• Logo
  • # 35 du 10 août 2021 à télécharger

    Un courrier mensuel,
    le 10 de chaque mois André TALBOT le 10 Août 2021

    Dossier d’information : Éthique sociale en Église N° 35

    + Un regard sur notre monde, pour partager quelques réflexions et cultiver l’espérance.
    Propos offerts pour être partagés.*

    # DIÈSE : Un demi-ton au-dessus du bruit de fond médiatique.

    1 – Vive la liberté orientée par la fraternité
    Extraits d’une tribune signée par des représentants qualifiés de plusieurs religions (22 juillet) : « Nous nous insurgeons d’avoir vu dans les rues de notre pays des manifestants défiler en portant des étoiles jaunes. Si manifester est un droit, tout n’est pas permis pour autant et sûrement pas les amalgames honteux qui ne cherchent qu’à choquer. Il est inadmissible d’exciper de la liberté pour justifier une posture entravant la liberté d’autrui, en étant en prime, susceptible de mettre la santé des autres en jeu. Face au virus, notre devise républicaine « Liberté, Égalité, Fraternité » est mise à mal car nous ne sommes pas égaux face à lui et notre liberté est temporairement contrainte par les nécessités du combat sanitaire. La fraternité doit donc rester le plus solide pilier de notre société. »

    - En de nombreux pays, les libertés individuelles sont mises à mal par des pouvoirs autoritaires, voire dictatoriaux. Réjouissons-nous de pouvoir user de la liberté d’expression et de manifestation. Mais la liberté, en démocratie, doit reposer sur la responsabilité personnelle. Le port de l’étoile jaune par certains manifestants a été dénoncé avec fermeté par de nombreux commentateurs. Deux remarques. La plainte individuelle, même légitime, ne donne pas tous les droits ; la banalisation de la Shoah est signe de confusions qui empoisonnent les débats, chacun usant de gestes et de mots extrêmes pour se faire entendre ; heureusement, il arrive que ces excès se retournent contre leurs auteurs ; chacun doit demeurer vigilant pour éviter de tels dérapages. Il est tentant aussi de se poser en victime, cherchant ainsi une certaine reconnaissance ; ou encore de prétendre établir sa propre loi, au gré de ses pulsions, sans tenir compte de la vie commune ; il vaut mieux commencer par déployer sa capacité à la responsabilité vis-à-vis de soi-même, des autres et de la société en son ensemble.

    2 – Quel monde voulons-nous pour demain ?
    La récente loi à propos de bioéthique a donné lieu à des débats vigoureux. Mais un article est passé quasi inaperçu. Le professeur Roger GIL nous adresse un clair avertissement dans un Billet éthique du mois de juillet : « La nouvelle loi de bioéthique ouvre la possibilité non pas de modifier le patrimoine génétique humain en introduisant des cellules souches animales dans un embryon humain, mais elle ouvre la possibilité d’introduire des cellules souches humaines dans un embryon animal. Il s’agit donc bien d’autoriser en 2021 ce qui était interdit en 2011 et il s’agit donc bien d’autoriser la création d’embryons chimériques. (…) Ne serait-il pas sage d’anticiper les projets technoscientifiques à long terme pour réfléchir aux limites éthiques qu’il faudrait assigner aux biotechnologies en évitant de tenter loi après loi d’adapter l’éthique aux exigences des biotechnologies en utilisant des mots vagues comme « encadrement » ou « déclaration »... L’éthique devrait précéder et non pas suivre sauf à accepter qu’elle s’efface peu à peu pour laisser tout pouvoir aux technosciences et au monde des finances internationales. »
    À propos de bioéthique, la confusion peut également s’installer, ouvrant la voie à des initiatives dangereuses pour notre avenir commun.

    3 – Alerte pauvretés
    * Pour la 6ème année consécutive, le nombre des personnes souffrant de la faim est en augmentation. La pandémie a encore aggravé la situation. Une courbe qui contredit les engagements pris dans le cadre des Objectifs pour un développement durable (ODD).
    * Au premier semestre de cette année, 1146 personnes migrantes sont mortes en Méditerranée, un chiffre double de celui de l’année dernière. Des personnes qui fuient en raison des violences, des menaces, mais aussi de l’extrême pauvreté.

    - Une question : ces données sont rarement reprises par les médias. L’envolée dans l’espace de quelques super riches a par contre été largement relayée. Nous avons aussi une certaine responsabilité vis-à-vis des infos dont on nous abreuve ! Sinon, nous devenons indifférents à l’égard de drames humains, comme s’il s’agissait de fatalités auxquelles on ne peut rien. La solidarité mondiale ne doit pas rester un vœu pieux !

    4 – Un couple infernal : politique et religion
    Une tentation française : réduire cette question à des querelles concernant la laïcité. Ou, pour les chrétiens, se contenter de rappeler la distinction des plans : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu »  ! Or les relations entre religion et politique demeurent complexes et souvent passionnelles. Un signe que cette question reste vive, la récente parution d’un livre collectif sous la direction de Dominique REYNIÉ : Le XXIème siècle du christianisme (Cerf), dont la première phrase est : « La religion demeure une dimension essentielle de l’humanité. » Certaines contributions de cet ouvrage m’ont alerté sur un livre dense et parfois assez difficile, qui, je l’avoue, m’avait échappé : Vincent DELECROIX : Apocalypse du politique (Desclée de Brouwer, 2016).

    - L’histoire a souvent montré que la confusion entre religion et politique se révèle désastreuse. Des dérives actuelles, aussi minoritaires que violentes, en sont le signe. Mais les religions peuvent aussi contribuer positivement à la vie commune, notamment en proposant un horizon de sens. Par exemple, la lignée prophétique, qui nourrit le judaïsme et le christianisme, induit une critique éthique du politique, sans chercher à se substituer à lui ou à le dominer. Un regard critique met en lumière les écarts, voire les contradictions, entre les objectifs du projet politique et les réalisations concrètes ; pensons aux manières d’incarner, ou de trahir, la devise « Liberté, égalité, fraternité ». Il serait illusoire et dangereux d’en tirer une disqualification radicale du politique qui offre un cadre pour une vie commune relativement pacifiée. Le prophétisme va dénoncer le politique quand il tend à s’ériger en absolu, en maître du bonheur des gens. La mémoire chrétienne déploie aussi une ligne utopique au sens positif du terme, c’est-à-dire un horizon de sens qui permet d’orienter les décisions quotidiennes.
    Une voie féconde : comment la vertu d’amour peut-elle inspirer et nourrir concrètement les choix de vie ? Éthique et spiritualité ont bien à voir avec le politique, non pour confondre les plans, mais pour que les rapports de force ne conduisent pas à l’exclusion des plus faibles. Demeurons vigilants à l’égard du respect de la dignité de toute personne humaine. Devenons aussi des acteurs de la concorde : l’union des cœurs ; chacun peut compter sur les autres et prendre sa part dans le service du bien commun, y compris dans les inévitables conflits. Oui, il peut être pertinent de parler d’amour en politique !

    5 – Atelier : Servir la vie. En lien avec la pandémie et les élections à venir, nous nous interrogerons : comment prendre soin de soi, d’autrui, de la vie commune, de la terre ?
    Animé par André Talbot. 1ère rencontre : jeudi 23 septembre, de 16h à 17h30, Maison Saint-Hilaire (maison diocésaine) de Poitiers.

    Rendez-vous dans un mois pour le prochain numéro de # DIÈSE