Homélies des messes diffusées sur YouTube

Homélie du dimanche 22 novembre 2020, 1er dimanche de l’Avent, par Mgr Wintzer

Homélie du 1er dimanche de l’Avent 2020

L’avent dans lequel nous sommes entrés hier soir est bien ce temps de l’attente, de la veille comme vient de le dire l’évangile, c’est le temps de l’espérance. C’est une prière circonscrite, nous savons que l’Avent prendra fin le 24 décembre avec la naissance du Saveur et la fête de Noël. Mais l’Avent est aussi une image de ce qu’est notre vie humaine. L’image de ce qu’est la vie du monde. En effet vivre c’est attendre, vivre c’est espérer, c’est nous tourner vers l’avenir pour à la fois recevoir cet avenir et aussi le construire.

Sans doute que nous pouvons nous accorder à reconnaître que cette année 2020 l’espérance y a été et est certainement plus difficile pour beaucoup. La pandémie qui nous accompagne depuis un an a fait entrer l’incertitude de nos agendas et continue de les bouleverser. Nous pensions avec beaucoup d’illusion que nos sociétés développées, avancées avaient réussi à tout maitriser, à tout organiser, à tout prévoir. Et voici qu’un virus est venu gripper, si j’ose dire, nos belles programmations. Pourtant faute de reconnaître que l’imprévu, le hasard font partis de la vie, on feint de pouvoir reprendre toutes les choses en mains.

On annonce un agenda du déconfinement, avec le risque d’aiguiser les déceptions à la mesure où cet agenda ne pourra être tenu, devra être modifié.
C’est dans ce contexte, qui redonne place à l’imprévu, à l’incertain, que nous sommes appelés, en ce premier dimanche de l’Avent, à espérer. Sans doute que l’espérance est la vertu la plus difficile à laquelle nous sommes appelées parce que jamais elle est acquise. En quelque sorte l’espérance comme toute vertu est un équilibre entre deux déséquilibres que seraient une forme de nostalgie, c’était mieux avant, où bien une fuite dans un avenir un peu incertain.

Or l’espérance invite justement à habiter notre présent, quelque soit ce présent. Certes à l’inscrire dans l’histoire, il ne s’agit pas de gommer notre passé ni non plus de le voir où bien positif où bien négatif, il s’agir d’être tendu vers l’avenir ? C’est en habitant réellement notre présent que nous pourrons vivre cette vertu d’espérance.
Pourtant c’est vrai, puisqu’il s’agit d’un équilibre, il est toujours difficile ! ET Pour cette raison, certains ont pu dénoncer l’espérance. L’espérance lorsqu’elle devient un rêve où une illusion. Lorsqu’elle désengage de notre présent et de ce que nous avons à y vivre. Bien des philosophes ont pu dire cela, sans doute au terme du 20 éme siècle. Qui fut un temps des espérances politiques on conduit à la ruine de la civilisation : communisme, nazisme ; c’étaient des espérances, ça allait être mieux et finalement c’est l’humanité qui s’est auto détruite.

En raison de ces espérances fallacieuses certains dénoncent toute formes d’espérances. Parmi ceux-ci, il y a un philosophe que l’on peut apprécier, André Comte – Sponville. Voici ce qu’il écrivait :
« Dieu a raison de tant aimer l’espérance, c’est elle qui le fait vivre. Mais, pour l’homme, vivre d’espérance, c’est vivre d’illusion. D’où la religion. D’où la tristesse. » (Le mythe d’Icare. Traite du désespoir et de la béatitude.)
Or l’espérance, ce n’est pas cela ! Où si elle est cela, elle est dévoyée. L’espérance, ce n’est pas l’illusion ! L’espérance, ce n’est pas le rêve ! Espérer en Dieu, désirer Dieu ce n’est pas fuir le présent dans lequel nous sommes. L’espérance c’est bien accueillir le temps réel tel qu’il nous est donné. C’est là, le sens de l’appel de l’évangile d’aujourd’hui : « Veiller », autrement dit, ouvrir les yeux, ouvrir les yeux pour voir dieu présent aujourd’hui.

