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    le 10 de chaque mois André TALBOT le 10 mai 2026

    Dossier d’information : Éthique sociale en Église N° 92

    + En écho à l’actualité, quelques réflexions, pour préciser des enjeux de vie et cultiver l’espérance.
    Propos offerts pour être partagés.
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    # DIÈSE  : Un demi-ton au-dessus du bruit de fond médiatique.

    1 – Quelle place pour le symbolique ?
    L’usage des mots n’est jamais anodin. Nous avons été nombreux à nous réjouir de la manière
    dont Notre-Dame de Paris fut relevée de ses cendres, grâce à une forte mobilisation financière
    et organisationnelle. On en fait maintenant un modèle, au point d’évoquer des « cathédrales
    industrielles » à propos de chantiers qui ont leur importance mais qui sont à situer à leur juste
    niveau. Tout d’abord l’étonnante mobilisation pour la restauration de Notre-Dame n’est pas
    réductible à une technique d’organisation efficace. Osons le mot, il y avait bien une motivation
    d’ordre spirituel même si tous, donateurs et acteurs, n’exprimaient pas des sentiments
    identiques. Certains professionnels de la remise en état de l’édifice ont parlé d’une expérience
    personnelle tout à fait inédite. En ignorant cette dimension spirituelle, nous risquons d’altérer
    une part essentielle de notre humanité, d’aplatir notre expérience par le repli sur un
    matérialisme réducteur, de passer à côté de ce qui peut faire sens dans nos vies.
    Quand le symbolique n’a plus de place que reste-t-il ? Nous façonnons alors un monde où
    dominent les procédures et l’efficacité technique, avec au bout un esprit comptable qui
    devient la référence ultime. Les relations humaines risquent alors de se réduite à de simples
    calculs d’intérêt, voire à des rapports de force brutaux, ce qui conduit à un vide existentiel, à
    une vie sans cœur. Pourtant, de nombreuses réflexions ont montré qu’une société humaine
    tient vraiment par la circulation de la gratuité et l’échange de dons. Restons vigilants, une vie
    commune réduite à l’efficacité matérielle et aux rapports d’intérêts individuels devient dure
    et violente, nous en avons des signes aujourd’hui. Face aux dérives, la répression ne suffit pas,
    il vaut mieux cultiver et partager ce qui peut faire sens pour notre vie commune.

    2 – Comment promouvoir l’amitié sociale ?
    Le symbolique n’est pas évanescent, il prend corps en des manières d’être et des choix de vie.
    Aussi, il y a des manières humaines de prendre soin d’un enfant, d’une personne fragile ou
    malade. Il ne suffit pas de donner à manger et de vêtir un bébé : ces gestes accomplis avec
    amour permettent un attachement grâce auquel le petit pourra grandir et devenir plus
    autonome. Aujourd’hui, beaucoup de personnes souffrent de solitude et de déficit de
    reconnaissance notamment dans le travail. Un tel manque ne se comble pas seulement par
    des avantages matériels : chacun aspire à être reconnu dans sa dignité, comme une personne
    qui a du prix aux yeux des autres.
    Prenons donc le temps de savourer la beauté de la relation avec les autres, de goûter le
    bienfait d’un temps de vie partagée. Ne nous considérons pas simplement comme des
    individus, nous sommes des personnes qui grandissent en humanité au cœur de relations
    humaines. À ce propos, le pape François a même osé parler d’amitié sociale, d’amour
    politique (cf. l’encyclique Fratelli tutti). Au lieu de nous lamenter sur la dureté du monde, nous
    pouvons commencer par dire et agir de telle manière que ces mots, amitié et amour, ne
    restent pas lettre morte mais deviennent la source d’initiatives bienfaisantes.

