# 27 du 10 décembre 2020

# 27 du 10 janvier 2021 à télécharger

Un courrier mensuel,
le 10 de chaque mois
André TALBOT
andretalbot673@gmail.com
le 10 décembre 2020

Dossier d’information : Éthique sociale en Église N° 27

+ Envisager notre situation avec un œil lucide et un cœur ouvert à l’espérance.
Propos offerts pour être partagés.*

# DIÈSE : Un demi-ton au-dessus du bruit de fond médiatique.
1 – Actualité  : Le virus continue d’alimenter les discussions. La situation demeure difficile et parfois pénible. Chacun peut faire attention et respecter les consignes… Et malgré les embûches, nous découvrons de belles capacités d’adaptation pour assurer des services, cultiver des relations. Nous apprenons la patience, résistant à l’envie du « tout, tout de suite », mais aussi la réactivité pour faire face aux imprévus ou aux évolutions de situation. Puisque la fatigue mentale se fait sentir, il est urgent de prendre soin les uns des autres, de partager des soutiens amicaux.

La fatigue, l’inquiétude et la peur de l’avenir peuvent altérer notre faculté à raisonner calmement et radicaliser des revendications catégorielles. Les rumeurs se répandent rapidement par les réseaux sociaux, allant jusqu’à la mise en scène de complots. Il y a toujours l’illusion malsaine de prétendre connaître le dessous des cartes, de capter ce qu’on voudrait nous cacher, afin de désigner des coupables. Bref, l’appétit d’un savoir propre à certains initiés, même s’ils sont des millions, en vue de dénoncer la noirceur des autres… Il vaut mieux que chacun d’entre nous s’interroge pour savoir ce qu’il peut faire à son niveau, plutôt que vouloir dénoncer et traquer des manipulateurs cachés. Aidons-nous mutuellement à garder raison au lieu de divaguer, sacrifiant aux délires complotistes d’imaginations flamboyantes. Cultivons humblement la vérité, à la manière de scientifiques qui osent dire qu’ils ne savent pas, mais qui continuent à chercher. Le débat est nécessaire dans la mesure où il permet la confrontation des points de vue ; mais les oppositions binaires de certains médias, avec un « pour » et un « contre » qui se coupent la parole, interdisent de déployer un juste raisonnement. C’est le culte de la petite phrase, avec des affirmations aussi péremptoires que peu fondées. On peut regretter que le débat politique en reste parfois à de telles postures.

Une culture de la vérité, à l’épreuve d’un débat en raison, pourrait permettre d’élaborer des décisions viables, en phase avec le réel. Quand certaines prescriptions semblent inapplicables et tout bonnement « absurdes », on se met à rêver de vraies négociations au lieu d’édits arbitraires tombant d’un pouvoir central. La culture démocratique se construit aussi dans une recherche commune des solutions les mieux adaptées ; un tel travail concerne les responsables politiques et bien sûr l’ensemble des citoyen. Mais cette élaboration collective ne fera pas le titre d’un journal télévisé. Dommage !

2 – Pauvretés en France. À l’occasion de la journée mondiale de la pauvreté (3ème dimanche de novembre) instaurée par le pape François en 2017, le Secours catholique (Caritas France) publie chaque année un rapport sur la situation des personnes et des familles rencontrées. À la différence des statistiques habituelles qui raisonnent à partir de moyennes générales, le Secours catholique prend en compte les plus démunis qui viennent solliciter des soutiens : on note qu’ils sont de plus en plus nombreux, tout particulièrement en 2020 avec la crise sanitaire, et que leur situation s’aggrave. En France, la grande pauvreté augmente et les inégalités continuent de croître. Ainsi, le revenu médian des personnes rencontrées au Secours catholique est de 537 €/mois (moins 5€ en un an) et une sur trois ne dispose pas d’un logement stable (le nombre des SDF a doublé en quelques années). Plutôt que faire la chasse aux sans abris de manière brutale, les condamnant à l’errance dans le froid, il vaudrait mieux organiser des hébergements, ce qui n’est pas hors de portée !
Est-il correct de continuer à favoriser les plus riches alors que la situation des plus démunis se dégrade ? Le Secours catholique demande un revenu minimum garanti de 890 €/mois pour une personne seule. Ce qui représente la base incompressible pour se nourrir, se loger, s’habiller…
De nombreuses voix s’élèvent pour demander un tel revenu de base, ce qui n’est pas impossible dans un pays comme le nôtre. La dignité humaine se trouve en cause : il est humiliant pour une personne de devoir quémander son repas. Et, contrairement à des idées reçues, l’extrême pauvreté n’incite pas à chercher du travail ; une personne qui passe ses journées en quête de secours n’est guère disponible pour d’autres projets ; de plus, la reprise d’un emploi après un long temps de chômage demande des paliers ; il faut donc promouvoir des expériences telles que « Zéro chômeur de longue durée ».

3 – Des comparaisons de chiffres qui donnent à penser (cherchez l’erreur !)…
* La dette des pays pauvres : 12 milliards de dollars. La somme des plans de relance économique des principaux pays représente déjà plus de 2 500 milliards. Quand on veut, on sait trouver les financements.
* Le nombre de morts du Covid dans le monde vient de passer 1,5 million. Le nombre de morts du paludisme est chaque année de 700 000. Les laboratoires se mobilisent en vue de mettre au point des vaccins pour l’une des maladies et on s’en réjouit. Ont-ils la même ardeur pour trouver une solution face au paludisme ? Quand une auditrice d’une grande chaîne nationale a posé cette question, on a « oublié » de lui répondre…
* En 2019, les dépenses militaires dans le monde ont augmenté de 3,8 % par rapport à l’année précédente. Les plus importantes progressions ont eu lieu respectivement en Turquie, en Chine, en Inde… Quel est le plus sûr chemin vers la paix ? La course aux armements ou la mise en œuvre de politiques de solidarité à l‘échelle mondiale ?

4 – Laïcité. Des précisions utiles pour les débats en cours.
« La laïcité implique des valeurs, mais n’est pas en soi une valeur morale, c’est-à-dire une conception subjective du bien. Si les premiers penseurs puis législateurs de la laïcité n’ont jamais souhaité ajouter la laïcité au triptyque républicain « Liberté, Égalité, Fraternité », c’est parce que la laïcité a été pensée comme un outil au service de sa mise en œuvre. » (p. 37) Elle est un principe politique et juridique qui permet de garantir liberté, égalité et fraternité. Elle est la garantie de la liberté de conscience et de l’égalité de toutes et tous, quelles que soient leurs convictions ou croyances. Elle suppose les même droits et devoirs pour tous et garantit la citoyenneté commune qui concourt à l’idéal de fraternité. La laïcité française constitue un cadre commun à tous. Que l’on soit athée, agnostique, indifférent ou croyant, nous sommes tous laïques dans la mesure où nous reconnaissons un cadre commun qui garantit la liberté, certes encadrée, d’exprimer ses convictions religieuses ou non.
Nicolas CADÈNE, rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité, « En finir avec les idées fausses sur la laïcité », Atelier, 2020. Un petit livre qui démonte 95 idées fausses.

5 – À méditer : « Le racisme est un virus qui mute facilement et qui, au lieu de disparaître, se dissimule, étant toujours à l’affût. » Pape François, Fratelli tutti n° 97.

Rendez-vous dans un mois pour le prochain numéro de # DIÈSE

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