C’est vrai que le présent puisse être déceptif, comme on dit, le présent peut être difficile à accepter et sans doute que l’évangile pour vous et aussi pour moi, que l’évangile m’appelle avant tout à accueillir le présent, à l’accueillir de façon positive et non pas à le dénigrer.

C’est vrai qu’à certains moments on voudrait que le présent change. C’est en quelque sorte le crie du prophète IsaÏe : « Que les montagnes s’écroulent, que la pandémie disparaisse, que les maux qui affectent notre humanité puissent être effacés d’un coup de gomme et on peut dire cela, on doit dire cela ! Le livre d’Isaïe , nous fait entendre un tel cri, un cri qui est une révolte légitime devant les injustices et les malheurs qui frappent notre temps et notre présent.

Pourtant, est-ce chrétien de ne pas aimer le présent ? Dieu n’aimerait-il pas le présent tel qu’il est ? Dieu serait-il absent du présent parce que ce présent là ne serait pas apte à accueillir qui Il est ? Veiller ! Appelle et dit l’évangile, veiller, autrement dit : découvrez comment Dieu est là dans votre présent ! Si je ne suis pas capable de voir Dieu aujourd’hui, de discerner ce qu’Il me dit, y compris dans l’épreuve, y compris dans la maladie qui frappent beaucoup aujourd’hui ? Est-ce que je serais capable de le reconnaître demain et même dans l’au-delà , dans le Royaume de Dieu ?

Le Dieu de l’avenir est le Dieu présent aujourd’hui et en ce premier dimanche de l’Avent, Il nous appelle à discerner, à comprendre les appels aujourd’hui qu’Il adresse à chacune et chacune d’entre nous. Ensemble, nous avons à nous mettre à cette écoute, cette écoute qui nous fait être disponibles et malléables à l’appel de Dieu.
Isaïe demandait que les montagnes s’écroulent pour que le Seigneur puisse passer mais le texte disait à la fin : « Que nous ne sommes pas des montagnes, nous sommes un argile. Nous sommes l’argile, c’est Toi qui nous façonnes, nous sommes l’ouvrage de ta main. Pour Dieu il peut être parfois plus facile de briser les montagnes, plus difficiles de façonner un argile, cet argile que nous sommes. Notre cœur est parfois plus dur et plus résistant que les granites les plus solides, par peur, par crainte, par volonté de ne rien changer, parce que c’est très bien comme cela. Le Seigneur nous invite à être cet argile qui accepte d’être assoupli, d’être attendri par la main du Seigneur. Ce temps de l’Avent nous appelle à cela, nous appelle à discerner Dieu aujourd’hui présent. Ce que Dieu nous dit dans les temps d’épreuve à traverser, et donc à nous préparer à le voir demain et après demain dans son Royaume, et à être cet argile qui accepte d’être un peu malléable pour se remettre à des mains expertes et douces et fortes qui sont celles de notre Père.

Père Pascal Wintzer


Homélie du dimanche 22 novembre 2020 pour la fête du Christ, Roi de l’Univers « A »

père Jean-Luc Voillot

Fêter le Christ, Roi de l’univers, à la fin d’une année liturgique, comme un sommet à atteindre, comme une étape ultime, c’est reconnaître que nous sommes en chemin vers un monde nouveau, ce royaume qui vient, dont le souverain est comme un berger qui prend soin de ses brebis et les conduit, avec amour, vers la vie !

