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29 octobre 2017 - confirmation à Vouillé - homélie de Monseigneur (...)

Confirmation à Saint Jean-Baptiste en Niortais

L’Evangile, la foi chrétienne, se résument à une seule chose : aimer. Pour cette simple raison que Dieu est cela, Dieu est amour ; chaque être humain, et même chaque réalité de la création est faite pour cela : aimer. A plus forte raison pour les êtres humains : nous sommes créés à l’image et la ressemblance de Dieu. Appelés à aimer, chaque personne, chaque réalité, et même à aimer tout élément de la création.

Il est vrai que la prise de conscience écologique rend cet appel d’autant plus urgent aujourd’hui. Nous avons compris que le monde est interdépendant, l’être humain grandit ou se détruit en fonction de l’état de la planète. Comme le répète souvent le pape François, en particulier dans l’encyclique Laudato si’ : « tout est lié ». Mais il n’a pas fallu attendre le XXIe siècle pour que certains aient une vive conscience de cela et le fassent partager. Ici comme souvent, ce sont les poètes qui sont pionniers : leur sensibilité les rend plus attentifs à ce que des esprits plus scientifiques, plus cartésiens ignorent. Ecoutez en particulier ce qu’écrivait Dostoïevski dans Les Frères Karamozov. Il donne la parole au starets Zosime : « Mes frères, aimez toute la création dans son ensemble et dans ses éléments, chaque feuille, chaque rayon, les animaux, les plantes. En aimant chaque chose, vous comprendrez le mystère divin dans les choses. L’ayant une fois compris, vous le connaîtrez toujours davantage, chaque jour. Et vous finirez par aimer le monde entier d’un amour universel. Aimez les animaux, car Dieu leur a donné le principe de la pensée et une joie paisible. Ne les troublez pas, ne les tourmentez pas en leur ôtant cette joie, ne vous opposez pas au plan de Dieu. » Edition Gallimard, 1948, p. 290-291.

Je retiens plusieurs choses ici, plusieurs appels. En premier lieu, l’importance de la poésie, et même de la littérature, donc de la lecture. C’est vrai, on les tient parfois pour quantité négligeable : qui n’a pas entendu cette remarque : « c’est de la littérature ! » Autrement dit, cela ne compte pas, ce n’est pas vraiment sérieux. Ceux qui pensent ainsi, le font aussi de la religion, de toutes les religions. En effet, qu’est-ce qui compte vraiment ? Les chiffres, le compte en banque, le succès médiatique ? Si c’est le cas, le monde deviendra invivable ; surtout, beaucoup de personnes n’y auront plus leur place.

Ce qui fait la richesse et la spécificité de tout être vivant, avant tout des êtres humains, c’est qu’ils ne fonctionnent pas comme des machines. De plus en plus nous aurons des machines qui feront nombre de taches techniques, certaines métiers perdront leur utilité, jusqu’à même celui de chirurgien ! Mais l’être humain aura d’autant plus d’importance et de nécessité : les machines ne comprennent pas, elles ne réfléchissent pas, elles n’ont pas de jugement moral. Ceci, c’est le propre des êtres humains. Nous devons dès lors savoir donner d’autant plus de place à la poésie, à la lecture, aux arts, à la spiritualité, à la religion, finalement à ce qui nous est propre, nous les humains.

Une deuxième chose concerne l’amour ; c’est ce qui nous fait semblable à Dieu.

Or, voyez comment la Bible nous met aussi en garde : l’amour est loin d’être un vague sentiment, s’il n’est que cela il n’existe pas vraiment. L’amour s’exprime dans des comportements très concrets. Je parlais tout à l’heure du respect de la création, aussi de l’amour des animaux, avec Dostoïevski. Et nous avons entendu les appels de la 1ère lecture de cette messe, le livre de l’Exode. « Tu n’exploiteras pas l’immigré, tu ne l’opprimeras pas… Vous n’accablerez pas la veuve et l’orphelin… Si tu prêtes de l’argent à un pauvre parmi tes frères, tu ne lui imposeras pas d’intérêt ».

