Evangile Marc-Itinéraires

Pour une lecture de l’Evangile selon Marc

Itinéraires

Depuis la réforme liturgique de Paul VI, la lecture de l’Evangile s’étale sur trois ans : Année A = Evangile selon Matthieu – Année B = Evangile selon Marc – Année C = Evangile selon Luc. L’Evangile selon Jean se retrouve pour certaines fêtes, pendant le Carême et le Temps Pascal. Cette lecture débute au temps de l’Avent. Cette série d’articles portera sur l’Evangile selon Marc.

Permettez une comparaison : quand on visite, par exemple, un jardin botanique, on peut se lancer à l’aventure, mais on risque de passer à côté de choses intéressantes. Il est bien utile d’avoir un guide qui nous indique le sens de la visite. Il en est de même pour l’Evangile.

Nous vous proposons ici un guide à triple volet :

1 - un itinéraire selon l’espace (les déplacements de Jésus).

2 - un itinéraire suivant la découverte du mystère de Jésus.

3 - un itinéraire selon les rapports entre les personnes.

Un itinéraire selon l’espace

La vie publique de Jésus débute au bord du Jourdain, où il est baptisé par Jean Baptiste (1, 1-13). A partir de là, Jésus semble toujours en déplacement, sur le chemin où il entraîne ses disciples.

Il parle aux foules et rassemble des disciples en Galilée, à Capharnaüm, la ville où il s’installe. Mais il en sort vite pour aller dans les bourgs et les villages des alentours, et se rend de l’autre côté du Lac de Tibériade et dans la région de Tyr et de Sidon, en territoire païen (1, 14 – 9, 50).

Il monte à Jérusalem, en allant dans le territoire de la Judée et en passant notamment à Jéricho (ch. 10)

Il entre à Jérusalem pour y prêcher et y subir la Passion et il est mis à mort hors de la ville (11, 1 –16, 8).

Cependant, les indications géographiques ont d’abord une valeur symbolique : elles désignent quelque chose de plus important qu’elles-mêmes.

La Galilée était un territoire en contact avec le monde païen. Ses habitants étaient méprisés par les religieux purs et durs de Jérusalem. Il ne pouvait, disaient-ils, rien en sortir de bon. Pourtant c’est là que Jésus naît, vit et commence à prêcher. La Galilée devient donc un lieu d’espérance ; un lieu d’ouverture aussi : c’est de là que Jésus va chez les païens, à Tyr et à Sidon (7, 24-31).

Jérusalem au contraire est la ville fermée, sûre de sa vérité et qui n’accepte pas d’être bousculée dans ses certitudes. Dès le début, les opposants à Jésus viendront de Jérusalem (3, 22).

Le Lac de Tibériade est aussi un lieu symbolique. Pour les sémites, des terriens, la mer est le lieu de tous les dangers, là où réside le mal. C’est là que Jésus, symboliquement, l’affronte (la tempête apaisée). Le Lac est aussi le passage de la rive juive à la rive païenne : Jésus entraîne ces disciples vers cette rive païenne (5, 1).

un itinéraire suivant la découverte du mystère de Jésus.

La première phrase : « évangile de Jésus, Christ, Fils de Dieu », ainsi que le déroulement du baptême de Jésus par Jean (1, 2-13) mettent le lecteur au courant du secret qui va se révéler tout au long du texte. Mais ce même lecteur est invité à se mettre dans la peau du disciple pour faire la lente découverte du mystère de Jésus. La question traverse tout l’évangile : « Quel est donc cet homme ? ». Cette découverte se fera en deux étapes.

Tout d’abord (1, 14 – 8, 26), Jésus annonce la venue du Règne de Dieu. Les miracles en sont les signes. Mais Jésus refuse de dire qui il est. Pourquoi ? On appelle cela le « secret messianique ». Le seul titre, mystérieux lui aussi, que Jésus se donne est celui de Fils de l’homme.

Ensuite, Jésus commence à se révéler ; le déroulement de cette révélation se fera pratiquement jusqu’à la fin du texte (8, 27 – 16, 8). Pierre vient de dire : « Tu es le Messie ». Mais Jésus ne veut pas que ses disciples se trompent sur le sens de sa mission. Il interdit à Pierre de dévoiler sa découverte et avertit ses disciples que le Fils de l’homme va souffrir et être mis à mort, ce que les disciples, et en particulier Pierre, n’acceptent pas.

A Jérusalem (1113), il entre en opposition avec les autorités religieuses. Elles attendaient un Messie glorieux, guerrier. Le conflit trouve son apogée dans le jugement devant le Sanhédrin, le tribunal suprême (14, 53-65). Jésus ne redoute plus qu’on se trompe sur son compte. A la question du Grand Prêtre : « Es-tu le Messie, le Fils du Dieu béni ? », cet homme ligoté, voué à la mort, répond : « Je le suis, et vous verrez le Fils de l’homme siégeant à la droite du Tout-Puissant et venant sur les nuées du ciel ». Il est condamné et conduit à la mort. Et c’est le centurion (un païen) qui donne la réponse sur l’identité de Jésus : « Vraiment cet homme était Fils de Dieu » (15, 39).

un itinéraire selon les rapports entre les personnes

Cet itinéraire peut se répartir en six étapes.

1ère étape (1, 14 – 3, 6) = on voit se déterminer trois groupes : les disciples, et en particulier les douze – la foule, que Jésus aime mais qui est changeante – les adversaires, qui viennent de Jérusalem. Ils apparaissent dès le début et ne désarment pas.

2ème étape (3, 7 – 6, 6) = la rupture est consommée entre ses adversaires et sa parenté. Mis à part de la foule, les disciples sont instruits en particulier (paraboles et miracles), mais le résultat va être décevant.

3ème étape (6, 6 – 8, 26) = une faille se dessine entre Jésus et ses disciples. Ils ne comprennent pas sa mission et la leur. Jésus les envoie en mission, leur montre que sa table est ouverte à tous (multiplication des pains) ; il les met au service de la foule et les entraîne sur la rive païenne du Lac. Cependant, ils restent sourds et aveugles.

4ème étape (8, 27 – 10, 52) = les disciples ne comprennent pas sur quel chemin douloureux Jésus les entraîne. Le seul « disciple » qui comprend en rejetant sa seule sécurité, son manteau, c’est l’aveugle Bartimée à qui Jésus dit : « Va ta foi t’a sauvé », qui retrouve la vue et qui aussitôt suit Jésus sur le chemin.

5ème étape (11, 1 – 13, 37) = à Jérusalem, Jésus s’affronte à ses adversaires (parabole des vignerons). Il annonce la ruine du Temple et invite à la vigilance.

6ème étape (14, 1 – 16, 8) = Jésus prépare ses disciples au drame de la Passion, en vain. Il est seul devant ses juges et ses bourreaux. Mais l’ange de la Résurrection met les disciples en route ; c’est seulement en Galilée (au bout du monde) où Jésus les précède qu’ils sortiront de leur incompréhension et qu’ils « verront » le Ressuscité.

Voilà donc quelques guides de lecture. Cependant, ne faisons pas comme ces touristes qui sont tellement plongés dans leur « guide Michelin » qu’ils en oublient de contempler le monument qu’ils sont venus visiter… Allons lire le texte lui-même. L’auteur de ces lignes n’aura été à votre égard que le serrurier qui a préparé une clé pour ouvrir la porte. J’entre dans cette « maison » avec le peuple des croyants. Plaise à Dieu que je me laisse « enseigner », nourrir par sa Parole !

Joseph CHESSERON