La finale de l’Évangile selon Marc

La finale de l’Évangile selon Marc

Quelle finale ?
Nous savons que la liturgie de cette année B propose, dimanche après dimanche, l’Évangile selon Marc à notre lecture, à notre méditation et à notre prière. Nous l’avons retrouvé, entre autres, au Dimanche des Rameaux (lecture de la Passion) et à la Veillée Pascale. Cependant, la finale de cet Évangile pose un certain nombre de problèmes aux spécialistes de la Bible (les exégètes)… mais aussi à nous. En effet, pour un certains nombre de manuscrits, les plus anciens, cet Évangile se termine au v. 8 : « Elles sortirent et s’enfuirent loin du tombeau, parce qu’elles étaient toutes tremblantes et hors d’elles-mêmes. Elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur. »

Texte intégral du dernier chapitre
Le tombeau vide et le message du jeune homme
16 1 Le sabbat terminé, Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques, et Salomé achetèrent des parfums pour aller embaumer le corps de Jésus. 2 De grand matin, le premier jour de la semaine, elles se rendent au tombeau dès le lever du soleil. 3 Elles se disaient entre elles : « Qui nous roulera la pierre pour dégager l’entrée du tombeau ? » 4 Levant les yeux, elles aperçoivent qu’on a roulé la pierre, qui était pourtant très grande. 5 En entrant dans le tombeau, elles virent assis à droite, un jeune homme vêtu de blanc. Elles furent saisies de frayeur. 6 Mais il leur dit : « Ne soyez pas effrayées ! Vous cherchez Jésus de Nazareth, le Crucifié ? Il est ressuscité : il n’est pas ici. Voici l’endroit où on l’avait déposé. 7 Et maintenant, allez dire à ses disciples et à Pierre : ‘’Il vous précède en Galilée. Là vous le verrez, comme il vous l’a dit.’’ » 8 Elles sortirent et s’enfuirent loin du tombeau, parce qu’elles étaient toutes tremblantes et hors d’elles-mêmes. Elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur.

La rencontre avec Jésus ressuscité
9 Ressuscité le matin, le premier jour de la semaine, Jésus apparut d’abord à Marie Madeleine, de laquelle il avait expulsé sept démons. 10 Celle-ci partit annoncer la nouvelle à ceux qui, ayant vécu avec lui, s’affligeaient et pleuraient. 11 Quand ils entendirent que Jésus était vivant et qu’elle l’avait vu, Ils refusèrent de croire. 12 Après cela, il se manifesta sous un autre aspect à deux d’entre eux qui étaient en chemin pour aller à la campagne. 13 Ceux-ci revinrent l’annoncer aux autres, qui ne les crurent pas non plus. 14 Enfin, il se manifesta aux Onze eux-mêmes pendant qu’ils étaient à table : il leur reprocha leur manque de foi et la dureté de leurs cœurs parce qu’ils n’avaient pas cru ceux qui l’avaient contemplé ressuscité. 15 Puis il leur dit : « Allez dans le monde entier. Proclamez l’Évangile à toute la création. 16 Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; celui qui refusera de croire sera condamné. 17 Voici les signes qui accompagneront ceux qui deviendront croyants : en mon nom, Ils expulseront les démons ; ils parleront en langues nouvelles ; 18 ils prendront des serpents dans leurs mains et, s’ils boivent un poison mortel, il ne leur fera aucun mal ; ils imposeront les mains aux malades, et les malades s’en trouveront bien. »

L’Ascension et l’annonce de l’Évangile
19 Le Seigneur Jésus, après leur avoir parlé, fut élevé au ciel et s’assit à la droite de Dieu. 20 Quant à eux, ils s’en allèrent proclamer partout l’Evangile. Le Seigneur travaillait avec eux et confirmait la Parole par les signes qui l’accompagnaient.

Une finale « ajoutée »
Très tôt, les communautés chrétiennes ont dû trouver étrange une telle finale, apparemment très négative. Un auteur anonyme, autre que celui du reste de l’Évangile, a cru bon, dans un style différent, d’exprimer la foi complète de la Communauté, en ajoutant les versets 9 à 20. Pour cela, il utilisa des personnages connus par ailleurs dans les autres Evangiles : Marie-Madeleine, mise en avant par l’Évangile selon Jean, les deux disciples allant à la campagne (les marcheurs vers Emmaüs ?), et les Onze de l’Evangile selon Luc.

