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LE BAPTEME : Une incorporation positive ! par le Padre Ducourneau

LE BAPTEME : Une incorporation positive !

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Lors du dernier pèlerinage Militaire International, pas moins de 70 personnes, militaires pour la très grande majorité, ont reçu le sacrement du baptême des mains de l’Evêque aux Armées, Mgr Antoine de Romanet. Parmi ces personnes, l’une d’entre elles (l’adjudant Marc en photo ci-dessus) venait de l’ENSOA de Saint-Maixent l’Ecole qui, en outre, a accompagné un EVSO du 4ème bataillon, un Commandant de bataillon, une épouse de militaire et des enfants de cadres lorsque ceux-ci reçurent les sacrements de communion et de confirmation durant la même cérémonie.

Bien souvent, dans le monde militaire que nous connaissons bien, le mot « baptême » nous renvoie à une cérémonie qui consiste à donner un nom de parrain méritant à une promotion d’élèves. La promotion porte alors, et cela d’une manière définitive, le nom d’un valeureux frère d’armes qui a servi la France avec Honneur, Courage et Fidélité, parfois jusqu’au don de sa vie en sacrifice. Les élèves portent alors la certitude d’être « incorporés » dans une histoire exemplaire qu’ils doivent « continuer » dans leur vocation de soldat ayant librement accepté les tenants et les aboutissants du métier de militaire. Incorporer voulant dire « entrer dans un corps » et aussi « donner corps à », il leur reste ensuite à honorer l’histoire sacrée de leur parrain qu’ils reçoivent comme un héritage à faire fructifier sans compter. Si le mot de « baptême » - qui est, à n’en pas douter, d’origine religieuse (c’est-à-dire, renvoyant à une relation à un autre)- a été choisi par l’Armée pour symboliser ce passage de l’individu à la fraternité, c’est que le cérémonial attestant de ce passage possède intrinsèquement une valeur sacrée qu’il convient de ne jamais oublier, car il dépasse les subjectivités des uns et des autres qui pourraient en rester au registre émotionnel, alors que le sacré –par définition – dépasse et même purifie les émotions individualistes.

Le baptême est donc quelque chose de sacré, même dans le monde militaire. Il possède ainsi une dimension « religieuse » certaine qu’’il convient d’honorer doublement, d’abord d’une manière spirituelle (spirituel ayant donné le verbe « respirer », nécessité vitale donc, qui est célébrée en lien avec les autres représentants des cultes religieux invités à participer) et d’une manière militaire que chacun comprend aisément. Le baptême « militaire » devient donc ce passage d’un état individuel à un état communautaire que nous appelons la « fraternité d’armes » en étant plongé dans la vie d’un vénérable Ancien élevé au rang de parrain, c’est-à-dire de guide et de repère.

En ce sens, il rejoint son illustre devancier qui est le baptême chrétien. Pour autant, et c’est bien le moins qu’il puisse procurer, le baptême chrétien va plus loin car il a une dimension de transcendance que n’a pas son petit frère militaire puisque la vie donnée en exemple est celle d’un frère et non celle de Dieu qui, soit dit en passant, a voulu de toute éternité ce frère exemplaire, comme il nous a voulu chacun ici-bas.

Le pape émérite Benoît XVI (pape de 2005 à 2013) dit ceci, qu’il convient de noter : « Dans le baptême, chaque personne est introduite dans une communauté d’amis qui ne l’abandonnent jamais dans la vie, ni dans la mort, parce que cette communauté d’amis est la famille de Dieu qui porte en elle la promesse de l’éternité ». Là encore, on voit bien la démarche entreprise par le baptisé. Celui-ci passe d’une individualité à une vie avec d’autres qui vont l’aider à grandir, à progresser, et de fait, à vivre concrètement de toute sa dignité d’être humain dont il reconnaît qu’elle est attachée à plus grand que lui, en l’occurrence à Dieu. La notion de transcendance est telle que le baptême n’est pas un simple déroulé ritualiste mais une incorporation concrète et éternelle à la vie de Dieu qui donne la claire vision et la liberté véritable : « Par le baptême, lit-on dans le rituel, Dieu tout-puissant, Père de Notre Seigneur Jésus-Christ, vous a libéré du péché et vous a fait renaître de l’eau et de l’Esprit-Saint. Désormais, vous faites partie de son peuple ».

Le sens propre du mot « baptême » nous fait comprendre que celui qui le reçoit, est « plongé » dans la vie d’un autre auquel il est appelé à ressembler. C’est bien le cas du baptême de promotion militaire et c’est davantage encore le cas lors du baptême chrétien. Celui qui le reçoit est « plongé » dans la mort de Jésus d’où il sort par la résurrection avec Lui, comme « nouvelle créature » adoptée par le Père, dans l’Esprit. Il reçoit ainsi le nom du Christ en étant appelé « chrétien ». Dans une moindre mesure, on peut dire que le militaire qui reçoit un nom de promotion d’un éminent parrain, reçoit aussi l’héritage de sa mort et de sa vie qui continue à porter des fruits. Il porte le nom de son parrain comme son propre nom qu’il doit honorer en servant au sein de l’institution militaire qui lui confie alors l’uniforme qui l’incorpore. Le baptême militaire est, par conséquence, ce don que la nation fait à ceux qui le reçoivent et qui vivront de l’assurance du soutien du parrain marquant de son sceau chacun de ses « filleuls » qu’il reçoit par grâce. Chaque « filleul » est alors appelé à dire « oui » à son parrain à qui il promet de « ressembler » par l’exemple, un peu comme le baptisé chrétien « qui dit ‘oui’ à Dieu qui l’appelle à être configuré à Lui dans les pensées et dans les oeuvres », comme aime à le dire le pape actuel, François.

Ce que disait jadis un Père de l’Eglise, saint Grégoire de Naziance, du baptême chrétien montre à quel point ce rite est plus grand que celui qui le reçoit : « Le baptême est le plus magnifique des dons de Dieu. Nous l’appelons don parce qu’il est conféré à ceux qui n’apportent rien ; grâce parce qu’il est donné même à des coupables ; onction parce qu’il est sacré et royal ; illumination parce qu’il est lumière éclatante ; vêtement parce qu’il voile notre misère ; sceau parce qu’il nous garde et qu’il est le signe de la seigneurie de Dieu ».

Heureux sommes-nous alors si, déjà baptisés chrétiennement, nous prenons acte de la grandeur de ce que nous avons reçu mais, heureux sommes-nous aussi si nous voulons donner à nos enfants cette grâce qui unit à Dieu, véritable secours pour aider le discernement des actes à poser. Heureux sommes-nous également, si non encore baptisés, nous avons ce désir d’en « savoir plus » sur ce don gratuit que Dieu peut faire pour grandir en vérité. Enfin, heureux sommes-nous surtout d’entretenir ce don par un tête à tête avec Dieu dans la prière et la sanctification du Jour du Seigneur qui donnera du sens à tout ce que nous faisons, y compris lorsque l’on célèbre un baptême de promotion militaire. A votre service,
Padré Jean-Yves DUCOURNEAU