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Ne pas « entrer en tentation » - Le nouveau Notre Père par le Padre Jean-Yves (...)

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Ne pas « entrer en tentation »

Et allez ! Encore un sermon sur la tentation qui pointe son nez !!! L’Eglise n’aurait-elle d’autre souci que de craindre que chacune de ses ouailles « succombe » à la tentation ?

Peut-être que oui… Si l’on estime que la tentation est le fruit vénéneux du Tentateur, celui que Jésus appelle de plusieurs noms tant son identité est floue, comme Satan, le Diable, le Diviseur, le Malin, le Mauvais… et le Tentateur. Peut-être que oui, également, si l’on considère que le mystère du Mal est au cœur du combat qu’exerce l’Homme pour grandir en humanité.

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La prière du Notre Père devient ainsi, par ses demandes adressées à Dieu, la transcription sémantique de notre désir de vivre dans le Bien, tel que le Christ est venu nous le montrer depuis le premier Noël, lui qui est le Chemin, la Vérité et la Vie, comme il se décrit lui-même dans l’Evangile de Jean.

C’est cette prière qui, aujourd’hui, devient sujet de débat en raison de la proposition de changer la sixième demande qui, jadis, se traduisait par : « Ne nous laissez pas succomber à la tentation », et qui, pour des raisons de compromis œcuménique (dialogue avec les Orthodoxes et les Protestants), était devenu, après le Concile Vatican II : « Ne nous soumets pas à la tentation ».

En raison d’une mauvaise compréhension du verbe « soumettre » qui pouvait laisser penser que Dieu soumettait volontairement ses ouailles au Mal, sans libre-arbitre de leur part, il devenait nécessaire de revoir la copie. Ne lit-on pas, à ce propos, dans la lettre de saint Jacques (1.13) : « Dans l’épreuve de la tentation, que personne ne dise : ‘ma tentation vient de Dieu’. Dieu en effet ne peut être tenté de faire le mal, et Lui-même ne tente personne. » Dieu, cependant, peut conduire certains hommes à engager le combat contre l’auteur de la tentation, mais pour ce faire, il donne son Esprit Saint, sa force spirituelle, comme il le fait pour Jésus après son baptême, lorsqu’il est conduit au désert. Mais, Dieu ne tente pas, au contraire, il donne sa force pour résister à la tentation. Ainsi, celui qui aime Dieu sait qu’il est fort en lui, car l’aimer signifie être et rester en communion avec Lui. L’homme ainsi arrimé à Dieu s’élève par l’effort qui consiste à demeurer en Lui malgré les tentatives du Tentateur de tuer une telle démarche de confiance.

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C’est la raison pour laquelle Jésus, lorsqu’il est sur le Mont des Oliviers, lieu emblématique de son arrestation avant sa Passion, demande à ses disciples, ses amis : « Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation » (Mt 26,41). Jésus sait qu’on peut « entrer en tentation », c’est-à-dire, entrer dans ce royaume du Mal et devenir esclave de son roi d’opérette qui pousse à la haine. Il préfère que ses disciples « entrent en religion » c’est-à-dire, demeurent reliés à Lui par l’Amour qu’ils ont les uns pour les autres, comme il le demande.

C’est cet appel-là que l’Eglise a retenu pour traduire une nouvelle fois la sixième demande de la prière usuelle du Notre Père. La parole de Jésus devient donc de nouveau, la référence concrète de notre foi.

Nous le savons bien, une traduction ne sera jamais parfaite. Traduire, c’est déjà un peu trahir, tant les mots possèdent parfois des sens différents d’une langue à l’autre. L’important est de tenir le cap sur l’idée de rester fidèle au texte original, tout en essayant de trouver un mot ou une phrase dans la langue traduite les plus proches possibles de l’idée originelle, sans oublier la nécessaire compréhension du destinataire, surtout dans le cas d’une prière qui est la base de la prière chrétienne récitée chaque jour, voire plusieurs fois par jour.

Il ne s’agit donc pas d’une guerre sémantique qui aurait été gagnée par quelques-uns contre d’autres, ou même de réduire la prière du Notre Père à une simple formule liturgique, mais, comme le rappelle le pape François, de conforter la foi, de la confirmer, de la développer et de lui donner la force du témoignage pour qu’elle n’entre pas en tentation de se laisser mourir en s’étiolant petit à petit.

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Le bon pape Jean XXIII (1958-1963) affirmait que l’Eglise est Mère et Maîtresse. Elle nous enfante, par la grâce agissante et sanctifiante du Christ, à la vie de Dieu dans la foi qu’elle nourrit en chacun des baptisés. Nous devons donc avoir l’humilité d’accepter aussi qu’elle nous enseigne à prier, comme Jésus l’a fait lui-même pour ses disciples. Elle veut le faire encore par cette prière du Notre Père qui n’est pas à nous mais qui nous est confiée. L’habitude et la routine des mots doivent donc laisser place, non pas à la nouveauté, mais à la certitude que nous ne possédons pas la prière mais que nous sommes possédés par elle, puisqu’elle nous fait entrer en Dieu et qu’elle vient de lui et par lui.

Voici donc cette prière du Notre Père que chaque fidèle doit avoir l’humilité d’accepter dans sa foi pour rester et demeurer en communion avec l’Eglise. Celle-ci n’a d’autre souci que de permettre à ses ouailles d’aimer encore et toujours plus le Père des siècles qui accepte de donner son Fils à notre humanité pèlerine. C’est d’ailleurs ce mystère d’amour que nous allons célébrer à Noel avec un cœur d’enfant qui attend tout de son Père qui ne fait qu’aimer.

Notre Père, qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour. Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. Et ne nous laisse pas entrer en tentation mais délivre-nous du Mal. Amen.

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Padre Jean-Yves Ducourneau

Aumônier militaire - ENSOA Saint Maixent l’École

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Texte du Padre

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