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  • # 97 octobre 2026 à télécharger

    Un courrier mensuel,
    le 10 de chaque mois le 10 octobre 2026
    # DIÈSE : Un demi-ton au-dessus du bruit de fond médiatique.
    Dossier d’information : Éthique sociale en Église N° 97
    # En écho à l’actualité, quelques réflexions pour préciser des enjeux de vie, cultiver l’espérance.
    Propos offerts pour être partagés.
    André TALBOT

    1 - Peut-on parler de civilisation ?
    Oui, sans doute, à condition de s’expliquer.
    + D’un côté, il s’agit de caractériser les manières de penser et d’agir d’une population, le terme
    « culture » est aussi employé en ce sens, sans jugement de valeur a priori. On note alors qu’il y
    a différentes civilisations au sein de notre monde. Certains parleront alors de choc des civilisa
    tions, tandis que d’autres mettront l’accent sur un enrichissement grâce aux interactions entre
    les différentes civilisations, chacune pouvant offrir ce qu’elle comporte de meilleur. Mais une
    question se pose alors : appartenons-nous tous à une commune humanité ? Ce qui n’est pas
    toujours évident quand l’accent est mis sur des différences irréductibles.
    + D’un autre côté, le terme civilisation est retenu par opposition à la barbarie, celle-ci étant
    considérée comme un état de nature sans culture, voire de « sauvagerie ». On évalue alors la
    qualité humaine des modes de vie de telle ou telle société. Une question apparaît tout de
    suite : chaque groupe est tenté de s’ériger comme le modèle et d’évaluer les autres à partir de
    son propre vécu. Que peut-on retenir comme critères d’évaluation ?
    Prenons un exemple du passé. Jules Ferry, républicain convaincu, légitimait la colonisation
    puisque les « races supérieures » ont le droit et même le devoir de s’imposer vis-à-vis des
    « races inférieures ». Exerçant le pouvoir politique, il cautionnait également l’expansion colo
    niale au nom d’intérêts économiques, mais aussi de la puissance qui se manifestait ainsi face à
    d’autres empires. On voit bien le piège : en évaluant les différentes civilisations nous risquons
    toujours de le faire en nous présentant comme le modèle universel. La puissance économique
    et/ou politique sert alors à imposer certains modes de vie, ce peut être de manière brutale ou
    en exerçant le fameux soft power (influence culturelle). Si l’on en revient à la colonisation, les
    pillages, les violences et les crimes commis en son nom ne pouvaient pourtant pas être légiti
    més au motif d’une vision humaniste de la civilisation.
    + Aujourd’hui, les capacités de communication permettent des rencontres entre différentes
    cultures, mais ce peut être sous le mode de rapports de force brutaux, en raison d’intérêts ma
    tériels et/ou de pouvoir symbolique. Cependant, chacun se trouve de fait au carrefour de di
    verses cultures et donc appelé à un discernement éthique : Qu’est-ce qui sert la vie ? Qu’est-ce
    qui nous humanise ? Sinon, il y a toujours le risque du repli sur une identité sectaire, voire vio
    lente. Des échanges peuvent avoir lieu et permettre des enrichissements mutuels, pensons à
    un organisme comme l’UNESCO : en limitant ses actions nous nous appauvrissons.

    2 - Le désir de civilisation à l’épreuve de situations concrètes...
    + En Corée du Sud, il se vend plus de poussettes pour chiens que de poussettes pour enfants.
    Qu’est que cela dit du désir d’avenir pour une population ? Quel projet de vie ?
    + En Somalie, et en d’autres pays, des millions de personnes, notamment des enfants, sont me
    nacées par la famine. Il y a des raisons climatiques dont nous sommes responsables pour une
    part, mais c’est surtout la suppression d’aides internationales qui prive les ONG de leurs
    moyens d’action. Quelle civilisation quand on prive des populations de leur droit à la vie ?
    + Aux USA, une femme condamnée à mort a subi deux tentatives d’exécution, sans résultat.
    Quelle civilisation paraît quand la barbarie de la peine de mort se double d’incompétence ?
    + Dans notre pays, quand on parle d’immigration, on oublie souvent de rappeler comment des
    personnes venues d’ailleurs contribuent à notre vie quotidienne. Quelques exemples significa
    tifs de cette participation à l’activité. Dans les EHPAD, ces personnes assurent les soins au quo
    tidien avec d’autant plus d’attention que leur culture les rend attentives à la place des per
    sonnes âgées au sein de la vie commune. Les services de nettoyage dépendent largement d’ac
    tifs issus de l’immigration, si nous vivons dans un environnement propre cela dépend en
    bonne part de personnes que nous ne voyons pas puisqu’elles travaillent tard le soir et tôt le
    matin. C’est vrai aussi dans la restauration, notamment pour les travaux les moins reconnus.
    Cela concerne des services peu valorisés, y compris du point de vue des salaires. Pourtant il
    s’agit de soins aux personnes fragiles, de propreté, de nourriture… autant d’activités néces
    saires à notre qualité de vie au quotidien. Quand l’idéologie empêche de regarder lucidement
    ce qui est en jeu, la méfiance et la violence s’installent. Dans les débats électoraux, soyons at
    tentifs aux raccourcis réducteurs, aux simplifications outrancières qui ouvrent la voie au rejet
    de l’autre alors que nous profitons de son activité.

    3 - Les appels à la paix du pape Léon
    Des foules importantes se sont rassemblées autour du pape lors de sa venue en notre pays,
    dans le calme et la sérénité. Il y avait sans doute l’attente d’une parole qui éclaire sur les choix
    de vie tant personnels que collectifs. Depuis son élection, Léon a toujours appelé à servir la
    paix. Les conflits violents mettent en danger notre civilisation humaine, avec le mépris de la
    vie humaine et la désignation de l’autre comme un ennemi à abattre. Le pape a montré une
    qualité de présence aux personnes, notamment envers celles qui sont marquées par la fragili
    té et la souffrance. La paix commence au cœur de notre vie quotidienne.
    Il a mis en avant une « civilisation de l’amour ». Une expression qu’on aurait tort de prendre
    pour une naïveté. Nous en sommes capables si nous prenons au sérieux notre désir de paix,
    sous le signe d’un choix de l’alliance et non de la confrontation à tous les niveaux. À Paris, il a
    mis l’accent sur la soif de sens et de vérité. À Metz, il a rappelé la valeur de la parole donnée :
    quand le mensonge s’installe, la confiance est bafouée et les relations deviennent barbares.
    Nous sommes capables d’actes et de paroles de soutien mutuel et de réconfort. Ouvrons large
    ment l’espace au goût de fraternité qui nous habite.
    Rendez-vous dans un mois pour le prochain numéro de # DIÈSE
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