ACAT - Appel du mois de janvier 2012
HAÏTI - Atteintes aux droits des déplacés internes
Les victimes du séisme habitant dans des camps sont menacées d’expulsion par les autorités publiques ou les propriétaires privés qui souhaitent récupérer leurs terrains. Les forces de police et les milices privées opèrent de véritables rafles en recourant aux menaces et à la violence pour détruire les tentes et fermer les camps.
Selon l’ONU, 67 162 personnes ont déjà été évacuées et 25% des familles dans les camps sont encore menacées d’expulsion.

© DR. mai 2011. Des bulldozers rasent un camp de fortune, laissant les déplacés internes sans aucun abri
La situation
Le tremblement de terre a exacerbé une situation déjà complexe d’extrême pauvreté, de criminalité et de faiblesse des institutions. En cette date anniversaire, le bilan pour les droits de l’homme s’avère critique.
Le séisme du 12 janvier 2010, l’une des pires catastrophes naturelles de ces dernières décennies, a provoqué une crise humanitaire sans précédent : 230000 morts, 300000 blessés, près de 2000000 de sans abri à Port-au-Prince, Jacmel, Léogâne et d’autres villes alentour.
Deux ans après, la reconstruction est non seulement loin d’être achevée mais il semblerait qu’elle ait aussi été mal abordée, occultant le respect des droits de l’homme. L’Etat haïtien n’a pas été en mesure de formuler un plan global ni d’adopter des mesures de protection pour les victimes. Le conflit persistant entre les pouvoirs exécutif et législatif n’a rien facilité : le président Michel Martelly, élu en avril 2011, n’est parvenu à créer un gouvernement qu’en octobre. Les vulnérabilités, discriminations et atteintes aux droits de l’homme préexistantes se sont accrues, notamment pour les quelque 680000 personnes encore présentes dans les camps de fortune, souvent sans abri fermé, éclairage, eau potable, ni toilettes.
VIOLENCES SEXUELLES
Le séisme a provoqué l’éclatement des familles et des communautés, garantes d’une certaine sécurité. Dans les camps, femmes, adolescentes et fillettes, dès lors qu’il n’y a pas d’hommes dans leurs foyers ou qu’elles se déplacent seules, sont très exposées au risque d’agressions sexuelles par des bandes de jeunes criminels.
Les mécanismes de prévention et de réaction, déjà faibles, ont pratiquement disparu avec la catastrophe. Les femmes sont peu informées des dispositifs de soin existants. Lorsqu’elles osent signaler le crime à la police, on les décourage si elles n’ont pas reconnu l’agresseur ou on leur réclame de l’argent, pour les frais d’essence par exemple. Les milliers de victimes n’ont pratiquement aucune chance de voir les criminels traduits en justice.
EXPULSIONS FORCÉES
Les déplacés internes sont également menacés d’expulsion par les autorités publiques ou les propriétaires privés qui souhaitent récupérer leurs terrains. Les forces de police et les milices privées opèrent de véritables rafles en recourant aux menaces et à la violence pour détruire les tentes et fermer les camps.
Selon l’ONU, 67162 personnes ont déjà été évacuées et 25% des familles dans les camps sont encore menacées d’expulsion. Les déplacés ne souhaitent pas rester sur ces sites mais ils n’ont encore aucune autre alternative.
> Zoom - EXPULSIONS DANS LA MUNICIPALITÉ DE DELMAS
La municipalité de Delmas, à Port-au-Prince, compte le plus grand nombre de camps, de déplacés ainsi que d’expulsions.
Depuis six mois, le maire cherche à « évacuer » les camps situés sur des lieux publics afin de contribuer aux efforts de reconstruction par le tourisme et l’investissement. Les 23 et 25 mai 2011, la municipalité et des agents de la police nationale ont évacué de force, sans avis préalable, plus de 300 familles installées sur la place Carrefour Aéroport et dans le camp Assistance. Les tentes et les effets personnels des déplacés ont été confisqués ou détériorés.
Le 9 septembre, plusieurs abris des camps Mosayik et Mormon ont été marqués pour destruction par des personnes se revendiquant de l’équipe municipale. Les 200 familles vivent depuis dans la peur constante de perdre leurs biens.
Le même jour le propriétaire du parking du centre des congrès du Palais de l’Art a annoncé une évacuation imminente. Le 28 septembre, accompagné d’hommes armés, il a violemment menacé les 300 habitants du camp et fermé le portail d’accès.
Vous pouvez agir, écrivez à :
Monsieur Michel MARTELLY, Président de la République
avant le 6 février 2012.
Des adhérents ou des sympathisants vous proposeront des explications complémentaires et une lettre à signer à la sortie des messes ou des cultes. Vous pouvez également trouver les explications détaillées sur le site national de l'ACAT-France, www.acatfrance.fr. Vous pouvez aussi télécharger la lettre :

