Homélie – Toussaint 2020

Homélie – Toussaint 2020

Je vais peut-être vous surprendre en commençant : on peut dire que la fête de la Toussaint, c’est la fête du Corps du Christ. Pourquoi ? Tous ceux que nous considérons comme saints, ce n’est pas à cause de leurs mérites, c’est par grâce que Dieu les a sanctifiés. L’Eglise a gardé mémoire de quelques-uns parce qu’ils peuvent servir d’exemples, de modèles. Comme tous les autres (y compris Marie), ils sont saints parce qu’ils font partie du Corps du Christ. Cette expression, ou plutôt cette réalité qui est au cœur de notre foi, m’amène à réfléchir avec vous sur ce que nous appelons la PRESENCE REELLE, ou REELLE PRESENCE, pour ne pas tomber dans de vaines querelles avec nos frères protestants.

Voici l’approche que je propose de la présence du Corps du Christ.. Elle est sans prétention et sans aucun doute discutable. Elle a pour but de sortir de la fixation que nous faisons dans l’Eglise Catholique sur la seule présence eucharistique. J’articule cette réelle présence sous quatre formes, qui sont intimement liées, et même inséparables. Quand on omet volontairement une de ces formes, c’est tout « l’édifice sacramentel » qui s’écroule.

Au préalable, prenons une « image parabolique ». Des amoureux échangent des lettres (ou pour faire moderne des textos) pour se dire leur amour. Qui pourra dire que cet amour n’est pas réel ? Mais il est d’une réalité qui n’est pas matérielle. Dans ma famille, nous avons gardé une lettre d’amour très pudique de nos parents avant leur mariage. Nous gardons précieusement cette lettre, « sacrement » de cet amour dont nous sommes issus. Ce qui va suivre se situe dans cette approche de ce qui est REEL, sans y être enfermé.

Je m’appuie tout naturellement sur l’Ecriture. Je choisis d’énumérer « en vrac » ces différentes formes de la réelle présence, sans donner de préférence à une forme plutôt qu’à une autre. Ce choix de ne pas mettre de priorité n’est pas neutre.

- Jésus nous dit : « Lorsque deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux, et non, c’est comme si ». La médiation de cette présence (le signe = le sacrement), c’est le fait de se réunir en son nom. Le Christ est réellement présent, mais d’une présence qui ne se perçoit que dans la foi.

- « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » Il ne dit pas « ‘C’est comme si c’était à moi’,… mais ‘c’est à moi’… » La médiation de cette présence (le signe = le sacrement), c’est celui qui a faim, soif, qui est nu, seul, malade ou en prison et à qui on porte secours. Le Christ est réellement présent, mais d’une présence qui ne se perçoit que dans la foi.

- « Et le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous ». Verbe – Parole. Où rencontrons-nous cette Parole, sinon dans l’Ecriture, lue personnellement et/ou à plusieurs, et surtout proclamée au cours de l’Eucharistie. Le Concile Vatican II, reprenant une parole de Saint Jérôme, dit : « Ignorer les Ecritures, c’est ignorer le Christ. ». La médiation de cette présence (le signe = le sacrement), c’est l’Ecriture. Le Christ est réellement présent, mais d’une présence qui ne se perçoit que dans la foi.

- « Prenez et mangez : ceci est mon corps livré pour vous – Prenez et buvez : ceci est mon sang versé pour la multitude ». La médiation de sa présence (le signe = le sacrement), c’est le Repas du Seigneur (pain et vin) célébré tel que Paul le rapporte dans la première lettre aux Corinthiens (11, 17-22), où il invite à discerner le Corps du Seigneur, tant dans les frères réunis que dans le pain et le vin partagés au cours du Repas. Le Christ est réellement présent, mais d’une présence qui ne se perçoit que dans la foi. (*)

Faut-il rappeler le beau texte de Jean Chrysostome qui insistait sur la nécessité de prendre en compte le frère dans le besoin avant la liturgie. Ce frère est Corps du Christ.

Tu veux honorer le corps du Sauveur ? Ne le dédaigne pas quand il est nu. Ne l’honore pas à l’église par des vêtements de soie, tandis que tu le laisses dehors, transi de froid, et qu’il est nu. Celui qui a dit : Ceci est mon corps, et qui a réalisé la chose par la parole, celui-là a dit : Vous m’avez vu avoir faim et vous ne m’avez pas donné à manger. Ce que vous n’avez pas fait à l’un des plus humbles, c’est à moi que vous l’avez refusé ! " Honore-le donc en partageant ta fortune avec les pauvres : car il faut à Dieu non des calices d’or, mais des âmes d’or. »

En cette fête de la Toussaint, il nous est donné d’adorer le Christ présent réellement dans notre communauté rassemblée ; dans le frère ou la sœur que nous soutenons dans les moments difficiles ; dans cette Parole qui nous invite au bonheur (les Béatitudes) et dans ce Repas de pain et de vin qui nous fait faire mémoire du Christ mort et ressuscité. C’est ça la fête de la Toussaint.

Joseph Chesseeron

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