Homélie de l’Epiphanie du père J. Bréchoire

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Epiphanie

1 – Ce qui frappe dans cette scène de l’Epiphanie du Seigneur - dans le récit évangélique et aussi, abondamment, dans l’iconographie -, ce sont ces corps qui s’inclinent, s’abaissent, se prosternent, pour se mettre à la hauteur de celui qu’ils vénèrent. On a l’impression que tout leur corps y passe. Leurs 3 corps penchés qui « tombent à genoux », sont la parfaite expression de leur intelligence croyante et aimante : la reconnaissance de la grandeur du Seigneur, après l’avoir longuement cherché.

Le corps est sollicité de différentes manières dans ces textes de notre liturgie de la parole :

L’attitude de celui qui se tient debout :

« Debout Jérusalem, resplendis ! Elle est venue ta lumière, et la gloire du Seigneur s’est levée pour toi » (1ère lecture)

Debout, l’attitude de la liberté, de l’affirmation de soi, de la dignité, de l’action et du service… L’Epiphanie nous remet debout, de la même manière que Jésus a dit au paralysé : Debout, lève-toi…Elle nous fait accéder à notre dignité. Jour où nous sommes gratifiés de grandes choses. C’est le cas de toutes les fêtes chrétiennes, du reste. Nous nous refusons donc à aplatir notre vie dans l’ordinaire des jours : travail, achats, loisirs, et même notre charité fraternelle.

Le prosternement

On le trouve dans le psaume de ce jour :

« Toutes les nations Seigneur se prosterneront devant toi ».

On le trouve évidemment dans l’attitude des mages :

« Et tombant à ses pieds, ils se prosternèrent… »

L’attitude de celui qui se soumet à Dieu-même. L’attitude extrême, l’attitude-limite, exagérée, que l’on retrouve dans la prostration d’ordination ou de consécration religieuse à même le sol. Elle signifie : je ne suis rien, tu es tout. Attitude de l’obéissance absolue, de l’amour envers plus grand que soi. Les mages se prosternent devant leur roi.

On peut ajouter l’attitude assise, celle qui convient à la réflexion, à la méditation : on se pose (littéralement) pour essayer de « réaliser » ce qui se passe, la grandeur de l’événement. L’attitude paisible de l’écoute longue. C’est le cas de Paul dans la deuxième lecture : il réfléchit à l’envergure de l’événement et il « réalise » que ce qui se passe en ce moment, est un mystère qui concerne tous les hommes. Un mystère : quelque chose qui dépasse, mais dans lequel on est admis à pénétrer. Un mystère qui concerne tous les hommes : pas seulement les juifs, mais les païens : Le mystère de l’Epiphanie,

« c’est que toutes les nations sont associées au même héritage par l’annonce de l’Evangile »

Et enfin, la marche. Les mages ont dû entreprendre tout un itinéraire, hasardeux, incertain, pour lequel ils n’avaient pas d’assurance (pas de GPS !) :

« Or voici que des mages venus d’Orient, arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : où est le roi des Juifs… »

L’Epiphanie est le jour où on sort de sa maison, de son pays, de son univers familier, à la recherche et à la rencontre de celui qui importe plus que tout.

2 – La recherche du « plus que tout  », de ce que « rien de plus grand ne se puisse imaginer  » (st-Anselme parlant de Dieu), voilà bien ce qui rend cette fête précieuse.

Beaucoup plus de gens que l’on ne croit, vivent une véritable recherche religieuse. En particulier, tous ces contemporains - les contemporains concrets, c’est-à-dire, ceux que nous connaissons, membres éventuellement de nos propres familles – qui ont pris massivement leurs distances à l’égard de la pratique religieuse. Une génération quasi entière ne nous accompagne plus dans le culte que nous rendons à Dieu. Pourquoi y a t-il eu cette massive rupture de tradition ? Ce n’est pas le lieu, ici, de répondre à cette question, si du moins nous le pouvons.

Mais rupture ne dit pas fin de la recherche religieuse. Chez les personnes dont nous parlons, cette quête peut être douloureuse, marquée de nostalgie et de regret, d’impuissance surtout : comment renouer avec une vie de foi et une vie d’Eglise ? C’est insurmontable souvent. Que d’efforts il faudrait produire et quel accompagnement de leurs frères chrétiens, ils auraient besoin.

Ils peuvent cependant continuer leur recherche, avec leurs propres moyens, avec l’aide de ce qu’ils crurent jadis. Ils peuvent poser des actes de foi et d’amour de Dieu.

3 – Mais ce qui importe plus que tout, c’est qu’ils bannissent l’irréligion. Ce qui importe c’est qu’ils continuent de reconnaître la grandeur de la religion, la grandeur de la religion chrétienne parmi les religions du monde.

Une voix mérite d’être entendue, celle d‘Albert Camus qui incarne véritablement l’homme contemporain et tous ceux dont nous parlons et qui nous sont proches.

Il a dit :
« Je ne crois pas en Dieu. Mais je ne suis pas athée pour autant. |Je trouve même] que l’irréligion a quelque chose de vulgaire, oui, quelque chose d’usé »

Baudelaire disait que rien n’est plus beau que les religions !

Nous-mêmes, fidèles du Seigneur, qui en ce jour fêtons son épiphanie, soyons conscients et heureux de notre foi, de notre Eglise qui nous donne de croire en de si belles choses.

Mais que notre joie ne manque pas de gravité : considérons que nous « pratiquons » notre religion et que nous célébrons cette fête au nom de ceux qui ne la célèbrent pas, comme nous substituant à eux, comme les unissant à l’acte de notre prière, comme les représentant, comme étant leur propre prière qui monte vers le ciel. Ce ciel qui mobilise notre recherche et la leur, infinie, du Dieu infini et bon.

père Jacques Bréchoire

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