est noté que : « Si un homme a fait vœu de s’abstenir de chair, il a le droit de manger de la chair de poisson et de sauterelles ». (Hullim 3, 1)

Les lieux de la prédication de Yohanan sont les rives désertiques du Yarden. Jean ne choisit pas le Jourdain par hasard ; ce fleuve sacré a joué un rôle symbolique dans l’histoire d’Israël : Josué fit passer le Jourdain à son peuple pour entrer en Terre promise.
Les eaux du Jourdain passaient pour avoir une valeur purificatrice : « Naaman descendit au bord du Yarden et se trempa sept fois dans l’eau, comme Elisée lui avait demandé, et il fut purifié. » (2Rois 5, 14)

Pour Jean Baptiste, le désert joue un rôle important, témoin la citation d’Esaïe placée par le reporter Marc au début de son évangile : « Voici que j’envoie mon messager devant toi pour préparer ta route. A travers le désert une voix crie : Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route ». (Marc 1, 2-3)

Une tradition qui remonte au IVème siècle situe l’endroit où Jean baptisait à quelques kilomètres au sud de l’oasis de Jéricho. L’évangile de Jean (ce Jean était un proche de Jésus, probablement un habitant de Jérusalem), l’évangile de Jean donc (Jean 1, 28) signale que cela se passait à Béthanie, au-delà du Jourdain où Jean baptisait. Selon Origène (185-253), l’endroit précis s’appelle : « le gué de Béthabara » (maison du passage).

En l’an 29 Jean Baptiste meurt à Machéronte, citadelle du roi Hérode Antipas sur la rive orientale de la Mer Morte. Il fut décapité dans ces circonstances :

Hérode Antipas avait pris la femme de son frère Philippe. Il en voulait à Jean Baptiste qui avait dénoncé publiquement son divorce.
La femme en question était Hérodiade ; sa fille Shelomit (Salomé), après avoir superbement dansé, demanda à Hérode (à l’instigation d’Hérodiade) la tête du prophète.

maranâ thâ

« Seigneur, viens ! »

Yohanan prêchait un baptême de conversion pour préparer la venue du Seigneur : « Toute la Judée, tout Jérusalem venait à lui, tous se faisaient baptiser par lui dans les eaux du Jourdain, en reconnaissant leurs péchés ». (Marc 1, 4-6)

Ce rite était donc bien plus qu’une ablution par laquelle le pénitent lavait son impureté corporelle. Il était le signe que Dieu effaçait la souillure, à condition d’être précédé de la reconnaissance de ses fautes et du repentir.

Parmi les Juifs venus écouter Yohanan, un homme d’une trentaine d’années, originaire d’une obscure bourgade de Basse Galilée, prend place dans la file des prétendants au baptême : c’est Yéshoua, Jésus de Nazareth.

(Mt 3, 11) « Moi Yohanan, je vous baptise dans l’eau pour vous amener à la conversion, ; mais celui qui vient derrière moi est plus fort que moi et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales.

Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et dans le feu » .

Tous ces évènements se sont passés
au sud de Jéricho,
sur les rives du Jourdain,
au « Gué de Bethabara ».

Père Joseph GUILBAUD

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