Eucharistie 1 Co 11, 17-34

Vivre la Foi : L’Eucharistie

On dit souvent que c’est l’Eucharistie qui « fait » l’Eglise, de même que c’est l’Eglise qui « fait » l’Eucharistie. Nous devons retrouver la fraîcheur et la nouveauté de ce qui n’aurait jamais dû devenir pour beaucoup un rite plus ou moins obligatoire et ennuyeux. Le Nouveau Testament (évangiles, Actes des Apôtres et Lettres) témoigne du fait que le « Repas du Seigneur » a toujours été le cœur même de la vie de la Communauté.

Pour nourrir notre réflexion et notre prière, tant individuelle que communautaire, nous devons faire plus ample connaissance avec deux des textes liturgiques du Jeudi Saint : le plus ancien récit du Repas du Seigneur dans la 1ère lettre aux Corinthiens, et le récit du Lavement des pieds dans l’évangile de Jean.


Première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens (11, 17-34)

17 Ceci réglé, je n’ai pas à vous féliciter : vos réunions, loin de vous faire progresser, vous font du mal. 18 Tout d’abord, lorsque vous vous réunissez en assemblée, il y a parmi vous des divisions, me dit-on, et je crois que c’est en partie vrai : 19 il faut même qu’il y ait des scissions parmi vous afin qu’on voie ceux d’entre vous qui résistent à cette épreuve. 20 Mais quand vous vous réunissez en commun, ce n’est pas le repas du Seigneur que vous prenez. 21 Car, au moment de manger, chacun se hâte de prendre son propre repas, en sorte que l’un a faim, tandis que l’autre est ivre. .22 N’avez-vous donc pas de maisons pour manger et pour boire ? Ou bien méprisez-vous l’Eglise de Dieu et voulez-vous faire affront à ceux qui n’ont rien ? Que vous dire ? Faut-il vous louer ? Non, sur ce point je ne vous loue pas.

23 [Frères, moi, Paul], je vous ai transmis ce que j’ai reçu de la tradition qui vient du Seigneur : la nuit même où il était livré, le Seigneur Jésus prit du pain, 24 puis, ayant rendu grâce, il le rompit, et dit : " Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi. " 25 Après le repas, il fit de même avec la coupe, en disant : " Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi. "26 Ainsi donc, chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez à cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne

27 C’est pourquoi celui qui mangera le pain ou boira la coupe du Seigneur indignement se rendra coupable envers le corps et le sang du Seigneur. 28 Que chacun s’éprouve soi-même avant de manger ce pain et de boire cette coupe ; 29 car celui qui mange et boit sans discerner le corps mange et boit sa propre condamnation. 30 Voilà pourquoi il y a parmi vous tant de malades et d’infirmes et qu’un certain nombre sont morts. 31 Si nous nous examinions nous-mêmes, nous ne serions pas jugés ; 32 mais le Seigneur nous juge pour nous corriger, pour que nous ne soyons pas condamnés avec le monde. 33 Ainsi donc, mes frères, quand vous vous réunissez pour manger, attendez-vous les uns les autres. 34 Si l’on a faim, qu’on mange chez soi, afin que vous ne vous réunissiez pas pour votre condamnation. Pour le reste, je le réglerai quand je viendrai.


Le texte retenu par la liturgie est imprimé ici en italique et en caractère gras.

La Communauté de Corinthe et ses problèmes

Cette communauté que Paul a fondée s’est implantée en milieu populaire (1Co 1, 26). Elle est plutôt turbulente et bien vite naissent un certain nombre de problèmes : divisions en clans (1 Co 1, 10-13 – 3, 1-4), un cas d’inconduite (5, 1 et s), les procès entre frères (6, 1-10), les questions autour du mariage (7, 1-40), les viandes sacrifiées aux idoles (8, 1-13), la place des femmes dans l’assemblée (1Co 11, 2-16), les inégalités exacerbées à l’occasion du Repas du Seigneur, la hiérarchie des dons (12, 13 et 14), la foi en la résurrection (15). On date cette lettre du début des années 50.

Le Repas du Seigneur

En lisant ce texte, nous sommes frappés par le fait que ces premières communautés n’étaient pas idéales, en somme bien semblables aux nôtres. Paul, en homme responsable, fait face à la situation. Il n’est pas l’adepte du « tout le monde, il est beau, tout le monde, il est gentil ». Pour lui, les problèmes ne se résolvent qu’en faisant la vérité, au risque de l’affrontement. Ici, il dénonce les riches oisifs qui arrivent pour le Repas du Seigneur avec leurs provisions, et se mettent à manger et à boire sans attendre les plus pauvres, qui, eux, sont bien obligés de travailler. Ce Repas qui se devait fraternel ne fait qu’accentuer les divisions de la Communauté.

Pour asseoir sa dénonciation, Paul s’appuie sur une tradition bien établie. Or nous ne sommes guère que 20 ans après la mort et la résurrection de Jésus. C’est bien au cours d’un vrai repas que les chrétiens rappellent les gestes et les paroles du Christ quelques heures avant de mourir, gestes et paroles répétées « en mémoire » du Seigneur, pour que sa passion (sa mort) reste présente au cœur de la communauté « jusqu’à ce qu’il vienne ». Par ce repas les participants sont en communion avec le Christ et entre eux. Paul met les chrétiens de Corinthe devant leurs responsabilités : ils se condamnent eux-mêmes en divisant le corps du Christ (l’Eglise) alors qu’ils reçoivent le corps eucharistique (le pain et la coupe) qui devrait les unir.

Un message pour nous aujourd’hui

Nous l’avons dit en commençant : l’Eucharistie est le cœur de la vie de l’Eglise. Le message de Paul est toujours d’actualité. Il nous faudra sans cesse nous poser un certain nombre de questions :

- Comment faire pour que l’Eucharistie soit vraiment la rencontre fraternelle où « naît » le corps du Christ ?

- Comment, dans nos célébrations, être attentifs à donner des signes concrets de notre communion ?

- Comment mettre en accord notre pratique sacramentelle et notre vie en relation avec les autres chrétiens (discernement du corps sacramentel et du corps ecclésial) ?

- Comment privilégier, dans la célébration eucharistique, la démarche communautaire : former le Corps du Christ ?

- « J’y vais quand j’en ai envie » ; Comment faire sentir que, par mon absence, je manque à l’Eglise ?

Ces questions portent sur la vie « interne » de l’Eglise. Nous ne serions pas dans la vérité si nous ne nous posions pas une dernière question :

- Quelles conséquences notre participation au repas eucharistique a-t-elle dans notre vie de tous les jours, en particulier dans le domaine de la justice et du respect des plus démunis ?

Joseph CHESSERON