    Pour cela faisons place au désir dans nos vies. Non pas la forme perverse du désir qui se
    confond avec l’envie de posséder autrui, de le dominer pour le réduire à un objet. Il s’agit du
    désir au sens noble de l’aspiration à la rencontre, à l’échange, au soutien mutuel. Rappelons
    nous que le mot fraternité brille sur nos monuments publics, il nous invite à honorer vraiment
    ce désir qui nous habite. Alors, ne réduisons pas notre expérience humaine aux exploits
    techniques et aux gains financiers ; ne laissons pas s’étioler ces beaux mots d’amour et
    d’amitié, si nous les perdons nous marginalisons ce qui fait le meilleur de notre vie personnelle
    et collective.

    3 – Quelle place pour les enfants ?

    La question démographique revient dans les débats. Dans notre pays le nombre des décès
    l’emporte sur le nombre des naissances. Alors qu’il s’agit de la venue au monde de bébés, les
    discours en vogue en restent souvent à un matérialisme réducteur. On a déjà vu que l’enfant
    risque d’être considéré comme un gêneur, au point que l’on crée des espaces « sans
    enfants » ! Quant aux motifs invoqués pour enclencher un réarmement démographique (drôle
    d’expression aux relents guerriers !), ils manifestent souvent un égoïsme bien épais. Tout
    d’abord, s’il y a moins d’enfants, qui paiera nos retraites ? Ou, en plus sournois, si nous
    manquons de bras et de cerveaux pour les différentes activités, il faudra bien faire appel à
    l’immigration ! On suggère alors qu’entre deux maux on va choisir le moindre en faisant des
    enfants. Des manières de considérer la venue d’un autre (l’enfant ou l’immigré) d’abord comme
    une gêne. Un signe inquiétant de rétrécissement du regard, de peur de la vie.
    Nous pouvons à l’inverse désirer l’ouverture à la vie et à l’accueil de l’autre comme la source
    d’un vrai bonheur. C’est beau d’offrir la vie : la naissance d’un enfant apporte toujours du
    nouveau ; c’est un signe de confiance en l’avenir, mais aussi un engagement de notre
    responsabilité pour préparer un monde vivable et non une catastrophe écologique.
    → Mais il y a aussi dans le monde des enfants qui souffrent de la guerre et qui meurent, on
    parle alors de « victimes collatérales », une manière de relativiser le scandale. À propos d’un
    conflit dont on parle peu, la guerre civile au Soudan, la moitié de la population est déplacée,
    10 millions de jeunes et d’enfants se trouvent privés d’école, de soins et parfois de nourriture.

    4 –Que dire encore à propos de la paix ?
    Nous sommes actuellement submergés par les images de guerre, avec des commentaires qui
    s’intéressent à la puissance destructrice et non aux effets ravageurs sur des populations dont
    l’immense majorité n’a rien à voir avec les combats. Parmi les victimes, nombre d’enfants qui
    aspiraient à vivre et à grandir. L’arrêt des combats, même pour une simple trêve, est toujours
    préférable au bruit des armes, mais il ne suffit pas pour fonder une paix solide. Celle-ci ne peut
    tenir que si elle s’organise à partir d’une volonté de vivre ensemble, d’un goût pour des
    solidarités qui profitent à tous. Il faut pour cela dépasser une vision des relations entre les
    peuples sous le seul mode de rapports de force et de dominations. Un équilibre basé sur la
    peur sera toujours fragile s’il n’y a pas la volonté positive d’une vie commune au travers même
    des différences : la peur des armes nucléaires n’empêche pas les conflits meurtriers. Il faut
    arrêter de penser la guerre comme l’état normal du monde, mais une paix solide suppose un
    engagement efficient pour permettre à chacun de vivre dignement. On parle bien d’une
    dynamique éthique et spirituelle (osons le mot !) qui prend corps dans un droit international
    fondé sur la justice, en des solidarités effectives pour le développement des peuples.
    Commençons par résister au langage guerrier et au mépris de l’autre afin d’ouvrir le chemin
    d’une paix durable.
    Rendez-vous dans un mois pour le prochain numéro de # DIÈSE