Homélie du 5 janvier par le nonce apostolique en France, Mgr Celestino Migliore
Jubilé 2025 « L’espérance ne déçoit pas »
Niort, 5 janvier 2025
Aujourd’hui nous célébrons la fête de l’Épiphanie et en même temps, nous inaugurons l’Année Sainte, le Jubilé 2025. Que signifie célébrer une année sainte, que signifie vivre un jubilé ?
Le mot jubilé dérive de l’hébreu jobél, un type particulier de trompette fabriquée à partir des cornes de bélier. La loi de Moïse prescrivait de sonner avec cet instrument tous les 50 ans pour annoncer une année sainte à tout le peuple juif ; c’est-à-dire, une année spécialement consacrée à Dieu, pour se réjouir en Dieu et toutes ses œuvres. C’était un évènement de conversion personnelle et de restauration dans l’ordre social et économique.
Dans l’histoire du christianisme, le premier jubilé date de 1300. L’impulsion est venue des chrétiens influencés par la prédication des franciscains et dominicains, qui sentaient l’exigence d’une vie encore plus inspirée par l’Évangile et d’un nouveau départ grâce au pardon des péchés dans le sacrement de pénitence, et la pratique des œuvres de miséricorde.
Les jubilés suivants eurent lieu tous les 100 ans, mais suite à différents changements, l’écart entre deux années saintes a été porté à 25 ans.
Pour le jubilé de l’année 2025, à peine commencé, le Pape François a donné le thème de « l’espérance qui ne déçoit pas »
La langue française, toujours très précise, possède deux termes pour dire « espérer » : espoir et espérance. Ces deux mots sont souvent confondus. Pourtant, il y a une nuance qui cache deux significations bien différentes.
Dans la plupart du temps, le mot « espoir » est utilisé dans le sens de « souhait », dans la sphère de l’existence matérielle et émotionnelle et révèle une certaine confiance dans les forces bienveillantes de la vie, mais aussi dans les ressources de l’être humain. Tandis que l’« espérance » est une relation avec les forces qui nous dépassent, celles de la Vie avec un grand V, celles du Transcendant, de Dieu. Elle est ancrée dans une promesse : la promesse que Dieu nous aime et veut notre bien. De fait, la devise de l’année sainte 2025 parle « d’espérance ».
L’espoir peut être déçu, il meurt avec l’échec, ce qui n’est pas le cas pour l’espérance qui ne s’éteint jamais, puisqu’elle relève de la confiance qu’une promesse sera tenue. Elle perdure au-delà des moments difficiles et traduit une confiance profondément ancrée.
J’hésite à parler ainsi de l’espérance. Certains dans cette assemblée ne voient peut-être plus matériellement de raisons concrètes pour pouvoir espérer, alimenter son propre espoir, concernant son état de santé, la situation familiale, économique ou professionnelle. Peut-être est-ce difficile de s’accrocher à l’espérance comme promesse d’un Dieu qui cherche le bien des personnes.
Mais c’est précisément ce but qui a conduit le Pape François à proclamer l’année de l’« espérance qui ne déçoit pas ». Si la vie est faite de joies et de souffrances, d’épreuves et de difficultés, et si l’espérance semble s’effondrer face à la souffrance, saint Paul nous dit que « la tribulation produit la patience, la patience une vertu éprouvée et la vertu éprouvée l’espérance » (Rm 5,3-4). La patience, unie à l’espérance, est de tenir bon dans les épreuves, de ne pas se décourager, de persévérer, de ne pas être pressé à une époque où nous sommes habitués à vouloir tout, et tout de suite.
Ici, en-dessous, dans la crypte que nous inaugurerons à la fin de la messe, il y a une exposition qui offre aux pèlerins d’espérance que nous sommes de saisir le sens de ce qui nous habite : passer des ténèbres à la lumière, de l’espoir à l’espérance.
La fête d’aujourd’hui, l’Épiphanie, nous assure que Jésus vient, il revient au milieu de nous chaque année, comme la lumière qui chasse les ténèbres du monde, les ténèbres de nos vies personnelles et familiales.
Bientôt, nous entendrons dans la préface de la prière eucharistique : « Aujourd’hui tu as dévoilé dans le Christ le mystère de notre salut pour que tous les peuples en soient illuminés ».
Vingt siècles sont passés depuis que ce mystère a été révélé et réalisé en Christ, mais il n’a pas encore atteint son accomplissement.
Nous pouvons nous poser la question suivante : dans quelle mesure le Christ est-il encore aujourd’hui la lumière des personnes et des peuples ? À quel point la marche universelle des peuples vers Dieu est-elle arrivée ? Est-on dans une phase de progrès ou de recul ?
Ce serait une erreur, ou certainement inopportun, de chercher à mesurer le progrès de cette lumière en termes de succès ou de conquête.
Jésus n’a jamais aveuglé quiconque par sa lumière, il n’a jamais privé personne de ses choix personnels et communautaires. Son style était celui du témoin de la proximité de Dieu auprès de l’homme.
La liturgie de l’Avent nous a présenté ce très beau passage du peuple qui va vers Jean Baptiste pour se faire baptiser et qui lui demande ce qu’il doit faire de sa vie. Même certains soldats lui demandent : « Et nous, que devons-nous faire ? » Il leur répondit : « Ne faites violence à personne, n’accusez personne à tort ; et contentez-vous de votre solde. » (Lc 3,14)
Celui qui s’attendait à ce que Jésus change le monde du jour au lendemain par la force et la puissance de sa lumière, est resté déconcerté par la normalité de sa pensée : chacun est appelé à vivre sa vie selon son appel, mais en tension permanente pour libérer son rapport à Dieu et aux autres de tout élément de pouvoir, de domination, d’arrogance.
La question la plus importante à se poser en cette fête de l’Épiphanie et en cette Année sainte n’est pas si les Nations et les responsables de la république marchent à la lumière de Jésus Christ, mais si le Christ brille en moi. Ce n’est pas : sa lumière est-elle reconnue par les États et les gouvernements ? Mais plutôt : est-elle reconnue et vécue en moi ?
Le Christ est-il la lumière et le Seigneur de ma vie ? Qui gouverne en moi, qui détermine mes objectifs et établit mes priorités : le Christ ou quelqu’un d’autre ?
Le Christ est lumière, et la lumière ne peut obscurcir, mais seulement illuminer, éclairer, nous ouvrir à l’espérance. Et même si au cours des siècles les chrétiens, faibles et pécheurs, l’ont parfois trahi par leur comportement, comme nous le constatons souvent ces temps-ci, il est encore plus clair que la lumière est le Christ et que l’Église la reflète seulement en lui restant unie.
Dans cette eucharistie, demandons au Seigneur qu’il nous maintienne dans la lumière et l’espérance qui ne déçoit pas. Prions surtout pour ces personnes autour de nous et dans le monde qui se trouvent en situation de désespoir, dans un état d’abattement profond et peut-être de désespérance dans une nuit noire et sans fin envisageable.


