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  • Saint-Hilaire - Dimanche 15-09-2024

    De Tintin à l’abbé Pierre, en passant par tel sportif de haut niveau, nous avons tous besoin de super-héros ! Ils nous aident à rêver, parfois à nous dépasser, souvent à nous motiver. La Parole de Dieu de ce dimanche s’inscrit pourtant en faux vis-à-vis de cette conception que nous pouvons avoir de Dieu. Non, Jésus n’est pas un super-héros qu’il faut ajouter à notre imaginaire collectif. Il est ce Dieu dont la toute-puissance est exaltée sur la croix. Oui, Dieu est celui dont Isaïe prophétisait en proclamant : « J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. Je n’ai pas caché ma face devant les outrages et les crachats ».

    Dieu n’est pas ce gros barbu, celui qui agit depuis les nuages, en donnant une force qui permet aux uns d’être les vainqueurs et aux autres d’être les vaincus. Avant que Jésus ne vienne nous rencontrer, nos frères aînés dans la foi attendaient ce Christ qui allait justement les libérer de l’oppresseur. Il n’en est rien. Sa croix nous a libérés du mal. Alors que nous célébrons aujourd’hui, avec joie, un couple qui célèbre ses 40 ans de mariage, une religieuse qui célèbre ses 60 ans de profession, ne cherchons pas à les exalter comme des héros. Nous risquerions d’être de celles et de ceux qui idolâtrent. Avec eux, rendons grâce par ce qu’ils ont reçu de Dieu : cette capacité à ne pas se laisser piéger par le mal.

    L’avez-vous remarqué ? Pierre est à la fois celui qui sait répondre convenablement – selon l’apparence – à la question de Jésus, mais qui en même temps lui fait de vifs reproches. Capable du bien et enfermé dans le mal. C’est le combat de Pierre comme celui de chacun d’entre nous et de toute l’Église. Il n’est qu’un saint, marqué par sa faiblesse et sa vulnérabilité face au mal. Pécheur et gracié par Dieu. L’un et l’autre. Voilà ce qu’il nous faut reconnaître dans le parcours de celles et ceux qui nous entourent, spécialement de tous ceux qui sont en joie, aujourd’hui.

    En entendant cette page d’Évangile, je crois que Jésus nous offre une belle méditation sur un engagement qui nous permet de vivre, ici et maintenant, en disciples-missionnaires : être derrière lui. « Passe derrière moi  ». Nous n’avons pas à chercher la première place. Pas à nous exalter en vainqueurs. Juste à nous placer dans les pas du Christ qui souffre, espère et soutient. Combien de fois suis-je revenu, après un sacrement des malades au Sacré Cœur, rendant grâce pour votre travail patient et humble, mes Sœurs. L’accompagnement de personnes âgées, vulnérables, souvent aux portes de la mort m’a édifié. Pourquoi ? Car vous laissiez la première place à Dieu en soutenant ces personnes de votre prière, de votre amour. Votre présence discrète vous a donné d’être ces témoins de Dieu, après lui, premier servi tel que les scouts s’y engagent.

    Mes amis, ayons à cœur, tout au long de ces jours, de laisser Dieu agir auprès des plus petits de notre temps, et de nous engager à sa suite. Là est la source d’un bonheur véritable. Ce n’est ni la richesse, ni les honneurs qui nous permettent d’être heureux. Saint Paul l’a si bien dit aux Philippiens : « beaucoup de gens se conduisent en ennemis de la croix du Christ. Ils vont à leur perte. Leur dieu, c’est leur ventre, et ils mettent leur gloire dans ce qui fait leur honte ; ils ne pensent qu’aux choses de la terre. Mais nous, nous avons notre citoyenneté dans les cieux, d’où nous attendons comme sauveur le Seigneur Jésus Christ » (Ph 3, 18-20) Soyons donc les pieds sur terre, avec celles et ceux qui sont vulnérables et la tête dans le ciel, laissant le Christ agir. Amen.

    P. Julien DUPONT