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  • Homélie de la messe d’action de grâce pour la présence des Ursulines de Jésus au 144 avenue de Paris à Niort.

    Homélie de la messe d’action de grâce pour la présence des Ursulines de Jésus au 144 avenue de Paris à Niort.
    Samedi 28 juin 2025

    Lc 2, 41-51

    Homélie de la messe d’action de grâce

    « En transit » , c’est ainsi que l’on peut comprendre le temps qui s’ouvre devant vous, mes sœurs. Ce transit est comme un trait d’union entre deux lieux et deux moments différents. Le 144 avenue de Paris ne sera plus une maison où habitent des religieuses, et encore moins une « maison mère » comme elle l’a été pendant 98 ans. Ce qu’elle va devenir dans les années et les mois à venir ? Personne ne le sait vraiment, si ce n’est Dieu lui-même ! Mais, avec confiance, nous savons que Dieu fait toute chose nouvelle.

    « En transit », c’est aussi le sens de toute vie chrétienne où nous articulons deux temps : celui du « déjà là » et du « pas encore ». Dans votre propre engagement religieux, vous cherchez à témoigner d’une vie céleste déjà à l’œuvre, en vivant en communauté, même si cette vie communautaire n’est pas encore parfaite ni idéale ! Par votre propre vie, vous êtes dans cet « entre-deux ». Si nous sommes confrontés à la fin d’un temps, n’oublions pas que nos structures ne sont que des moyens au service d’un projet plus vaste. Nous sommes toujours appelés à changer, à muter, à vivre des passages. Bien sûr, il y a toujours une part de deuil à vivre, et cela n’est jamais simple. Mais on ne conduit jamais en ne regardant que le rétroviseur ! C’est droit devant qu’il nous faut regarder. Toute la vie chrétienne oriente nos regards vers un avenir qu’il nous faut voir avec confiance : Dieu est à l’œuvre !

    « En transit » , c’est enfin ce que vivent Jésus, Marie et Joseph qui, en juifs pieux, pèlerinent vers Jérusalem, « suivant la coutume ». Comme vous, mes sœurs, ils font leur devoir religieux pour pouvoir se préparer à la rencontre avec Yahvé ! Dans cet « entre-deux », Jésus a sans doute compris ce qu’était sa vie, et ce à quoi il était destiné. Marie et Joseph eux, restent dans une situation transitoire : « frappés d’étonnement (…) ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait ». Permettez-moi ici de souligner ce point. Malgré l’Annonciation (Lc 1, 26 ss), la Visitation (Lc 1, 39 ss), la visite des Bergers (Lc 2, 20) et la prophétie de Syméon (Lc 2, 29-35) et d’Anne (Lc 2, 36-38) … ils n’ont toujours pas saisi le projet de Dieu pour leur Fils. Comment voulez-vous donc maîtriser ce que sera notre avenir ? Dieu pourvoit, à nous d’y consentir.

    Comme Joseph et Marie, Sara elle-même, aux chênes de Mambré, a eu besoin de temps pour comprendre et croire ce à quoi elle était destinée : avoir un enfant malgré sa ménopause ! Qu’est-ce que Dieu dit ce jour-là ? Il interroge notre foi : « Y a-t-il une merveille que le Seigneur ne puisse accomplir ? » (Gn 18, 14). Autrement dit, cette situation de « transit » et « d’entre-deux » nous oblige à une vie spirituelle marquée par l’émerveillement. La stupéfaction de Marie et Joseph est aussi le signe d’une vie spirituelle marquée par l’émerveillement. Ainsi, plutôt que de pleurer sur la fin d’un monde, émerveillons-nous de tout ce qui advient. Comme le dit si bien le proverbe africain : l’arbre qui tombe fait plus de bruit que la forêt qui pousse ! On peut passer des heures à regretter le bon vieux temps sans savoir discerner les signes des temps porteurs d’espérance, comme, par exemple, les personnes qui découvrent et rencontrent Jésus-Christ à l’âge adulte, mais aussi les générosités de tant de nos contemporains ou encore la capacité que nous avons - et que vous avez mes sœurs - à témoigner de Dieu malgré nos fragilités. Dieu est présent, ici et maintenant, dans cet entre-deux.

    Il a fallu 3 jours pour que Marie et Joseph retrouvent l’enfant Jésus, comme il a fallu attendre 3 jours au tombeau pour constater la résurrection du Christ-Jésus. Il a fallu du temps à Jésus pour débuter son ministère public… et il lui faut du temps pour qu’à son retour glorieux, toute gloire éclate à nos yeux. Ce temps-là n’est ni incongru, ni superficiel : c’est le temps qu’il nous faut pour entrer dans la pédagogie de Dieu. Ne soyons pas de celles et de ceux qui nous laissons entraîner par la culture présente du « tout », « tout de suite » et « maintenant ». Aujourd’hui, nous vivons la fin de votre présence ici, avec la certitude que ce que vous avez semé, sera récolté par d’autres. À chaque jour suffit sa peine (Mt 6, 34) ! Oui, nous sommes à la fin d’un temps, mais avec confiance, nous savons que Dieu nous fera encore grâce demain !

    Toute vie baptismale nous invite à reconnaître, avec foi, que Dieu agit. Aujourd’hui, nous le cherchons encore. Demain, il se révèlera devant nous, tel qu’il est, c’est-à-dire comme Celui qui est tout-Amour. Que cette liturgie soit donc une occasion particulière de le célébrer dans ce temps spécifique qui s’ouvre à nous. Nous sommes en effet « en transit » par cette propre célébration. Qu’elle nous permette de reconnaître tout ce qui est vécu de juste, de bon et de vrai dès ici-bas pour nous préparer ainsi à la cité céleste, celle où il ne restera pas pierre sur pierre (Mt 24, 2), mais où nous vivrons pour toujours dans l’unique maison que Dieu nous prépare ! Amen.

    P. Julien DUPONT