L’heureux choix du livre d’Ézéchiel, nous permet d’enrichir la figure royale de l’Évangile selon saint Matthieu. Quand ce dernier décrit ce roi qui arrive pour juger sur son trône de gloire, il l’identifie au « fils de l’homme », dont nous parle le prophète Daniel… ce n’est pas un être divin, qui siège, mais un « Fils d’homme », autrement dit, quelqu’un qui nous est solidaire, venant, comme nous, de l’homme, c’est un frère en humanité ! C’est l’humble figure dont se revêt ce roi de toutes les nations ! Soulignons bien cette originalité, il rassemble toutes les nations. Ce n’est pas le « peuple choisi », ce n’est pas « le seul Israël de Dieu », ce n’est pas le petit troupeau « mis à part », mais « toutes les nations » c’est-à-dire les croyants comme les incroyants ! Il suffit d’être un homme pour faire partie de ce rassemblement !

« Il séparera les hommes comme un berger sépare les brebis des boucs », Matthieu identifie ce roi à un berger. La figure royale dans la tradition biblique est fréquemment associée à l’image du berger, qui veille, qui rassemble, qui libère, qui ne veut en perdre aucune, au point d’aller chercher celle qui est perdue, qui panse celle qui est blessée, qui rend des forces à celle qui est malade, qui fait paître et reposer son troupeau, qui sépare béliers et boucs. Tant de vertus pastorales qu’énumère, pour nous, le prophète Ézéchiel ! Tous ceux qui, au cours de l’histoire, ont été appelés à gouverner le peuple de Dieu sont identifiés au pasteur, au berger, depuis Abraham, en passant par Moïse, pour arriver à Saül et David. Dans le livre d’Ézéchiel c’est Dieu lui-même qui choisit de devenir le berger de son peuple ! Autrement dit, un roi, à l’image du berger, préserve et favorise la vie des femmes, des hommes et des enfants du peuple dont il est le serviteur.

Puis arrive le jugement ! À notre grand étonnement son jugement ne s’appuie pas sur la confession de ses sujets. Il ne prend pas le décalogue pour énumérer les manquements de chacune et de chacun. Les critères qu’il retient sont comportementaux : ce que vous avez fait ou ce que vous n’avez pas fait ! Il énumère ensuite six actes accomplis par les justes : vous avez rassasié celui qui a faim ou soif, vous avez vêtu celui qui est nu, vous avez accueilli l’étranger, vous avez visité les malades et les prisonniers ! Il ne fait qu’énumérer les actes concrets posés envers des femmes et des hommes dans le besoin, la pauvreté, la fragilité, la vulnérabilité, le péril. Autrement dit, le jugement porte sur la relation aux autres, sur la compassion envers les autres, et la simple réponse aux détresses des autres. Il ne compte pas le nombre de fois où ces actes ont été posés. Il ne retient que la réponse apportée, à un moment ou à un autre, à une attente fraternelle ! Il révèle en quoi ces actes sont vertueux : « Tout ce que vous avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères c’est à moi que vous l’avez fait » L’amour du frère devient amour de Dieu. La charité devient un culte rendu à Dieu. C’est ce culte qui lui plaît et qui l’honore. Notre communion avec l’homme démuni, devient communion au Christ.

Reconnaître en chaque petit, en chaque démuni, en chaque souffrant, le visage du Christ lui-même, ce roi de gloire, quelle découverte inattendue, quelle surprise, quelle révélation !

Quand le roi s’adresse à ceux qui sont à sa gauche, l’énumération des réponses négatives aux mêmes sollicitations concrètes, vient souligner davantage la grandeur inouïe des humbles actes des premiers ! Ceux qui sont incapables de voir la détresse de leurs frères, comment pourraient-ils reconnaître ce Fils de l’homme qui siège sur son trône de gloire ?

N’ayons pas peur du jugement, si nous portons, sur nos sœurs et frères les hommes, un regard bienveillant et sommes prêts à répondre à leurs attentes. Ce sont les œuvres corporelles de miséricorde, ce sont elles qui nous permettent de rejoindre le Christ qui n’a cessé de passer parmi les hommes en faisant le bien.

