# Dièse 72 de septembre 2024
Un courrier mensuel, le 10 de chaque mois
André TALBOT le 10 septembre 2024
Dossier d’information : Éthique sociale en Église N° 72
+ En écho à l’actualité, quelques réflexions, pour préciser des enjeux de vie et cultiver l’espérance.
# DIÈSE : Un demi-ton au-dessus du bruit de fond médiatique.
Propos offerts pour être partagés.
1 – À propos de Jeux...
Ne boudons pas notre plaisir, les jeux olympiques ont offert comme une parenthèse dans une
période plutôt instable, notamment sur le plan politique. Plus encore, les paralympiques ont
permis que des personnes marquées par le handicap, souvent laissées en marge, se trouvent
au premier plan. Je ne prétends pas ajouter des commentaires sur ces événements, la
documentation à ce sujet est abondante. Je propose plutôt quelques « pas de côté ».
+ On parle de « jeux », mais pour qui et comment ? Le dictionnaire renvoie à amusement et
divertissement, il retient aussi l’aspect ludique, ce qui évoque des activités enfantines
marquées d’insouciance. Or, les témoignages des athlètes, et plus particulièrement dans le
cadre paralympique, parlent d’efforts et d’entrainements intensifs, y compris dès le jeune
âge : des adolescents doivent quitter leur famille et combiner durement les études avec le
sport. On doit saluer ces qualités humaines faites de courage, de ténacité, de volonté de
rebond face aux difficultés... Mais nous sommes loin de l’insouciance et du ludique. Si l’on
parle de jeu, mais cela vaut surtout pour celles et ceux qui regardent !
+ À propos des Jeux, nous sommes tous censés prendre pour devise « plus vite, plus haut, plus
fort ! » Et comme ce propos émane d’un religieux, on le pare volontiers de « sacré » ! On peut
l’interroger, d’abord parce qu’un certain nombre d’épreuves (encore un terme qui détonne par
rapport au ludique) sont évaluées avec des critères de beauté et d’élégance, il s’agit alors de
qualifier le « mieux » et non le « plus ». Quant aux sports collectifs, ils supposent une qualité
de relation entre les acteurs, sinon l’exploit individuel peut se révéler contreproductif. Ce
critère du « plus », avec une coloration individualiste, est sans doute marqué par son époque
(fin du XIXème siècle) avec une idéologie de progrès qui met l’accent sur la domination – de
la nature mais aussi de l’humain - et l’intérêt personnel. Je préfère garder comme image les
marques de respect et parfois d’amitié envers l’adversaire d’un moment : chacun sait que
l’autre a dû aussi beaucoup travailler, avec des efforts constants pour arriver à ce niveau.
+ Encore une question : pourquoi ne n’intéresse-t-on qu’aux médaillés ? J’ai une pensée
particulière pour ceux qui arrivent 4èmes et même derniers. Il se sont entraînés autant et
parfois plus que les vainqueurs, mais il n’y a que trois marches sur le podium. Pourtant, les
sportifs porteurs de handicap nous rappellent que la fragilité et la vulnérabilité font partie de
notre condition humaine, même chez les plus performants. La polarisation sur le seul record
individuel ne rend compte que d’un aspect de nos vies, elle peut être trompeuse.
2 – Parlons un peu de politique...
° La lettre de Justice et Paix de septembre évoque la situation politique actuelle à partir de
différents points de vue (voir le site : justice-paix.cef.fr), j’ai signé l’un des articles. On peut
s’inquiéter que, en raison du flou politique qui a marqué l’actualité, une question majeure
telle que celle de l’avenir de la vie sur terre, et notamment du réchauffement climatique, ne
trouve place dans les débats ; l’espace public semble saturé par les manœuvres d’appareils et
Dièse N° 72, Septembre 2024
les tactiques liées aux ambitions individuelles. Nous avons le droit de secouer nos élus quand
ils risquent d’oublier ce qui est décisif pour notre avenir commun.
° À propos de l’identité européenne, une réflexion de Heinz WISMANN, un philosophe
allemand vivant en France (cf. Sciences humaines de septembre, p. 34) : « L’Europe n’est pas une
réalité naturelle, géographique ou ethnique, mais une création historique, un geste guidé par
le désir de ne pas rester le même, identique, figé. L’esprit européen reprend les différents
éléments du passé pour le transformer et faire advenir quelque chose qui n’a pas encore existé.
(...) Le geste européen, c’est une forme de renaissance perpétuelle. (...) L’esprit européen, c’est
le contraire absolu du traditionalisme. Par opposition, les régimes répressifs établis en Iran, en
Chine et en Russie s’appuient sur l’autorité de la tradition. »
° Dans le monde, la phase actuelle est marquée par la militarisation. Face aux menaces,
chaque pays renforce sa défense. En écho à la réflexion précédente, il importe d’anticiper et
de travailler à l’advenue d’une situation plus correcte d’un point de vue humain. Au plan
mondial, les dépenses militaires se montent à 2500 milliards de dollars par an. On en vient à
oublier les engagements, pris sous l’égide l’ONU, de mettre en œuvre les 17 Objectifs pour un
développement durable (ODD) sur la période 2015-2030. Selon ces ODD, il s’agit de lutter
contre la grande pauvreté grâce à l’accès à la nourriture et à l’eau potable, de promouvoir
l’éducation et la santé, etc... Les conflits plongent des populations en des situations
catastrophiques, tandis que les sommes importantes consacrées aux armes sont détournées
des programmes de développement.
° La peur actuelle conduit au repli sur des intérêts particuliers et à court terme. Or, ne perdons
pas de vue la volonté de construire une paix durable dans notre monde. Il s’agit d’abord
d’organiser la coopération entre les peuples pour faire face au défi écologique et mettre en
place une justice sociale permettant à chacun d’accéder aux biens élémentaires. Plutôt
qu’inventer des stratégies de lutte contre l’immigration, parfois avec des moyens ignobles, il
vaut mieux faire en sorte qu’une vie digne soit possible dans les différents pays. La plupart de
ceux qui arrivent fuient une situation de guerre, de répression violente ou de misère absolue.
3 – Pour quel avenir ?
Rappelons-nous que nous sommes de plus en plus dépendants les uns des autres. Il nous faut
donc apprendre à penser en termes d’un bien commun mondial pour organiser une solidarité
efficace, entre contemporains, mais aussi avec les générations à venir. Nous nous réjouissons
de la vitalité des enfants et de leurs sourires, mais quel avenir concret voulons-nous leur
préparer ? Est-ce un monde fatalement marqué par la guerre et la destruction de la Planète ?
Il n’est pas inutile de lever les yeux au ciel pour voir plus loin que le bout de ses chaussures,
pour faire en sorte que la vie ait un avenir ! Cultivons donc l’esprit de responsabilité pour
conduire nos vies personnelles, mais aussi pour organiser la vie politique !
→ Un signe inquiétant : selon l’UNICEF, en France, 2000 enfants sont à la rue, sans solution
d’hébergement, une situation qui empire d’année en année. Dans le même temps, les
associations humanitaires enregistrent de plus en plus de demandes d’aide alimentaire, y
compris de la part d’étudiants. Des situations qui dénotent d’évidents manques de volonté
politique : peut-on se satisfaire d’une société qui oublie ses membres les plus fragiles ?
→ Positivement, une rentrée marquée par de multiples solidarités de proximité, par des
engagements bénévoles, notamment dans le domaine sportif, les Jeux ayant un impact
incitatif. Mais aussi dans le soutien scolaire, l’accueil de familles réfugiées, etc.
Rendez-vous dans un mois pour le prochain numéro de # DIÈSE



