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    # Dièse 93 Juin 2026 à télécharger

    Un courrier mensuel,
    le 10 de chaque mois André TALBOT le 10 juin 2026

    Dossier d’information : Éthique sociale en Église N° 93

    + En écho à l’actualité, quelques réflexions, pour préciser des enjeux de vie et cultiver l’espérance.
    Propos offerts pour être partagés.
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    # DIÈSE : Un demi-ton au-dessus du bruit de fond médiatique.

    1 –Mille visages de personnes migrantes.
    + D’abord un chiffre qui fait rarement la une des journaux : le nombre de Français expatriés. En notant un biais de vocabulaire : à propos des personnes qui quittent notre pays pour habiter ailleurs on parle d’expatriés, mais les personnes qui arrivent d’autres pays sont désignées comme migrantes, et encore les mots concernant les « arrivants » peuvent varier selon leur statut social… On estime à 2,5 millions le nombre de nos concitoyens qui vivent à l’étranger, il s’agit d’une évaluation puisque tous ne s’enregistrent pas dans les consulats ; un chiffre en constante augmentation. De tels mouvements de population s’expliquent par les facilités actuelles de circulation, par des attaches familiales variées et des opportunités professionnelles, mais aussi par le goût de la découverte d’autres régions du monde. Depuis les origines, les humains sont mobiles et le phénomène s’accentue.
    + Une étude solide menée conjointement par l’INED et l’INSEE auprès de 27 000 personnes met en lumière que, sur trois générations, un Français métropolitain sur trois a un lien direct avec l’immigration, soit au moins un parent ou un grand parent ; si on prend en compte les couples mixtes la proportion monte à 41%. Notons qu’il s’agit principalement d’arrivants d’origine européenne (Italiens, Polonais, Espagnols, Portugais…), alors que les images spontanées évoquent plutôt des personnes originaires du Maghreb ou d’Afrique noire, celles-ci risquant d’être victimes de discrimination jusqu’à la troisième génération.
    Dans les débats politiques, quand certains parlent du « problème » de l’immigration, on peut s’inquiéter de généralisations qui empêchent d’examiner des situations fort variées et d’envisager les solutions concrètes à propos de difficultés réelles et non fantasmées. Il est toujours facile d’accuser « l’autre » comme étant la cause de nos soucis, au lieu de prendre à bras le corps les injustices et les problèmes sociaux ! D’autre part, quand chacun revendique la liberté de pouvoir aller vivre là où bon lui semble, il doit reconnaître aux autres le même droit de venir s’installer où il le souhaite. Quand on oublie le principe fondamental de la réciprocité (reconnaître comme un droit pour l’autre ce que l’on revendique pour soi), la morale est mise au fossé et parfois aux oubliettes !

    2 – Des records inquiétants : le nombre de détenus en France.
    + De mois en mois la population carcérale augmente, 88 654 détenus au 1er mai, une augmentation de 6,8% en un an, tout particulièrement dans les maisons d’arrêt où se trouvent les personnes en attente de jugement. Une surpopulation de 170% qui signifie des conditions de vie indignes, avec des matelas par terre, et encore plus difficiles quand il y a des records de chaleur. Dans le même temps, les conditions de travail des surveillants se trouvent gravement affectées. La prison comprend la mise à l’écart de personnes dangereuses, mais aussi une peine qui peut avoir un effet bénéfique si elle permet une réinsertion sociale. Mais des conditions de détentions indignes risquent d’amplifier un esprit de révolte qui se manifeste dans la récidive : le rejet d’une société qui n’aide pas les gens à se relever.
    + Il y a une illusion : la prison serait la solution à tous les problèmes, mais le coût financier est fort important. D’autres formes de sanction et de réhabilitation devraient être envisagées. Il vaut mieux mettre l’accent sur la prévention, non sous le mode de faire peur au délinquant avec la menace d’une prison dégradante, mais au contraire en permettant aux personnes les plus fragiles, notamment les enfants et les jeunes, de développer leurs capacités positives en vue de contribuer au bien commun. Le discours répressif, qui a vite fait de dénoncer des méchants que l’on va mater, tourne à un populisme qui se révèle inefficace et qui risque même, en usant de mots méprisants, de contribuer à la dureté sociale qu’il prétend réprimer. Une dénonciation globale de la violence est toujours facile, il vaut mieux commencer par s’interroger sur son propre usage de paroles et d’attitudes violentes.

    3 – Des soutiens pour les plus fragiles.
    ° Nous ne partons pas tous avec le même capital de chances. Dès l’enfance et la prime jeunesse, en raison de pathologies et/ou d’un environnement humain peu structuré, une personne peut se trouver prise dans la spirale délinquance/punition, avec une aggravation continue de la situation. Une autre personne, en raison de ses origines, voire de sa couleur de peau, risque de subir des marginalisations et des humiliations qui la disqualifient à ses propres yeux et qui multiplient les obstacles à surmonter. Heureusement, des institutions et les personnes qui les animent peuvent permettre aux talents que porte chaque personne de s’épanouir. Le premier regard est déjà un signal fort, soit il disqualifie et rejette, soit il accueille dans un climat de confiance.
    ° Je pense tout particulièrement à l’institution Salvert, près de Poitiers. Elle prend en charge des enfants dont certains portent de lourdes difficultés, des jeunes migrants, des femmes avec enfants qui ont du mal à faire face… Des parcours de vie leur sont proposés, avec les contributions de professionnels porteurs d’un sens humain bien ancré, mais aussi le concours de bénévoles. La vie quotidienne n’est pas toujours facile, mais la confiance en soi et dans les autres ouvre la voie à des passages vers l’autonomie, vers une profession.
    ° Permettez-moi de relier ce thème au précédent. Tout ce qui relève de « l’aide sociale » risque d’être d’abord vu comme un poids financier, or un bon usage de l’impôt peut permettre à des personnes d’éviter de sombrer dans la délinquance, mais surtout de prendre une part active au service du bien commun. Alors qu’on reste très pudique sur le coût financier et humain de la prison, on risque de trouver onéreuse toute démarche d’aide et de soutien qui ouvre un avenir. Voilà un sujet de débat intéressant en période électorale : où vaut-il mieux investir ?

    4 – Magnifique humanité !
    L’encyclique du pape Léon est lue et commentée aussi en-dehors des cercles ecclésiaux. En raison d’un thème d’actualité l’intelligence artificielle, et parce qu’elle trouve dans la foi chrétienne une ressource apte à promouvoir un humanisme généreux et responsable. « L’Église rappelle que la véritable réalisation ne naît pas de la suppression des fragilités, mais d’une croissance harmonieuse : là où la liberté et la responsabilité vont de pair avec une attention mutuelle et une véritable solidarité, et où le progrès se mesure à la lumière de la dignité de chacun et du bien des peuples. » (§ 12)
    « Fuyons les visions manichéennes typiques des récits violents qui divisent le monde entre bons et méchants. » (§ 222) « Il convient d’abandonner une vision individualiste et technique de l’homme, comme si la réalité n’était que de la matière à modeler en fonction d’intérêts égoïstes, tant individuels que collectifs. » (§ 237)
     Un texte à lire et à méditer. J’en propose une présentation, à voir sur le site du diocèse.
    Rendez-vous dans un mois pour le prochain numéro de # DIÈSE