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Homélie du père Bernard Châtaignier, dimanche 9 juillet 2020 au Temple de (...)

Homélie du père Bernard Châtaignier,
dimanche 9 juillet 2020 au Temple de Niort

Merci de m’avoir invité à prier avec vous !
Au cours des 6 années passées à Niort, nous nous sommes régulièrement croisés, d’abord avec Pascale (je me souviens ici de la célébration de sa reconnaissance au ministère), et je sais que vous allez le vivre avec Alain-Georges. Je voudrais saluer aussi Brigitte Billaud et François Viala qui sont fidèles à nos rencontres.

Je formule le vœu que les liens tissés entre les différentes églises chrétiennes s’intensifient et motivent chaque communauté à progresser dans la vie évangélique. Essayons donc ensemble de laisser résonner l’évangile proclamé aujourd’hui.

Quand l’évangéliste Matthieu écrit les paraboles entendues ce matin sur un rouleau, il le fait avec l’expérience des premiers chrétiens qui depuis quelques dizaines d’années continuent de vivre comme des disciples du Seigneur. Ils sont devant une question radicale qui n’en finit pas d’interroger les communautés chrétiennes.

Faut-il dès maintenant séparer le bon grain et l’ivraie ? Faut-il dès maintenant séparer les disciples des autres hommes ? Faut-il vivre à part ? Hors du monde ? Et qui parmi les disciples peut vraiment dire ce qui est bon et ce qui ne l’est pas, ce qui est bon grain et ce qui est ivraie. En effet dans le groupe des disciples, il y a aussi du bon et du moins bon.

Alors, est-ce à l’intérieur des communautés chrétiennes qu’il faut faire le tri ? Faut-il séparer les bons disciples et les mauvais disciples ? C’est que déjà, en effet, au temps où Matthieu écrit, il y a des disciples qui ont baissé les bras, des disciples qui n’ont pas tenu devant les difficultés et les persécutions, il y avait surtout des disciples venus du judaïsme qui étaient bouleversés par la destruction du Temple de Jérusalem et dont la foi était aussi ébranlée que le sanctuaire.

La question est là : faut-il garder dans la communauté chrétienne les disciples qui n’ont pas chuté, qui n’ont pas failli et qui sont restés fidèles ? Et un disciple qui est tombé reste-t-il capable de donner du bon grain, d’offrir encore un épi pour la moisson ? Un disciple mauvais comme l’ivraie peut-il devenir bon comme le blé qui donne le pain qui fait vivre ?

Je crois que ces questions habitent toujours les chrétiens, elles sont toujours au cœur des choix que font les communautés chrétiennes. Nous voici toujours dans le vaste champ du monde, les fils du Royaume qui vivent en vérité dans l’amour sont nombreux et nous n’en avons pas fini de contempler les merveilles que l’esprit d’amour réalise dans la vie des hommes, les miracles que la charité réalise dans la vie du monde sont tout aussi innombrables : dévouement, oubli de soi, attention aux autres, ingéniosité.

Nous n’en avons pas fini non plus d’être confrontés à l’ivraie, aux puissances du mal, à l’ivraie qui pousse, car quand il trouve un terreau le mal aussi grandit et il se déploie et il peut envahir le champ tout entier.

Que faut-il faire ? La parabole, me semble-t-il, dit clairement que le jugement ne nous appartient pas, ce n’est pas à nous qu’il revient de trier bon grain et ivraie, les moissonneurs, ce sont les anges. Finalement, notre mission n’est pas de porter des jugements, mais de porter du fruit, et comme le disait la parabole lue dimanche dernier, notre mission, c’est de produire jusqu’à dix, soixante et même cent pour un.
Car le terreau où pousse bon grain ou ivraie, c’est nous-mêmes, c’est notre propre vie. Nous sommes des fils d’Adam, le terreux, nous sommes la bonne terre qui produit de bons fruits ou bien nous sommes terre rocailleuse, terre désertique qui produit de l’ivraie. S’il en est ainsi, le jugement se fait dès maintenant, car c’est dès maintenant que nous décidons ou refusons d’écouter la parole de vie que l’évangile nous offre. Car aujourd’hui comme dimanche dernier, la parabole se termine avec la même sentence : « Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! ». Je me souviens de ce détail sur le tympan central de la cathédrale de Poitiers qui représente le jugement dernier : un personnage se bouche les oreilles.

Les deux autres paraboles qui suivent nous invitent à la foi. La toute petite graine de moutarde peut devenir un grand arbre. La vision de foi introduit ce qu’on voit ici-bas dans une autre proportion, une autre dimension.

Et le grand arbre produit par la petite graine renvoie au songe de Nabuchodonosor dans le livre de Daniel : il avait vu en esprit l’arbre qui couvrait toute l’étendue de la terre, et aussi à la prophétie d’Ezéchiel qui avait annoncé que Dieu planterait un arbre qui serait la demeure de toutes sortes d’oiseaux.

Dans une Hymne de notre temps, D. Rimaud identifie cet arbre aux oiseaux avec la croix comme pour signifier que la petite graine de moutarde qui donne un grand arbre renvoie à l’attente de tout Israël, à l’attente du peuple, renvoie au mystère du Christ mort et ressuscité.

Oui ! il nous faut faire un saut dans la foi. Ce que le disciple sème est parfois bien petit, peut-être aussi petit qu’une minuscule graine de moutarde qui dit-on est l’une des plus petites graines, mais ce que le disciple sème prend sa dimension dans le mystère de la foi qui réalise l’attente messianique. Ce que le disciple sème réalise l’attente du peuple. Ce que le disciple sème donne réponse à l’attente des hommes, à l’attente des hommes d’aujourd’hui, à la longue attente des hommes qui ont attendu le Messie. Ce que le disciple sème prend pleine signification dans le mystère du Christ, semence enfouie dans la terre au creux du tombeau, ressuscitant en moisson de vie.

Notre oreille, nos cœurs, nos vies ne sont pas destinées à être des tombeaux, mais des lieux où la Parole est semée pour grandir.

Et encore : le Royaume est comme la femme qui met un peu de levain qui fait lever toute la pâte. Quel contraste encore ! Un tout petit peu de levain, et toute la masse de la pâte se lève. Un homme se lève et devient levain et toute la pâte humaine, toute l’humanité se lève. C’est le miracle de la vie et de la foi. Comment ne pas voir que cette femme nous représente et nous indique notre mission ? Elle est la figure de l’église invitée à participer aux mystères du Royaume.

Le jugement est réservé à Dieu, notre mission ne consiste pas à juger, notre mission est d’entrer dans la foi et de semer à notre mesure, d’être levain pour que lève toute la pâte.

Prions pour que l’Esprit Saint vienne au secours de notre faiblesse.

Père Bernard Châtaignier

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