C’est dans tout cela que se vérifie la qualité et la vérité de l’amour, et aussi, et surtout, dans tous les petits détails de l’existence. C’est là où l’on peut progresser, dans ces tout petits pas qui sont notre chemin de sainteté. Ecoutez cette belle parole du pape François dans Amoris laetitia : « Un petit pas au milieu de grandes limites humaines, peut être plus apprécié de Dieu que la vie extérieurement correcte de celui qui passe ses jours sans avoir à affronter d’importantes difficultés » Amoris laetitia, n° 305. On doit dire la même chose lorsqu’il s’agit de reconnaître ses torts, ses péchés. En rester à des généralités c’est ne pas se donner les moyens de réellement progresser. Ainsi, lorsqu’on se confesse, si l’on dit seulement : « Je n’aime pas assez les autres », je crains que cela ne change pas grand-chose à notre vie. Le psaume 50 doit éclairer notre regard sur nous-même, et les propos que nous tenons : « Oui je connais ‘’mon péché’’, ‘’ma faute’’ est toujours devant moi » Ps 50, 5. La conversion comme l’amour se vivent dans les choses les plus concrètes de notre vie.

Enfin, je souligne que dans la Bible, l’amour est un commandement. A la question du docteur de la Loi : « Maître, dans la Loi, quel est le grand commandement ? » Jésus répond : « Tu aimeras ». N’est-ce pas un paradoxe ? Peut-on « commander » à aimer ? Peut-on contraindre à aimer ? La réponse est oui, et cette réponse est oui parce que derrière un même mot, celui de l’amour, il y a des sens différents.

Lorsque nous pensons à l’amour, nous envisageons d’abord le sentiment qui lie deux personnes entre elles, ou encore des parents et des enfants. De plus, marqués par le XIXe siècle européen et le romantisme, nous n’envisageons plus que le mariage que comme mariage d’amour. Pourtant, pendant des siècles, il en fut autrement, et de même aujourd’hui, dans d’autres cultures que la nôtre. Attention ! Je ne plaide pas pour le mariage de raison, ou le mariage d’intérêt. Ce que je veux souligner c’est ceci : si l’amour est le motif principal pour lequel deux personnes se choisissent, puis se marient, une vie de couple, puis de famille, ne peut uniquement reposer sur l’amour, ici entendu comme sentiment.

D’abord parce que les sentiments évoluent, ils ne sont souvent plus les mêmes lorsqu’on a vingt ans, puis après trente ans de mariage. Ne pas l’admettre c’est vivre dans le regret de ce qui n’existe plus. Sans doute que vous connaissez cette chanson d’Alain Souchon ? « Passez votre amour à la machine, pour voir si les couleurs d’origine peuvent revenir. »

Non, elles ne reviendront pas, mais le pastel peut avoir autant de charme que les couleurs flashis ! Et peut-être davantage.

Oui, on se marie par amour, mais on reste ensemble aussi par raison, parce que l’on sait que la fidélité, même les épreuves traversées, sont une force, et l’on reste ensemble aussi par intérêt, je ne parle pas des intérêts financiers, mais des intérêts culturels, religieux, intellectuels. Ce que dit l’autre, ce à quoi il s’intéresse, ses goûts, tout cela m’intéresse, je m’y retrouve et en même temps j’en suis enrichi. On s’aime par amour, si j’ose dire, mais on s’aime aussi parce que l’on y est requis, parce que c’est un commandement. Et ici, l’amour n’est plus uniquement un sentiment, même noble et élevé, l’amour est ce qui unit des personnes qui comprennent qu’elles doivent se respecter, se comprendre, se pardonner aussi. Et là, oui, il y a un commandement, parce que chacun est appelé à dépasser ses amitiés et ses inimitiés.

Etant confirmés, vous allez recevoir la Loi en vous, la nouvelle Loi de l’Evangile, qui n’est plus écrite sur des tables de pierre mais sur la chair de votre cœur. Cette Loi, l’Esprit Saint sera toujours en vous ; elle est un appel, un encouragement. Ecoutez-là, écoutez l’Esprit Saint.

Mgr Pascal Wintzer

Archevêque de Poitiers

Dimanche 29 octobre 2017 30ème Dimanche ordinaire