Fête de la Présentation du Seigneur au Temple - 30ème Journée mondiale de la Vie Consacrée
Lundi 2 février 2026
Fête de la Présentation du Seigneur au Temple
30ème Journée mondiale de la Vie Consacrée
Homélie du père Jean-Luc Voillot
Frères et sœurs,
Que célébrons-nous ce soir ? Un jeune couple avec leur bébé de quarante jours, vient au Temple de Jérusalem, pour obéir aux prescriptions de la loi de Moïse : « Tout premier né de sexe masculin sera consacré au Seigneur ». C’est l’offrande du premier-né, qui appartient au Seigneur, puisqu’il nous le donne ! Offert à Dieu grâce à la substitution d’un animal, leur est rendu « consacré par Dieu » ! Double échange symbolique, racine de tout culte rendu à Dieu ! Souvenons-nous d’Abraham qui veut offrir à Dieu son fils unique Isaac, Dieu refuse ce sacrifice et accepte le sacrifice d’« un bélier étant pris par les cornes dans un fourré » !
Dans cette foule immense, Marie, Joseph et l’enfant Jésus doivent être perdus dans l’anonymat du rassemblement des pèlerins qui viennent rendre un Culte au Dieu d’Israël ! Ils ne sont certainement pas l’unique couple qui vient accomplir le même devoir qu’eux ! Cinquante ou cent ou davantage de couples attendent eux aussi pour déposer leur offrande pour le Sacrifice. Mais peut-être sont-ils repérables, au milieu de tant d’animaux destinés au sacrifice, brebis ou bœufs, ils sont sur la file des pauvres, « un couple de tourterelles ou deux petites colombes » ! Ils appartiennent à « ce peuple pauvre et petit qui prend pour abri le nom de Seigneur » dont nous parlait le prophète Sophonie la première lecture de la messe d’hier. Ces Annawims (Pauvres dans la langue de Jésus : l’Araméen), ces humbles et pauvres, ce « petit reste » qui brille par sa fidélité au Dieu unique !
Mais après avoir déposé leur offrande, le sacrifice accompli par les prêtres échappe à leur regard et s’accomplit selon le rituel sans leur présence immédiate ! Ils ont rejoint les parvis des fidèles bien loin du sanctuaire réservé aux prêtres et aux lévites !
Mais un événement inattendu a lieu, à l’étonnement de Marie et de Joseph ! Deux croyants, deux vieilles personnes rejoignent ce jeune couple et le distinguent entre tous. Ils reconnaissent et accueillent leur enfant ! C’est eux qui accomplissent un « sacrifice de louange » pour le Seigneur, hors du sanctuaire, mais au milieu des fidèles ! Les yeux grands ouverts, ils en deviennent les témoins et révèlent au grand jour les plans de Dieu pour cet enfant, comme pour ses parents ! Marie et Joseph restent dans l’étonnement !
Le premier, Siméon « homme juste et religieux, qui attendait la Consolation d’Israël, et l’Esprit Saint était sur lui ». Tout au long de sa vie, il a vécu dans l’Espérance de voir le Salut de Dieu. Plein de confiance il n’a jamais douté que Dieu soit fidèle à sa promesse « il avait reçu de l’Esprit-Saint la promesse qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir vu le Christ, le Messie du Seigneur ». Appuyé fermement sur cette promesse il avait vécu dans l’Espérance, veillant et priant, toujours prêt à accueillir le Messie attendu ! Il prend l’enfant dans ses bras, comme un père qui accueille la bénédiction de Dieu ! Voici que son cœur est comblé, la promesse est accomplie, il s’abandonne à Dieu par un cantique inspiré par l’Esprit-Saint : « Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller selon ta Parole ».
