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"Rien de ce qui fait notre vie ne doit être étranger à la foi : la foi déplace (...)

Messe d’installation du père Armel de Sagazan
6 octobre 2013 - Niort, Saint-Hilaire
 
 
Ce qui est au cœur des versets de l’Evangile, c’est la foi, c’est-à-dire notre relation vivante avec Dieu.
Elle est ce « don de Dieu » dont parle Paul à son disciple Timothée : « Je te rappelle que tu dois réveiller en toi le don de Dieu que tu as reçu lorsque je t’ai imposé les mains. » 
Mais la manière dont l’Evangile en parle est tout de même bien étonnante : quel sens donner aux images ?
Elles frappent par leur aspect contrasté : l'existence du chrétien passe du plus extraordinaire au plus banal.
C’est l'extraordinaire que permet la foi : l'arbre...
Et c’est le banal de l'existence du serviteur : « nous sommes des serviteurs quelconques, nous n’avons fait que notre devoir. »
 
Par ces images, le Seigneur nous dit que la foi est présente dans tous les aspects de notre vie ; autrement dit, rien de ce qui fait notre vie ne doit être étranger à la foi : la foi déplace les montagnes, tout comme la foi oriente les actes les plus ordinaires de notre vie.
Pourtant, ne nous laissons pas cependant subjuguer par l’image de cet arbre déplacé par l’acte de foi.
La foi peut davantage que de faire bouger un arbre, si grand soit-il.
Il y a en effet plus difficile que de déraciner un arbre, c’est faire bouger le cœur de l’homme.
N’est-ce pas ceci le plus grand pouvoir de la foi ?
Nous dire qu’aucun de nous n’est prisonnier de ses erreurs et de ses chutes.
Si rien ne peut être changé du cœur de l’homme, autant mourir.
C’est pour cela que la foi est une force et une espérance : elle nous fait bouger, elle nous met en mouvement.
 
Et davantage encore, la foi nous change et par nous, elle change le monde.
L’arbre déraciné va se planter de la mer, mais s’il veut croître et porter du fruit, il a besoin d’une eau qui soit pure et non pas d’une eau salée.
Et bien, c’est aussi cela le pouvoir de notre foi : non seulement faire bouger notre vie, mais aussi par nous, faire bouger le monde.
Rappelez-vous, dans la Bible, ce n’est pas la mer salée qui est victorieuse, c’est Dieu, et ce sont ses témoins :
  • Moïse qui ouvre la mer devant le peuple ;
  • Moïse qui fait jaillir l’eau d’un rocher ;
  • C’est aussi la mer morte qui est assainie dans le livre d’Ezéchiel.
 
Les événements pour lesquels je suis avec vous en ce dimanche, sont des appels, sont des envois.
Chacun de ceux qui ont accepté de se mettre en route ont accepté d’être témoin de la foi qui fortifie, qui donne l’espérance, qui assainit et rend la vie.
C’est cet appel qui vous est adressé aujourd’hui : accueillez le don de Dieu, et fécondez le monde où vous êtes plantés.
Gardant aussi toujours conscience que ce qui doit changer, ce qui peut changer, ce n’est pas seulement la société ou les autres, c’est aussi nous-même.
N’ayons pas cette illusion que nous serions des parfaits dans un monde pécheur.
Le chrétien se sait pécheur, il est donc humble et modeste, jamais donneur de leçons.
Avant que l’arbre n’assainisse les eaux où il est planté, il doit accepter de bouger, de se convertir.
Le grand écrivain britannique Chesterton avait cette belle formule : « Qu’est-ce qui ne va pas dans le monde ? » demande-t-il ; et de répondre : « C’est moi ! »
 
L’Evangile nous dit aussi autre chose : si la foi doit s’exprimer dans l’ordinaire et dans l’exceptionnel, cependant, tout ne peut être fait en même temps, et tout ne peut être fait en désordre.
Les images du texte sont une graine de moutarde, un arbre, le travail du labour et le soin des troupeaux.
Toutes des images du monde agricole qui chacune exprime et appelle la patience et le travail.
Ainsi la foi suit un processus d’évolution, de maturation, tel un arbre, à qui il faut de longues années avant qu’il ne porte du fruit.
Lorsqu’un prêtre arrive dans une paroisse, il cueille les fruits de ce qui a été semé par d’autres et avant lui ; et lui-même, verra-t-il les fruits de ce qu’il sèmera ?
En tout cas, et la conclusion de l’Evangile y insiste, nous savons que nous sommes des « serviteurs quelconques », ne faisant que notre devoir.
 
Pour autant, est-il interdit d’exprimer de la gratitude, de la reconnaissance, sous ce prétexte que chacun ne ferait que son devoir ?
J’espère que nous conservons cette simplicité, à la fois de dire « merci », à Dieu et aux autres, ainsi que cette autre simplicité qui est d’accepter les paroles et marques de gratitude.
 
Ceci nous interroge sur nos manières de vivre : nous peinons aujourd’hui à « laisser du temps au temps ».
Le téléphone portable et l’Internet haut débit, pour utiles qu’ils soient, nous font vivre ainsi.
Lorsque je pose une question, je veux une réponse tout de suite. Lorsque je sollicite quelque chose, je veux l’obtenir dans l’instant.
C’est un peu comme si tout devenait urgent.
Il y a bien sûr des urgences, en particulier en médecine, mais lorsque tout est urgent, on encombre le service, et on ne sait plus faire face à sa vie.
Mais ceci existe dans bien d’autres domaines.
 
Pourtant, la plupart des réalités de nos existences sont dégradées lorsqu’on leur attribue un caractère d’urgence.
Se dispenser du temps de la réflexion, de la consultation, de la lecture, et pour nous chrétiens de la prière, c’est prendre le risque de décisions mal éclairées et mauvaises.
L’exercice de la justice demande du temps ; les choix professionnels, et aussi les choix affectifs.
Même s’il peut exister des coups de foudre, ce n’est pas seulement sur un flash amoureux que l’on peut décider de vivre ensemble toute une vie et de fonder une famille.
 
Et bien, dans le domaine de la foi, même si peuvent exister des signes exceptionnels, des manifestations de Dieu plus extraordinaires à tel ou tel moment de notre vie, ce n’est pas cela qui édifie et consolide toute une vie de croyant.
Une graine peut être semée, mais si elle n’est ni entretenue, ni nourrie, elle ne donnera jamais aucun fruit, encore moins un arbre.
 
Ce dimanche, un prêtre vient parmi vous, des personnes reçoivent de nouvelles missions pour les communautés locales.
Ceci s’inscrit dans un horizon plus vaste, d’abord pour chacun d’eux.
Vivre un tournant dans sa vie conduit à relire les grandes étapes qui ont conduit à vivre cela.
Et puis, plus généralement, ceci s’inscrit dans la réflexion sur la création des paroisses nouvelles qui appelle à des collaborations plus fortes à la fois entre les actuels Secteurs pastoraux de Niort qui deviendront paroisse et aussi entre les prêtres.
 
La foi demande la patience, elle demande aussi la persévérance.
C’est peu à peu que notre vie se construit et est construite, par l’exceptionnel, et par l’ordinaire.
C’est ceci notre mission, être des serviteurs de la foi, cette foi qui est la puissance qui déracine les cœurs secs pour qu’ils aillent se planter dans la mer du monde et peu à peu, purifie ce qui est salé, vivifie ce qui est mort, pour faire de notre monde un monde transformé par l’eau vive de la grâce et de l’amour de Dieu.
 
+ Mgr Pascal Wintzer
Archevêque de Poitiers