N.B. Même si, comme je viens de le dire, les v. 9-20, sont manifestement d’un autre auteur que le reste de l’Évangile de Marc, l’Église, depuis toujours, les considère comme « inspirés » et font intégralement partie de cet Évangile.

En Marc, contrairement à ce qui est dit dans Luc et dans Jean, les disciples ne croient pas à leur message : « Christ est ressuscité ». Quand Jésus apparaît aux Onze, il leur reproche leur manque de foi. L’auteur de ces derniers versets rejoint ce qui est dit dans le reste de l’Évangile selon Marc : les disciples « patentés, officiels », ceux que Jésus a choisis, qui le suivent sur les chemins de Galilée et de Judée, ne comprennent jamais rien à rien et n’ont pas la foi, alors que d’autres, qui apparaissent dans le récit et en disparaissent, sont présentés comme de vrais croyants. Retenons, par exemple, ceux qui descendent un paralysé par le toit (2, 5 : « Jésus, voyant leur foi… »), la Syro-phénicienne (7, 29 : « A cause de cette parole (de foi), va, le démon est sorti de ta fille. »), l’aveugle de Jéricho, Bartimée (10, 52 : « Va, ta foi t’a sauvé »).

Pour entrer pleinement dans la foi, ces « disciples officiels » devront être confrontés à l’incompréhensible, à l’impensable : la mort et à la résurrection de Jésus. A la lumière de ce Mystère Pascal, ils devront relire tout ce qu’ils ont vécu avec Jésus durant sa vie terrestre, et s’approprier la profession de foi du centurion romain au pied de la croix : « Cet homme était vraiment le Fils de Dieu ».

Autre surprise
Cependant, à regarder de près ces versets 9 à 20, nous réservent une autre surprise. Nous venons de voir que l’auteur insiste sur la non foi, l’incroyance, des disciples. Or (drôle d’idée !), ce sont ces hommes-là que Jésus choisit pour porter son « Bon Message », son Évangile, jusqu’aux extrémités du monde ! En forçant un peu le trait, on peut dire que, pour l’auteur et donc pour Jésus, à la limite, peu importe le ou les messagers. Ce qui est premier, c’est le Message.

En pensant à ce que dit Paul, dans la 2ème lettre aux Corinthiens (12, 9) : « Ma grâce te suffit : ma puissance donne toue sa mesure dans la faiblesse. », est-ce aller trop loin que d’en tirer une leçon pour aujourd’hui ? Le message évangélique, de par la volonté du Christ (« Allez dans le monde entier. Proclamez l’Évangile à toute la création »), passe nécessairement par des humains, y compris à travers leur faiblesse.

Pour aujourd’hui
Aujourd’hui comme hier, le Message dépasse infiniment le messager qui le porte.

A chacun de voir comment il considère ceux qui, dans l’Église, ont reçu la charge de l’annonce et de l’enseignement de l’Évangile (cf. 1ère lettre aux Corinthiens 12, 28-31). Ceux-là doivent eux-mêmes se considérer comme des « serviteurs ». Ils ne sont pas propriétaires de ce Message. En ayant cela en tête, ne devons-nous pas, à notre tour, tenir compte de leurs limites et de leurs faiblesses ?

Enfin, y a-t-il pour un chrétien un plus beau nom que celui de Christophe (étymologiquement « Porte Christ ». Aidez-moi à trouver son correspondant féminin !!!) ? Ce nom, nous le recevons tous à notre baptême : nous y devenons des « Porte-Christ ». Nous y devenons des messagers de l’Évangile. Dans cette mission qui nous est confiée à tous, si nous sommes en vérité avec nous-mêmes, nous sommes tout à fait en mesure de connaître nos limites et nos faiblesses.

Ne serait-ce pas une des leçons à tirer de la finale de l’Évangile selon Marc ?

Joseph Chesseron

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