• Logo
  • Ac 2, 14a.36-41
    26 avril 2026, St-Hilaire

    Qu’est-ce qu’être chrétien ? Réponse avec l’homélie du père Julien DUPONT !

    Nous avons la joie, pendant le temps pascal, de méditer le livre des Actes des Apôtres. Le récit de la prime Église, dans le passage de ce jour, juste après la Pentecôte. Celles et ceux qui écoutent les apôtres et sont « touchés au cœur ». Un peu comme celles et ceux qui ont pu participer au groupe Alpha ou encore celles et ceux qui sont venus pour une messe de Pâques ici, à St-Hilaire… « Touchés au cœur », ils se questionnent dans le même verset : « que devons-nous faire ? » (V.37). Avouons-le, nous aimons bien « savoir » les actes à poser et puis « bien » agir ; faire ce qu’il faut en somme. Pourtant, être chrétien – c’est-à-dire être un disciple de Jésus-Christ – ce n’est pas d’abord « faire » ceci ou cela, à la manière où l’on applique une recette à suivre scrupuleusement. Être chrétien c’est d’abord « être-en-relation ». Être en relation avec Dieu en étant touchés au cœur, en laissant nos humbles vies être transpercées de sa lumière et de sa vie.

    Mu par une telle rencontre qui change nos vies, alors il faut se convertir puis recevoir le baptême. Là, il y a des choses à « faire », mais pas seulement. C’est aussi une attitude. Permettez-moi d’aller plus loin en relisant la conversion de Saül : avant d’être « Saint Paul », Saül a persécuté des chrétiens. Il a été violent. Le chapitre 9 des Actes des Apôtres raconte même sa conversion, juste avant le baptême, qui va avec une guérison : « Aussitôt tombèrent de ses yeux comme des écailles, et il retrouva la vue. Il se leva, puis il fut baptisé » (Ac 9, 18) Autrement dit, cet homme a mal agi, comme cela peut arriver à chacun de nous parfois. Mais il a accepté de se laisser convertir, de changer de vie, de se laisser… ressusciter ! Cela ne le déresponsabilise pas des actes mauvais qu’il a posés. Au contraire, cela l’oblige à garder cette attitude profondément chrétienne qui se laisse déplacer et même retourner. Être chrétien c’est surtout se convertir, c’est-à-dire laisser Dieu agir en moi plus que mes seules convictions, certitudes ou habitudes. Lorsque nous entendons, par exemple, des récits de victimes de prêtres qui ont commis des abus qu’ils soient sexuels, de pouvoir ou même spirituels, ce qu’il y a de plus scandaleux souvent, c’est que beaucoup refusent de changer de vie, de laisser Dieu agir. Saint Paul lui-même relit sa vie en affirmant aux Galates : « Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi. Ce que je vis aujourd’hui dans la chair, je le vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré lui-même pour moi. Il n’est pas question pour moi de rejeter la grâce de Dieu » (Ga 2, 20-21)

    Notez d’ailleurs, dans le récit des Actes qu’une fois touchés au cœur, convertis et baptisés, tous reçoivent le plus beau « cadeau » qui soit : le Saint Esprit. Cette promesse qui est faite à chacun signifie que, quand Dieu agit en nous, il le fait en nous insufflant sa propre vie. Retenez ici le plus beau geste du baptême par immersion : chacun va chercher un souffle nouveau, recréateur, pour devenir une femme ou un homme nouveau. L’Esprit-Saint, qui nous est donné, nous est remis par Jésus sur la croix : « il rendit l’Esprit » (Jn 19, 30). Si chacun d’entre nous peut vivre du souffle divin, c’est précisément par le Mystère de sa croix. Comme nous l’avons entendu dans la première lettre de Pierre : « Par ses blessures, nous sommes guéris  » (1 P 2, 24). Cela signifie que le serviteur souffrant (Is 53, 4.9-12) est marqué par les plaies mais que ces plaies ne l’ont pas emporté sur lui. Entendons-nous bien ici : nos errances, nos égarements, et même nos actes les plus ignobles peuvent être le lieu d’une révélation de Dieu. Être chrétien, c’est simplement savoir en témoigner, humblement.

    Vous savez que nous sommes le dimanche dit du « bon pasteur », choisi par l’Église pour prier pour les vocations. Ne pensez-pas que je sois passé à côté de cette prière : bien plus, je lui en donne le sens. Prier pour les vocations, c’est prier pour que l’être-en-relation que nous sommes puisse se laisser convertir et témoigner de ce chemin. Chaque témoignage, comme chaque vocation, est unique. Car nos chemins de la rencontre avec Dieu et nos blessures appelées à être totalement guéries par la croix sont pour nous l’occasion de présenter au monde le Christ-Jésus, lui qui est « la porte » (Jn 10, 7.9). C’est en passant par le Christ qu’on devient chrétien et qu’on témoigne. Nous n’avons jamais à nous mettre en valeur. Être chrétien, c’est vivre et agir comme Jésus, c’est-à-dire en nous laissant mener par l’Esprit qui conduit au Père. Certes, la responsabilité de chacun n’est pas la même dans l’Église. Par exemple, les ministres ordonnés ont le devoir de nous conduire à Dieu, pas seulement par le témoignage d’une vie, mais aussi par une annonce explicite, un gouvernement approprié et une sanctification toujours plus grande. Mais tous nous devons, face à nos charismes, nous savoir « aimés », « appelés » et « envoyés » comme le formule la prière de ce dimanche que nous faisons nôtre : « Seigneur, fais grandir en ton Église des cœurs disponibles, attentifs à ton souffle discret. Accorde à chacun la grâce de se savoir aimé, appelé et envoyé selon ton dessein d’amour. Et que, dans la diversité des chemins où tu nous conduis, nous portions tous au monde la joie de te suivre ». Amen. Alléluia !
    P. Julien DUPONT