Et voici qu’un second personnage se révèle, une femme, une veuve, avancée en âge, Anne, avec une qualité inattendue pour une femme, on nous dit qu’elle était « prophète » titre très rarement attribué à une femme dans l’Ancien Testament. Son grand âge souligné par saint Luc, nous étonne, nous qui connaissons tant de centenaires ! Quatre vingt quatre ans, si nous convenons que ce chiffre est symbolique, alors nous comprenons que ce chiffre peut nous parler ! Quatre-vingt-quatre, c’est douze multiplié par sept et inversement. Sept c’est la perfection de l’œuvre de Dieu, la semaine (La création en sept jours) et douze c’est le chiffre de la plénitude de l’année, avec ses douze mois ! L’année accomplie est multipliée par la perfection hebdomadaire ! Anne a atteint l’âge parfait ! « Elle ne s’éloignait pas du Temple, servant Dieu, jour et nuit dans le jeûne et la prière, […] elle proclamait les louanges de Dieu et parlait de cet enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance d’Israël. »
Mais aujourd’hui, frères et sœurs, nous sommes invités à célébrer une autre fête ! Depuis 1997, chaque 2 février, nous célébrons la Journée Mondiale de la Vie Consacrée. Cette année nous en célébrons la 30ème Journée ! Tous les acteurs de l’Évangile de ce jour peuvent inspirer la Vie des Consacrés d’aujourd’hui. Toutes les qualités attribuées à Siméon et Anne, résument les qualités de la vie consacrée : être conduit par l’Esprit-Saint et vivre chaque jour dans l’Espérance de voir se réaliser la promesse de Dieu… Louer Dieu jour et nuit dans la prière et le jeûne, témoignant du Christ qui est au milieu de nous pour nous ouvrir à la vraie vie ! N’est-ce pas la figure idéale de toute vie ? De plus ce sont deux personnes d’un âge avancé. Leur fécondité est née de leur longue expérience de Dieu dans leur vie. Entre l’image de la jeunesse de Marie et de Joseph, comblée par la naissance de Jésus, consacré par Dieu, qui par lui, leur a été rendu et l’image de la vieillesse qui par sa vigilance contemple l’œuvre toujours féconde de Dieu et la révèle, il n’y a pas de distance ! À leur exemple nous n’avons pas le droit de nous décourager et encore moins de désespérer !
Il convient que nous abandonnions notre regard nostalgique et fantasmé de la Vie consacrée l Ces monastères florissants, multipliant, tels des abeilles, leurs fondations. Ces noviciats regorgeant de multiples vocations, ces instituts débordant de religieux et de religieuses, peut-être davantage pour suppléer à nos insuffisances qu’à nous attirer à leur suite au service de la Mission.
Il se trouve que cette année, le Pape Léon n’a pas, comme ses prédécesseurs, adressé un message pour cette Journée Mondiale de la Vie Consacrée. Il célèbre, en même temps que nous la messe de cette fête, nous n’aurons accès à son homélie que ce soir, aussi je vous invite à méditer avec moi sur une des interpellations du Pape François dans son homélie à la basilique St-Pierre du 2 février 2022, qui illustre fort à propos notre méditation de ce soir ! Elle s’adresse à tous, baptisés, consacrés, religieux-ses, ermites...
« Alors, demandons-nous : par qui nous laissons-nous principalement mouvoir : par l’Esprit Saint ou par l’esprit du monde ?
C’est une question à laquelle nous devons tous nous confronter, surtout nous, consacrés !
Tandis que l’Esprit fait reconnaître Dieu dans la petitesse et dans la fragilité d’un enfant, nous, nous risquons parfois de penser à notre consécration en termes de résultats, d’objectifs, de succès : nous nous déplaçons à la recherche d’espaces, de visibilité, de nombres : c’est une tentation ! Mais l’Esprit ne demande pas cela. Il désire que nous cultivions la fidélité quotidienne, dociles aux petites choses qui nous ont été confiées. »
Nous tous qui avons été consacrés par le baptême, et vous qui avez consacré votre vie au Seigneur, ouvrons nos yeux pour reconnaître la présence de Dieu dans chacune de nos vies, ayant au cœur la certitude qu’il accomplit toujours ses promesses. Telle est notre vocation. Amen !
P. Jean-Luc VOILLOT


