"Aujourd’hui un Sauveur nous est né, c’est le Christ, le Seigneur"

Célébrer Noël, c’est feuilleter un livre d’images populaires ; beaucoup de ces images nous les devons à l’évangéliste Loukas. Le récit de Saint Luc, qui relate la venue du Sauveur, est en somme la préface à son évangile, où il nous présente Christ Yéshoua, le Messie annoncé par les prophètes (Luc 2, 1-14).

La première partie du récit évangélique est une leçon d’histoire :
Dieu entre dans l’histoire des hommes (Luc 2, 1-8)

« En ces jours-là parut un édit de l’empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre. »

Datation des recensements de Quirinius

L’évènement se passe sous le règne de César Auguste qui fut le plus célèbre des empereurs romains, il a régné de 27 avant notre ère jusqu’en l’an 14. La Palestine faisait partie de l’Empire Romain, tout comme notre pays qui s’appelait, à l’époque, la Gaule.

« Un recensement, le premier, eut lieu alors que Quirinius était gouverneur de Syrie. »
La toile de fond de l’évènement est plutôt sombre. Le pays est occupé par les Romains ; les habitants sont soumis à la domination d’un pouvoir étranger. Des historiens nous apprennent que le recensement de Quirinius provoqua une émeute populaire en l’an 6, au moment de la phase administrative qui consistait à recenser les propriétés financières, en vue d’établir l’impôt.

« Chacun allait se faire inscrire dans sa ville d’origine ; Yosseph, lui aussi quitta la ville de Nazareth en Galilée pour monter en Judée. »

Cet évènement eut lieu dans les années -6 ou -7 avant notre ère (soit 2 ans avant la mort d’Hérode le Grand). Yosseph se laisse conduire par les évènements politiques. Le monde où entre le Christ est un monde dur, plein de contraintes. Yosseph part avec sa fiancée promise en mariage ; elle s’appelle Myriam, elle est enceinte. Yosseph se laisse conduire aussi par le message reçu en songe du Seigneur.

« Ils se rendent donc dans la ville de David, appelée Bethléem, car Yosseph était de la descendance de David. »
Loukas rapporte l’évènement à la lumière de la prophétie de Michée (5, 1) : « Et toi Bethléem Ephrata la plus petite des villes de Juda, de toi sortira celui qui règnera sur Israël. » Loukas n’est pas sans connaître aussi la prophétie d’Esaïe (7, 14) : « C’est pourquoi le Seigneur lui-même vous donnera un signe ; voici une vierge sera enceinte et elle enfantera un fils. » En tant que jeune fille juive pratiquante Myriam connaissait ces prophéties.
Mais en fait le Messie est tout autre que ce qu’attendait, à cette époque, le peuple juif : on attendait un Messie puissant, riche, or le Messie s’en vient pauvre, faible, un enfant. De surcroît, il entre dans l’histoire humaine « incognito », comme s’il avait franchi les frontières de l’humanité « en contrebande ». Jamais il n’aurait été admis par les autorités s’il avait été déclaré : Dieu né de Dieu.

« Yosseph venait se faire inscrire avec Myriam, sa fiancée promise en mariage qui était enceinte. »
Pour évoquer Myriam Loukas utilise le mot grec : παρθένος (parthenos) qui veut dire : « jeune fille vierge » - le même mot que lors de l’annonciation (1, 27). Myriam est donc « cette jeune fille vierge », fiancée à Yosseph. « Vierge et enceinte », voilà l’affirmation très claire de l’évangéliste qui s’est informé « soigneusement », comme il le dit lui-même, auprès de Myriam qu’il a assurément connue au sein de la communauté de Jérusalem.

« Pendant qu’ils étaient là, elle mit au monde son fils premier-né. »

Le récit est sobre, tout le contraire des mythes et légendes païennes. C’est un nouveau-né comme un autre, sans auréole autour de la tête, tout simple, un bébé comme chacun de nous a été.

« Elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire. »
Le plus grand évènement de l’histoire humaine vient de se produire : Dieu est désormais aussi un homme ; son nom est Yéshoua : « Il sauve ».
Avec ce dernier verset se termine la relation historique : maintenant Saint Luc nous fait entrer dans la « Célébration de l’évènement ».

Dans la deuxième partie du texte de l’évangéliste Loukas, le genre littéraire change ; Saint Luc utilise le genre « symbolique » ;
il nous fait entrer dans la célébration de l’évènement qui devient une liturgie. (Luc 2, 9-14)

« L’ange du Seigneur s’approcha et la gloire du Seigneur enveloppa les bergers de sa lumière. »
Nous voilà désormais entrés dans une mise en scène à la manière de Saint Luc : des anges, des bergers célèbrent l’évènement :

« Dieu est parmi nous »

Les anges sont là pour nous appeler à l’émerveillement devant cette action divine qui dépasse l’entendement humain. Désormais la gloire de Dieu enveloppe les pauvres figurés par les bergers.

« Aujourd’hui vous est né un Sauveur dans la ville de David : il est le Christ, le Seigneur. »
Dans cette liturgie, les anges ont un message précis à délivrer : leur communication est courte ; elle va à l’essentiel ; ils donnent la carte d’identité de cet enfant qui vient de naître : les trois titres divins : Sauveur, Messie, Seigneur.

L’historien Luc n’utilisera plus jamais ces titres dans son évangile, si ce n’est à la fin de son livre. Cet enfant, ce Yéshoua si petit aujourd’hui, sans défense, ignoré du monde entier, c’est bien le même que « le Seigneur de gloire du jour de Pâques » de l’année 30, là-bas à Jérusalem.
C’est ainsi que le récit de la naissance de Yéshoua est voulu par Loukas comme une préface à son évangile, ce livre qu’on ne comprendra vraiment qu’à la fin. Cet enfant nouveau-né est de nature divine : il est Seigneur ; il a une mission divine : il est Sauveur.

Pour conclure son récit, l’évangéliste opère un retour au genre historique.
« Et voilà le signe qui vous est donné : vous verrez un nouveau-né, emmailloté et couché dans une mangeoire. »

Cher lecteur, toi qui as cheminé avec moi à travers ces lignes : arrête-toi devant la mangeoire, va à la crèche, comme un berger ravi : regarde, écoute et peut-être comprendras-tu pourquoi les anges ont chanté : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu’il aime ».

" Quand le Christ apparut dans les bras de Marie, il venait soulever le monde." Teilhard de Chardin

Père Joseph GUILBAUD

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