La parabole de l’ivraie (Matthieu 13, 24-30)

La parabole de l’ivraie (Matthieu 13, 24-30)


PNGMatthieu 13, 24 fait suite à l’interprétation de la parabole du semeur suivant Matthieu 13, 38, le bon grain ce sont les sujets du Royaume, le champ étant le monde (Matthieu 13, 38). Il n’y a donc plus qu’à attendre le temps de la moisson. Il convient d’être patient et d’attendre le jugement et la victoire de Dieu.

Mais la récolte est compromise par l’invasion de mauvaises herbes semées par un voisin malveillant (cf Matthieu 13, 25, 27-28). Le mot traduit par ivraie est un nom collectif désignant les plantes nuisibles à l’agriculture : ronces, épines, etc. (cf Isaïe 34, 13 ; Osée 9, 6). Les mauvaises herbes étaient séchées puis brulées comme combustible.

Dans la stricte logique de la fable, l’insistance sur « l’ennemi » souligne simplement un point : le semeur n’a semé que du bon grain, mais le mal est fait.

La pointe de la parabole se trouve dans la suite du dialogue. Selon la spontanéité humaine et les mœurs agricoles, ne faut-il pas arracher la mauvaise herbe illico ? Mais, dans le cas présent, il y en a vraiment trop, et, paraît-il, il existe une espèce d’ivraie ressemblant à s’y méprendre au blé encore vert. Plutôt que de compromettre toute la récolte, mieux vaut attendre la moisson pour opérer le tri.

La parabole est une leçon de patience : mieux vaut supporter la présence du mal que d’arracher le bien lorsqu’on n’a pas les moyens d’un véritable discernement et laisser ce travail à ceux qui en sont capables (« les moissonneurs »)

Jésus applique la parabole du Royaume : au long de l’histoire humaine, les disciples doivent cultiver une patiente confiance, accepter que le Royaume soit une communauté où se mêlent le bien et le mal. Le jugement « dernier » n’est ni de leur ressort ni de leur compétence. La « moisson » dont il est question en Matthieu 13, 30 est une image biblique traditionnelle symbolisant le jugement à la fin des temps (cf Matthieu 3, 12 ; 13, 39 ; Apocalypse 14, 14-20).

Dans l’interprétation allégorique de la parabole de l’ivraie, en Matthieu 13, 36 – 43, l’accent ne porte plus sur la cohabitation du bien et du mal « Les pleurs et les grincements de dents » de Matthieu 13, 42 signifient la rage impuissante de qui découvre trop tard son erreur. Si le juge est le Christ, le Royaume est bien celui du Père (verset 43).

Le resplendissement des justes fait simplement écho aux clichés par lesquels on se représentait alors le sort des élus (cf Daniel 12, 3* ; Sagesse 3, 7).
Voici donné le ton pour la fin du chapitre : certes, le bien et le mal se côtoient dans la phase terrestre du Royaume. Mais le disciple qui, comprend le message de Jésus sait qu’il y aura un jugement sans échappatoire, et que, selon les paraboles qui suivent (le trésor, la perle, le filet), il doit faire le bon choix. « Entende qui a des oreilles ! » (Matthieu 13, 43)**

*Très beau texte !! (cf traduction de la TOB)

** Celui qui fait le bien contribue à la bonne santé du corps entier, pour reprendre l’expression de St-Paul. Celui qui reçoit le sacrement du Pardon contribue à la bonification de l’ensemble.
Père Jean-Marie Loiseau

jeudi 14 février 2019