Eglise Saint-Caprais de BESSINES

Le site
 
 
La région au sud-ouest de Niort est une zone de marais qui s'étend autour du Sevreau, bras de la Sèvre niortaise. Elle fut très anciennement habitée puisqu'on a trouvé sur la commune de Bessines un sarcophage du 1er siècle et, partiellement sous un mur de l'église, un autre sarcophage du 7ème siècle.

C'est principalement au 10ème siècle que la vie s'y organise. Niort est cité vers 940 et son château apparaît dans les textes en 946 ou 947. L'
abbaye de Saint-Liguaire est fondée vers 961 et l'église Saint-Caprais de Bessines, qui en dépendra, est mentionnée pour la première fois en 988. L'abbaye et Saint-Caprais relèveront du diocèse de Saintes.
 L'église s'élève à l'écart du bourg, dans un cimetière.
La croix monumentale porte l'inscription : CETTE CROIX EST FEITE L'ANNEE 1771. NOM DU CURE Mr BERT. Au milieu du 19e siècle, une petite partie de ce cimetière, au sud, était réservée aux non-catholiques (principalement ici des protestants).
 
Le patronage de saint Caprais
 
La Passion de saint Caprais d'Agen n'est connue que par un texte du 9ème siècle. Fuyant la persécution de Dioclétien, en 303, Caprais se réfugia dans une caverne. Apprenant l'arrestation de sainte Foy, il alla se présenter au juge Dacien et se déclara chrétien. II fut alors livré au bourreau. Ce n'est que bien plus tard qu'on en fera le premier évêque d'Agen. II est fêté le 20 octobre. Bessines est la seule église du diocèse de Poitiers placée sous son vocable.

Une église romane
 
L'église actuelle de Bessines date du 12ème siècle. Elle a gardé son plan roman. Sa nef à vaisseau unique est orientée est-ouest et se termine par une abside en hémicycle.
Le narthex - la partie qui forme l'entrée - est presque carrée et ne mesure qu'environ 4 mètres de côté. De part et d'autre, un élégant bénitier à coquille est encastré dans le mur. La nef est longue de 13 mètres et large de 9 ; quant au chœur, il comprend une travée droite et l'abside voûtée en cul-de-four qui lui donnent une profondeur de 8 mètres, visuellement accentuée par sa faible largeur de 4,5 mètres.
On admirera particulièrement cette abside de l'extérieur. Bâtie en pierres de taille bien appareillées, elle est scandée par six colonnes reposant sur une banquette de pierre. Les chapiteaux qui les couronnent sont ornées d'une roue ou de simples motifs géométriques. Les modillons de la corniche sont, eux aussi, très sobres : rouleau, tonneau, étoile... Aucune baie ne vient percer le mur en hémicycle.

Les malheurs des temps
 
La nef a reçu une voûte gothique. II en reste, au mur nord, trois départs d'arcs reposant sur des culs-de-lampes décorés de têtes de femmes. Les baies, dans la partie proche du chœur, se rattachent au remaniement gothique.
L'église a beaucoup souffert des guerres de Religions. II faut la reconstruire au début du 17ème siècle. Le portail de la façade occidentale, entre deux massifs contreforts, est de cette époque. Ses pilastres cannelés, de chaque côté, sont surmontés de vases décoratifs. Un maître-autel sera installé plus tard, avec en son centre l'Agneau immolé sur le livre aux sept sceaux.
 
"Tu es digne de recevoir le livre et d'en rompre les sceaux, car tu as été immolé, et tu as racheté pour Dieu, par ton sang, des hommes de toute tribu, langue, peuple et nation." (Apocalypse 5, 9)

 En 1793, l'état de l'église est dit médiocre. II n'est fait aucun usage du bâtiment qui est déclaré bon à vendre.
En 1807, un clocher-mur, à deux baies mais avec une seule cloche, remplace l'ancien clocher surmonté d'une flèche, auquel on accédait par un escalier en vis qui existe encore, hors oeuvre, à gauche de l'église.

Malgré d'importants travaux au milieu du 19ème siècle (charpente sans voûte sur la nef, charpente sur la voûte du chœur), l'église est en triste état en 1905 : les murs sont nus et dégradés, chaleur et froidure passent les parois, les vieux bancs sont vermoulus.
Grâce à de généreuses donatrices, les demoiselles Bernard, les voûtes sont reconstruites, les murs réparés, les bancs remplacés, des statues de la Vierge et de saint Joseph sont disposées dans l'édifice.

En 1980, le parement sud du chœur s'effondre. L'église est inscrite à l'Inventaire supplémentaire des Monuments historiques en 1985 et une grande campagne de travaux permet d'y célébrer à nouveau le culte à partir de 1986.

Un lieu de recueillement
 
Après avoir admiré le chevet de l'extérieur, il faut se laisser imprégner par l'atmosphère priante de l'intérieur de l'église. Une restauration réussie, un éclairage remarquable mettent en valeur la beauté simple, dépouillée, de ce petit édifice.

 Toute l'attention est portée vers le chœur et l'ancien autel majeur en pierre peinte. Pour la célébration face aux fidèles, l'autel en bois orné d'une icône byzantine du Christ et l'ambon portant les symboles des quatre évangélistes ont été réalisés par Michel Poussou de Saint Liguaire. L'autel fut béni le 25 mai 2003, par Mgr Rouet, archevêque de Poitiers.
 
IC et XC sont les lettres grecques qui désignent Jésus-Christ, lequel est accompagné des lettres alpha et oméga, première et dernière lettres du même alphabet grec, qui évoquent le dernier chapitre de l'Apocalypse.
"Je suis l'Alpha et l'Oméga, le Premier et le Dernier, le Principe et la fin." (22, 13)
 
 Enfin, suspendue à la voûte du chœur, une "Poutre de gloire" a été installée en 2000. C'est l'œuvre du sculpteur Laurent Page, de Saint-Liguaire. Le Christ en croix, entre Marie et Jean, a les yeux ouverts et étend les bras pour embrasser le monde. C'est, déjà, le Christ ressuscité.
 
Très fréquente dans les églises depuis le Moyen Âge jusqu'au 18ème siècle, la poutre de gloire est une pièce de bois qui repose sur les supports de l'arc triomphal (l'arc qui correspond à l'entrée du chœur). Elle reçoit un crucifix encadré par les statues de la Vierge et de saint Jean.
Afin de prévenir son fléchissement, elle fut souvent soutenue par des poteaux. Un tel dispositif a probablement été à l'origine des jubés. 
 
© PARVIS
décembre 2004
réalisation : atelier HISTOIRE ET FOI
Centre théologique de Poitiers