En méditant avec vous cet Évangile, je me disais que notre évêque en me proposant d’être aumônier à l’hôpital de Niort, me confiait un « service royal ». Chaque fois que je suis appelé pour aller rencontrer un malade je repense, avec action de grâce, à la parole entendue dans l’Évangile d’aujourd’hui, « j’étais malade et vous m’avez visité » et lorsque je reviens, l’autre parole m’encourage à continuer « Tout ce que vous avez fait à l’un de ces petits, qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ».

La visite des malades, des personnes en EHPAD, ou dans d’autres établissements de santé, n’est pas réservée aux seuls aumôniers ! N’oubliez pas, tout bénévole est bienvenu dans le groupe d’aumônerie des visiteurs de malades… La situation actuelle ne durera pas indéfiniment… N’hésitez pas à vous rendre disponibles pour ce service évangélique auprès des malades.

L’Évangile selon saint Matthieu en nous transmettant cette parabole ne cherche nullement à nous faire peur, en prédisant un châtiment aux hommes inconscients des exigences du Royaume ! En peignant cette fresque, il veut nous inviter à pratiquer l’Amour au quotidien de nos vies. Tous ceux qui veulent rendre un culte à Dieu, quelle que soit leur communauté, doivent l’honorer par la charité pratiquée envers le prochain qu’il soit affamé, assoiffé, nu, étranger, prisonnier ou malade.

« Tout ce que vous avez fait à l’un de ces petits, qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ».

Puissions- nous entendre au soir de notre vie cette parole du roi :

« Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la création du monde. »

père Jean-Luc Voillot


Homélie dimanche 15 Novembre 2020 - 33ème dimanche ordinaire

Roger Pacreau, diacre

Nous sommes à la fin de l’Evangile de Matthieu, tout proches du récit de la Passion, le moment est donc particulièrement important. Dans ce chapitre 25, se trouvent trois paraboles dont le but est de nous aider à faire les bons choix qui structureront notre vie :

• La parabole des vierges folles et des vierges sages, qui nous enseigne qu’il faut veiller,
• La parabole de l’évangile de ce jour, que nous allons méditer ensemble,
• La parabole des brebis et des boucs, qui évoque la manière dont nous serons jugés.

La première lecture de cette parabole du Christ a, je vous l’avoue de quoi nous choquer : Dieu y apparaît comme le pire tyran financier : quelqu’un qui n’attendrait de nous qu’une seule chose : que nous consacrions toutes nos énergies à faire fructifier ses biens… Quelqu’un qui n’aurait aucun sentiment humain puisqu’il demande même qu’on enlève tout à celui qui déjà n’avait presque rien, pour le donner au plus performant ! …

Vous l’avez bien compris : ce n’est pas ainsi qu’il faut comprendre cet Évangile. Il s’adresse à ses apôtres et à tous ceux qui auront pour mission de continuer le Monde Nouveau qu’il a commencé avec eux… Donc finalement c’est aussi à nous, baptisés, que cet évangile s’adresse …

Alors, il leur dit, et il nous dit à nous aussi :
« Même si je ne vous abandonne pas, vous ne me verrez plus jusqu’à mon retour à la fin des temps et à la fin de votre propre vie. C’est un peu comme si je partais pour un très long voyage. Désormais, c’est à vous de prendre en mains l’avenir de ce Monde Nouveau à construire à force d’Amour. Et pour cela, j’ai déposé entre vos mains, un formidable capital : non pas des actions en Bourse, des niches fiscales ou une immense fortune…Car je n’ai qu’une seule chose à vous donner : tout l’Amour qui me remplit le cœur. Cet Amour qui m’a permis d’accueillir les petits, les exclus. De guérir les malades, de pardonner. Cet Amour qui va me conduire jusqu’au don total de ma vie, jusqu’au sang versé ! »

Et il ajoute :
« Désormais, ce capital d’Amour est entre vos mains. Ne le laissez pas improductif. Ne le laissez pas se perdre… Retroussez vos manches. Elargissez votre cœur. Démenez-vous chacun selon vos talents, vos possibilités, vos responsabilités… Quels que soient votre âge, votre santé, vos capacités, vous êtes tous appelés à faire fructifier cet Amour que j’ai déposé dans vos cœurs… »

Et ces talents du cœur, ce ne sont pas ceux et celles qui, aux yeux de notre société, semblent les plus petits, les plus démunis, les plus oubliés, méprisés ou rejetés… ce ne sont pas eux qui en sont le plus dépourvus, bien au contraire… Si, du moins, nous savons les aider à en prendre conscience et à oser les développer pour les mettre au service d’une vie beaucoup plus simple, sobre, fraternelle, résolument ouverte aux autres. Pour argumenter mes propos, j’ose ce matin vous partager ce que je vis chaque semaine à la prison de Niort et tout particulièrement ce que j’ai pu partager avec un de nos frères détenus. Ce frère détenu désirait très fort écrire des lettres pour notre équipe d’aumônerie. Il n’osait pas, il avait peur d’être ridicule, il manquait de confiance en lui, il doutait de ces qualités. Conséquence d’une vie, abimée, perturbée, dépourvu d’amour. Après multiples échanges et partage, au travers de la Parole de Dieu, la confiance est revenue. Le serviteur qui n’avait qu’un seul talent est devenu le serviteur à qui on a remis cinq talents et qui les a fait fructifier. Quelle joie lorsqu’il m’a remis vendredi dernier trois belles lettres : une lettre adressée à l’équipe d’aumônerie, une sur le thème de la solitude, une dernière sur la prière. En me les remettant, il me dit : « Je n’avais plus confiance en moi, mais le jour ou j’ai compris, grâce à nos échanges, que le Seigneur est toujours avec moi, j’ai réalisé que je pouvais oser. Ma foi renaissante m’a fait découvrir que j’avais moi aussi des talents ».

C’est donc bien un changement de regard qu’il faut opérer, en particulier sur ceux qu’on appelle « les plus démunis, les plus isolés » Car s’ils sont démunis matériellement, affectivement ils ne le sont pas au niveau du cœur, bien au contraire. Quand on ose se mettre à leur écoute et même à leur école, ils font notre admiration et nous provoquent nous-mêmes à donner encore plus de notre temps, de notre amour, et, tous ensemble, « oser la vie et la changer ! » Ils nous provoquent nous-mêmes à mieux découvrir nos propres talents et, avec eux, leur faire porter davantage de fruits…

Telle doit être notre Foi, une foi bien enracinée dans le concret de nos vies d’hommes et de femmes, d’enfants et de jeunes. Une foi qui nous permet d’opérer, tous ensemble et avec le Christ, la plus grande révolution dont notre monde a tant besoin : la révolution des cœurs, la révolution de l’Amour.

C’est ce que nous pouvons lire à travers les dernières encycliques du Pape, conscient qu’il faut continuer à faire croître le royaume sur terre. Il faut le faire en s’appuyant sur les talents reçus, la Parole de Dieu, la tradition de l’Eglise, mais aussi en étant capable de nous adapter à un royaume en construction et en mutation. Nous sommes comptables de l’accueil fait à tout homme et à toute femme dans le Royaume des cieux. Nous ne pouvons pas nous contenter de dire qu’il faut continuer comme avant quand certains souffrent à notre porte ou dans nos églises. C’est ce que rappelle le Pape François dans sa dernière encyclique « Tutti Fratelli ».

Et comme ce dimanche est la 4ème journée mondiale des pauvres voulue par notre pape François, je voudrais lui laisser la parole finale par cet extrait donné à Rome :
« Tends ta main au pauvre »
«  Tendre la main fait découvrir, avant tout à celui qui le fait, qu’existe en nous la capacité d’accomplir des gestes qui donnent un sens à la vie. Que de mains tendues pouvons-nous voir tous les jours ! Malheureusement, il arrive de plus en plus souvent que la hâte entraîne dans un tourbillon d’indifférence, au point que l’on ne sait plus reconnaître tout le bien qui se fait quotidiennement, en silence et avec grande générosité. C’est souvent lorsque surviennent des événements qui bouleversent le cours de notre vie que nos yeux deviennent capables de voir la bonté des saints "de la porte d’à côté", « de ceux qui vivent proches de nous et sont un reflet de la présence de Dieu » (Exhort. ap. Gaudete et Exultate, n. 7), mais dont personne ne parle.
Les mauvaises nouvelles abondent sur les pages des journaux, sur les sites internet et sur les écrans de télévision, au point de laisser croire que le mal règne en maître.
Pourtant il n’en est pas ainsi. Certes, la méchanceté et la violence, l’abus et la corruption ne manquent pas, mais la vie est tissée d’actes de respect et de générosité qui, non seulement compensent le mal, mais poussent à aller au-delà et à être remplis d’espérance ».
AMEN


Homélie du P. Jacques Bréchoire

Homélie du P. Jacques Bréchoire - 8 novembre 2020

8 novembre 2020, 32e Dimanche du Temps ordinaire

1 –

Notre situation présente - que nous n’avons pas choisie -, nous fait, pourrait-on dire, changer de temps sans arrêt : du confinement au déconfinement, du déconfinement au confinement, sans savoir si cet enchaînement ne va pas durer. Il est clair que nous ne maîtrisons pas le temps, mais que nous le subissons, à un moment où la vie est difficile pour tous, dramatique pour beaucoup.

Or il n’est jamais bon de subir, car nous sommes des êtres de liberté. Il serait mieux d’assumer ce temps perturbé, en lui obéissant en toute liberté et en essayant d’en dégager le profit.

N’est-ce pas profitable, en effet, de savoir changer de temps, au lieu de se fixer à un seul temps comme s’il n’y en avait pas plusieurs. Nous nous berçons dans l’illusion d’un temps unique, figé dans une posture unique, celle que nous voudrions, paradisiaque, heureuse et éternelle, facile, sans soubresauts ! bien sûr c’est le temps que nous désirons, le plus facile, celui qui suit la pente douce de nos vies.

2 –

Notre foi nous oblige – ce n’est pas facultatif -, à changer de temps. C’est sans aucun doute la grande leçon de ces paroles que nous venons d’entendre. Le changement de temps qui est demandé, c’est le changement radical, la fin des temps, dans ce discours eschatologique de Matthieu qui rassemble plusieurs paraboles sur la fin. Le changement est radical, car il ne s’agit pas de changer dans le temps, mais de changer de temps. Nous sommes invités, ces derniers dimanches de l’année liturgique, à nous mettre dans la trajectoire du ciel, ou du Royaume, comme on voudra.

Les jeunes filles sages étaient manifestement à leur affaire : elles savaient qu’il fallait anticiper le temps de la noce, c’est-à-dire de l’arrivée de l’époux – pour nous c’est clair, l’époux c’est la venue du Christ à la fin des temps -. Elles anticipent le temps, effectivement en ayant pensé à acheter de l’huile pour leurs lampes. Quant aux jeunes filles insouciantes, elles pensaient à autre chose. A quoi ? En tout cas, elles ratent l’entrée, et le Seigneur juge sévèrement leur comportement, en leur refusant l’accès à la salle des noces. Certains d’entre nous trouveront sans doute que la sévérité du Seigneur à leur égard est excessive. D’autres paraboles rejettent cette exclusion sans reste : nous pensons au fils prodigue, évidemment.

Cette parabole est pour nous une invitation à être à notre affaire, plutôt que d’être distrait, léger, imprévoyant, vivant comme si nous ne devions pas mourir…

Evidemment, cette perspective d’un au-delà de notre temps, a de la peine à s’installer profondément en nous. Par rapport aux saints et aux chrétiens du passé, cette perspective nous est quasiment étrangère : qui aspire au Ciel ? Quand on est gravement malade, quand on vit des épreuves surhumaines, inhumaines, oui, là, peut-être – cela peut arriver, en ce moment sous nos yeux, avec ces annonces quotidiennes de nouveaux morts. Mais quand tout va bien ou à peu près bien ? La fin des temps a disparu de notre imaginaire religieux. Certains pensent que c’est grave, car son oubli casse la dynamique de la vie chrétienne qui est un mouvement, un grand désir d’être avec le Christ définitivement (2e lecture). C’est comme si un ressort était cassé.

De plus, il n’est pas facile de garder la mémoire de la fin des temps, quand – c’est notre cas – nous sommes soucieux de bien vivre le temps présent et de l’aménager pour tous. Cela prend du temps.

3 –

Mais il ne faut pas en rester à un temps fixe, mais plutôt entrer dans cette magnificence des temps, multiples, divers, originaux, surabondants. Exemples de changements de temps, que nous accueillons dans nos vies : quand il y a un nouveau-né dans une famille, le rythme de vie change, il y a une ambiance spéciale. Et les parents heureux savent changer leur mode de vie habituel pour l’adapter à ce nouvel être. Ils adoptent le temps de l’enfant, de sa lenteur, et cela les comble de joie. De même, quand il y a un grand malade ou un mourant dans la maison, le temps change aussi, fait de silence, de recueillement, de gravité.

Ceci nous renvoie à notre présent, en cette période bien singulière qui nous chamboule le temps. Y compris dans ce temps présent, je l’ai dit au début, nous devons changer de temps. Ces changements incessants et douloureux (surtout la mise à mal des rencontres amicales, festives…), pourquoi ne nous apprendraient-ils pas que nous n’avons pas à nous installer, mais à attendre comme les jeunes filles la plénitude des temps. Car la fin des temps, c’est la plénitude des temps, un temps plein, débordant : « Nous serons toujours avec le Seigneur » (1 Th 4,18 ; deuxième lecture de ce jour)

4 –

Ce serait pour nous une façon merveilleuse d’être sage. Vous avez entendu l’éloge qui est fait de la sagesse dans la première lecture, un des passages les plus beaux de la Bible (Voir le passage ci-dessous). Qui l’observe bénéficie d’une vie quasi paradisiaque de paix et de joie ; ce qui frappe ensuite, c’est qu’elle est accessible, à portée de main, qu’elle n’est même pas à chercher, car elle est déjà là, se donnant, venant à la rencontre des hommes. Elle est un trésor de grand prix, elle est même un attribut divin ! Que demander de plus.

Pensons-y : si la fin des temps nous paraît inenvisageable tellement elle semble lointaine, la sagesse, elle, est disponible, excellente, et permet d’enchanter la vie des hommes. La fin des temps ne disqualifie pas le temps présent, bien au contraire : la sagesse que Dieu offre à l’homme qui est à son affaire, donne une intelligence du présent et une joie de l’habiter.

Cette joie pleine de foi du psaume de ce jour (on peut l’apprendre par cœur, pourquoi pas !)


PSAUME 62

02 Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube : mon âme a soif de toi ; après toi languit ma chair, terre aride, altérée, sans eau.

03 Je t’ai contemplé au sanctuaire, j’ai vu ta force et ta gloire.

04 Ton amour vaut mieux que la vie : tu seras la louange de mes lèvres !

05 Toute ma vie je vais te bénir, lever les mains en invoquant ton nom.

06 Comme par un festin je serai rassasié ; la joie sur les lèvres, je dirai ta louange.

07 Dans la nuit, je me souviens de toi et je reste des heures à te parler.

08 Oui, tu es venu à mon secours : je crie de joie à l’ombre de tes ailes.

09 Mon âme s’attache à toi, ta main droite me soutient.

Répondre à cet article